Une fierté dans l’ombre de nos inquiétudes

Crédit: Université Laval

Des résultats d’élections controversées, oui, mais un nouveau portrait politique diversifié dont nous pouvons être fiers.  

Depuis presque toujours intéressé et impliqué dans la scène politique, surtout du Québec, j’avais envie de parler de politique, mais j’avoue, dégouté par les résultats, je ne le cache pas, je n’avais pas envie d’être le 300e à parler de distorsions ou de défaites historiques. J’ai donc effectué mes recherches pour trouver quelque chose de plus positif.   

Le 3 octobre dernier, les Québécois se rendaient aux urnes1 pour élire les députés qui allaient composer la nouvelle Assemblée nationale du Québec. Mais ça, vous le saviez et j’espère que toutes celles et ceux qui étaient en mesure de voter l’ont fait.  

Et maintenant les résultats tombés, qu’importe le parti pour lequel vous avez voté ou auquel vous vous identifiez et si vous avez ou non gagné vos élections, le Québec peut être fier. En effet, même si le résultat des élections avec le mode de scrutin actuel et les distorsions qu’il a créé ont généré un raz-de-marée d’indignation et de questionnements au Québec, ces élections ont eu, sur d’autres plans, dont celui de la diversité, des résultats historiques qui méritent d’être soulignés.  

22%, c’est le pourcentage de députés issus de la diversité au Québec qui siégeront dans la nouvelle Assemblée nationale à la suite des élections du 3 octobre dernier.

22%, un chiffre duquel nous pouvons être fiers, car bien que difficile à calculer précisément, il est sans équivoque, selon les chiffres de Statistique Canada, équivalent ou supérieur à la représentation des diversités dans la population. À savoir que par diversité, on inclut les personnes qui ne sont pas d’origine britannique ou française, qu’elles soient visibles ou non. Les chiffres n’incluant pas les personnes autochtones. 

La première femme autochtone a été élue députée à l’Assemblée nationale.  

La caquiste Kateri Champagne Jourdain de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam a gagné son siège dans une circonscription de la Côte-Nord avec une écrasante majorité de plus de 3 000 voix sur le second candidat en liste.  

À noter également que pour les 22,4% de la population canadienne issue de la diversité, c’est seulement 14,8% des sièges qu’ils obtiennent à la Chambre des communes. Pour les élus noirs, la situation est bien loin d’être meilleure au fédéral avec 1,5 % des élus contre 3,5 % de la population, alors qu’au Québec, le tableau s’inverse avec une représentation de 4% pour une population de 3,9%.    

Ottawa n’aura donc qu’à se regarder dans le miroir avant de donner quelconques leçons aux Québécoises et Québécois en matière d’ouverture et de diversité. 

Même chose du côté de la parité, c’est presque chose faite au Québec qui se situe, selon les chiffres de 2021 du « Inter Parliamentary Union2 » au 4e rang mondial avec 46% de femmes députées, alors qu’à Ottawa, le fédéral obtient la 19e place avec 30,5% de présence féminine à la Chambre des communes.  

Connaissez-vous beaucoup d’autres états qui peuvent se vanter d’une meilleure représentativité? Pas moi. 

Cependant, signe du clivage qui sépare la métropole québécoise du reste du Québec, c’est bien à Montréal que l’on retrouve la plus grande concentration de diversité par rapport à son poids démographique ; 37% de députés issus des minorités pour un peu moins du tier de la population de la ville. Évidemment, ce n’est pas une grande surprise pour la métropole qui s’est toujours démarquée du reste du Québec sur le plan de la diversité et de l’inclusion. Bien sûr, il reste que ces résultats ne devraient pas être instrumentalisés par les politiques pour accentuer la lutte déjà existante entre les centres urbains et les régions. 

Sans conteste, il y a encore beaucoup à faire ; notre mode de scrutin actuel et le faible taux de participation, plus particulièrement chez les jeunes, inquiètent certains électeurs et analystes qui y voient une menace pour la démocratie. Le Québec a toutefois de quoi être fier de cette représentativité unique et historique. 

Moi, j’en suis fier. Vous pouvez l’être aussi. 

Le Choix de l’Otaku

Manga du mois : That Time I Got Reincarnated Into A Slime

Image du livre Moi, quand je me réincarne en slime de Fuse

Au Japon, les mangas sont ce que les bandes dessinées sont en Amérique du Nord. Leur seul particularité, c’est qu’ils sont très petits et qu’ils se lisent de droite à gauche. Cependant, ceux-ci peuvent parfois devenir très populaires et engendrer un succès tel, qu’on s’empresse de créer des adaptations cinématographiques ou des dessins animés. Ce manga de Taiki Kawakami, qui vous est proposé ce mois-ci, était originalement un roman de Fuse. Il s’intitule : « Le jour où j’ai été réincarné en slime ». Celui-ci va d’ailleurs voir sa première adaptation en film sortir au cinéma le 25 de ce mois.  On suit dans cette histoire les aventures de Satoru Mikami, salarié lambda tout à fait banal, qui après avoir été assassiné, se retrouve réincarné dans un autre monde. À son plus grand dam, il se retrouve dans le corps d’un slime, une créature à l’apparence gélatineuse qui est aussi le monstre le plus faible de tout le bestiaire fantastique. De plus, il n’obtient pour seuls attributs les capacités « Grand Sage » et « Prédateur ». Néanmoins, cette réincarnation fortuite marque le début d’une grande et palpitante aventure remplie de rebondissements et de fantaisie.

 Pour tout les fans de « sword-fantasy »,  ce manga, avec tous les éléments de fantaisie variés et recherchés ainsi que l’intrigue de l’histoire, vous plaira sans équivoque.  L’adaptation en anime est également excellente.

Si vous êtes intéressés par cette œuvre, sachez que le manga, les histoires dérivées et les romans associés sont en vente dans la plupart des libraires. De plus, les deux saisons du dessin animé sont disponibles sur toutes les plateformes de diffusions spécialisées. Alors restez à l’affut pour une prochaine critique littéraire. À bientôt pour une nouvelle chronique et bonne lecture!

Voter souverain en 2022 : une récolte d’opinions chez nos voisins Canadiens

Photo iStock – Christian Ouellet

Conflits d’intérêts, différences culturelles et barrière de la langue: Le Québec a-t-il toujours sa place au Canada en 2022? Notre auteur, Pierre-Olivier Riverin est parti à la rencontre des Canadiens ordinaires pour discuter de la grande question québécoise.

Le 28 août dernier a marqué le déclenchement de la 43ème élection générale du Québec et l’heure est alors au bilan. Les Québécois sont portés à évaluer la performance de leur gouvernement et considèrent leurs alternatives, c’est alors le début d’une période de questionnement. Au travers de ce grand débat national, le Parti québécois ramène comme toujours le sujet de l’indépendance sur la table pour nous parler des bienfaits d’un référendum gagnant. Dans ce contexte de campagne électorale et en me remémorant tous les événements du passé qui ont tourné autour du sujet, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser la question suivante: qu’en pensent nos compatriotes Canadiens?

Avant de procéder, je tiens à clarifier que le droit à l’indépendance appartient au peuple québécois et que seuls nous avons le dernier mot à dire. Pourtant, je suis pris d’une curiosité sur la question, car nous avons tendance à l’oublier, mais notre indépendance serait le début de la fin du Canada moderne. C’est dans cet esprit de curiosité et avec le désir de poser un nouveau point de vue marginal sur la table que je pars vers l’ouest pour offrir aux anglophones ordinaires l’opportunité de nous dire what’s what.

Sympathiques mais snobs: une vision pas toujours 100% glamour 

Dans le grand portfolio coloré de l’histoire des relations franco-anglo, il n’est pas vraiment rare de tomber sur une chicane ou deux. Cependant après plusieurs décennies d’évolution sociétale et de coopération nationale, il est évident que nos relations avec les anglophones se sont nettement améliorées au fil du temps, là je ne vous apprends rien de nouveau. C’est donc avec cette information en tête que je n’ai pas trop été surpris d’entendre des opinions mixtes à notre égard.

C’est sous les néons sémillants de la place Yonge-Dundas à Toronto que j’aborde un premier couple de cinquantenaires. Nous les appellerons Mary et Philip. « J’aime beaucoup les Québécois » nous dit Mary. « J’ai visité le Québec à quelques reprises et j’aime que nous ayons un petit morceau de la France au pays. Le Québec possède une culture riche et diverse, et je suis heureuse de les appeler nos compatriotes ».             

Bien que selon mes multiples discussions, le peuple ontarien semble bien partager cette vision positive sur nous, certains ne pensent pas de la même façon. « Je les trouves particulièrement snobs », dit un jeune sportif de la début vingtaine. « Lorsque je vais au Québec pour des compétitions, je me sens toujours regardé de haut quand je ne parle pas un français parfait ». Sa copine en rajoute : « Je crois seulement qu’ils sont fiers de montrer qui ils sont, mais parfois ça peut être un peu envahissant, surtout avec la langue ». 

La langue est souvent revenue lorsque je mentionnais le sujet de notre peuple. Le consensus général semble bien être celui que les Canadiens n’ont pas à parler et à accommoder le français, puisque selon eux elle s’agit que d’une langue minoritaire nichée au Québec. « Écrivent-ils des panneaux en anglais ou offrent-ils des services en anglais au Québec? C’est le même principe ici », rajoute Philip.

« Tout comme en Ontario, les régions rurales du Québec ont tendance à être plutôt fermées d’esprit et conservatrices dans leurs idées », nous dit Mary. « Mais il s’agit là plutôt d’une dynamique urbain versus rural que l’on trouve partout au pays », ajoute-t-elle. Philip continue en disant : « Les Québécois veulent montrer qu’ils sont différents, c’est un peuple fier, mais là où je mets une limite c’est quand leurs revendications commencent à avoir un impact négatif sur nous. Ils oublient parfois que nous sommes un pays uni et non une province versus la confédération ».

Une place à l’unité dans une fédération divisée?

Vous ne serez pas surpris lorsque je dis qu’il y a et aura toujours certaines tensions, plus ou moins graves, entre les québécois et les anglophones des autres provinces. Avec des partis au parlement fédéral comme le Bloc Québécois, on ne peut pas dire d’emblée qu’il s’agit là d’un pays entièrement uni, malgré cela, certaines personnes ont une vision plutôt positive des choses.

« Tu sais quoi? Je ne pense pas vraiment qu’il y a des tensions» dit Mary. « Dans ma ville d’Hamilton nous avons une grande communauté francophone, et je n’ai jamais vu les anglos s’engueuler avec les francos de la même manière que les gauchistes s’engueulent avec les droitistes, alors je ne crois pas que le conflit soit culturel ». Son mari enchéri : « Oui c’est plutôt des tensions politiques et idéologiques, de toute façon je crois bien que le Québec a tout intérêt à rester au sein du Canada vu les sommes extraordinaires qu’ils reçoivent d’Ottawa. Sans ça, comment feront-ils pour survivre? »

Le jeune sportif nous répond ensuite « Le Québec fait déjà partie du Canada. Pourquoi détruire ce qui fonctionne? Je veux dire, pourquoi l’histoire est si importante pour ces gens-là? À mon avis ils devraient se concentrer sur l’avenir et travailler avec nous plutôt que de se concentrer sur des détails qui appartiennent aux générations passées ».

Certains sont plus cyniques, comme cet homme quarantenaire que j’ai abordé au pied de l’hôtel de ville torontois. « À partir du moment qu’il y a des différences culturelles, il y aura toujours des tensions », dit-il. « C’est naturel, c’est humain. Maintenant le défi c’est de savoir, le Canada est-il réellement capable de maintenir à long terme son unité multiethnique qui forme la base de toute sa réputation? Si les Québécois jugent qu’ils sont mieux par eux-mêmes, alors soit. Mais moi, je choisis de croire au rêve canadien et eux devraient aussi », conclue l’homme.

La jeunesse et l’indépendance : que veut dire le vote solidaire et péquiste?

Un vol et un paquet de peanuts plus tard, c’est en Alberta que se déroule la suite de cette grande entrevue canadienne. Comme mentionné plus haut, le Québec reçoit environ 12 millards de dollars annuellement en guise de paiement de péréquation de la part d’Ottawa pour aider au développement provincial, et c’est cette grande province des prairies qui en paie la facture la plus salée. C’est donc en toute connaissance de cause que je me suis rendu dans le village rural traditionnellement conservateur de Vegreville afin d’obtenir des réponses peut-être un peu plus positionnées sur la question. 

Québec solidaire et le Parti québécois sont les deux partis indépendantistes de cette élection et l’on peut constater qu’en général, c’est que la jeunesse vote solidaire, et ainsi, pour le Québec souverain. J’ai donc abordé des passants sur la possibilité d’un troisième référendum.

« Honnêtement, je m’en fiche complètement si le Québec décide de se séparer », nous dit Bill, rencontré dans le Wal-Mart du village. « Bien sûr, les Québécois ont le droit de choisir, c’est un monde libre n’est-ce pas? À partir du moment où le référendum n’est pas falsifié, et je suis certain qu’il ne serait pas, alors on se doit de respecter le souhait démocratique de la province », dit-il. 

« Je crois bien que c’est ce que veut la majorité des Québécois et puis, si c’est le cas, qu’ils le fassent leur pays. De toute façon, cet enjeu-là ne se lie pas à notre réalité », déclare une femme rencontrée sur le boulevard principal. Un autre homme, agriculteur de métier, partage un avis similaire: « S’ils veulent quitter, qu’ils le fassent. Par contre, ils doivent se rendre compte que si ce projet se réalise, tout l’argent que nous leur envoyons partira en l’air. Il faut qu’ils sachent comment combler ce déficit ». Lorsque je lui demande son avis sur les paiements de péréquation, il me répond « Je crois que c’est absolument injuste. Pourquoi le Québec aurait-il droit à notre argent, alors qu’eux ne veulent même pas nous soutenir dans nos projets pétroliers? C’est un accord qui n’a pas de sens et je crois bien qu’il faudrait s’en débarrasser ».

Bien que cet avis sur les paiements de péréquation semble partagé unanimement au sein de la populace locale, Bill, interrogé plus haut, nous avoue que lui, s’en fiche de cette question: « Tu sais, moi je ne m’intéresse pas à la politique. Je trouve que je mène une vie bonne, je ne manque de rien, alors ce que le fédéral décide de faire avec notre argent ne m’importe pas. Si certains trouve cela injuste, et bien c’est leur problème. Moi, ça me convient ».

Indifférence politique ou libertarianisme de fond? Ces avis sont certes intéressants à écouter, or il est important de souligner que les Albertains ont généralement un consensus différent sur la question Québécoise: on coûte trop cher, et on devrait quitter si on le souhaite.

Un appel à la  solidarité canadienne pour la jeunesse souverainiste

En guise de dernière question conclusive de ces entrevues, j’ai offert la possibilité aux personnes interrogées de passer un message aux jeunes Québécois qui souhaitent avoir un pays.

« Oh come on! » s’exclame une passante d’origine salvadorienne. « Je suis venue dans ce pays pour son unité et sa grande diversité culturelle, pourquoi voulez-vous détruire ça? Le monde vous envie et vous devriez en être fier ».

« Je crois bien que c’est un projet stupide à la Brexit, mais si c’est réellement le souhait des Québécois, alors il en est du devoir démocratique de leur donner ce qu’ils réclament », déclare Philip. Sa femme ajoute : «Avec le Brexit, c’était la population âgée qui a voté pour. Dans ce cas-ci, il semble bien que c’est la jeunesse qui souhaite se séparer, je trouve ça déjà plus juste. Après tout, ce sont eux qui vont subir les conséquences de leurs choix, non? Qu’ils soient positifs ou négatifs, c’est à la jeunesse de façonner son propre avenir. Si c’est réellement ce que vous croyez et désirez, alors faites-le ».

« Au fond, le choix revient uniquement aux Québécois », nous dit un passant. « Mais la réalité c’est que vous avez toujours fait partie du Canada, nous avons fait de grands efforts pour vous accommoder du mieux qu’on pouvait, et personnellement je trouve que le Québec est une très belle province, alors si vous décidez de rester uni et de coopérer avec nous, les choses iraient bien mieux pour les deux côtés », continue ce dernier.

En Alberta, les gens partagent sans surprise un avis qui touche plus à l’indifférence.

« S’ils prennent bien en compte leurs affaires économiques et qu’ils sont certains de leur projet, qu’ils le fassent. Comme je l’ai dit, je crois que l’argent que nous envoyons est injuste, et si cela veut dire moins de taxes pour nous, alors je suis toujours partant» répond l’agriculteur. Sa conjointe ajoute : « S’ils veulent quitter, qu’ils le fassent. Ça ne nous regarde pas ».

Un petit mot personnel pour la fin

Dans un océan d’informations mixtes et contradictoires, il est si vite facile d’en perdre la tête et ne plus savoir où regarder, surtout quand ça touche la politique. Vous savez, la question du Québec au sein du Canada est un grand débat qui ne trouvera jamais de consensus pleinement majoritaire. C’est donc important que tous se forment une opinion individuelle sur le sujet afin d’en arriver à un résultat démocratique des plus représentatifs possible.

Les avis entendus ne sont donc pas seulement mixtes mais dépendent aussi de la région interrogée. L’Ontario, grand voisin du Québec et foyer historiquement libéral du Canada, a bien plus tendance à vouloir garder la belle province au sein de son pays, tandis que chez les cow-boys conservateurs du far-west, le Québec leur semble être une province tellement lointaine autant sur le point culturel que géographique, qu’il n’en relève pas de leur intérêt de mettre des efforts à nous garder. 

Et lorsqu’on regarde l’enjeu d’un point de vue fondamental, notre séparation éventuelle relève uniquement du choix démocratique des Québécois. Le choix que vous, citoyens, allez faire quand on vous présentera ce nouveau bulletin décoré d’un simple oui et d’un non, mettra fin temporairement à ce débat intergénérationnel de la grande question québécoise. Allez donc voter armés de vos meilleures connaissances et convictions.

Mais en attendant ce prochain jour J, nous pouvons garder en tête les réponses que vous avez lues aujourd’hui. Je vous invite donc à porter réflexion sur ce que nos compatriotes Canadiens d’en haut ont à nous dire. Formez-vous ou renforcez votre opinion sur notre place dans la fédération, je ne pourrais jamais souligner assez l’importance de chercher de l’information et je vous invite aussi à participer aux débats politique qui marquera notre avenir à jamais. Après tout, peu importe votre orientation politique, la démocratie n’existe que lorsque tous les citoyens votent en connaissance de cause. 

Dans les mots de Ségolène Royal; “La démocratie, c’est comme l’amour. Plus il y en a, plus elle grandit.”

Plaidoyer en faveur d’une démilitarisation globale

Je rêve d’une armée de poètes, d’un peuple de savants, d’un monde où le vin des uns ne coulerait pas au prix du sang de d’autres, d’un pays qui aimerait ses différents.

À vous qui vous moquerez de moi, je répondrai que mes rêves ne sont guère moins lucides que vos sombres cauchemars.

La guerre, comme toutes les créations humaines, devrait être considérée comme un objet social modifiable plutôt que comme une fatalité d’origine naturelle. Les États sont aujourd’hui presque tous dotés d’armées et, parmi les civils, nombreux sont ceux qui considèrent celles-ci comme des maux nécessaires.

Il n’en est rien, puisque la guerre est avant tout une absurdité : elle est le fruit de l’incapacité de certains hommes à reconnaître le lien fraternel qui les unit à tout être humain. Le voile nationaliste, les allégeances tribales et la peur de l’autre sont autant de forces qui poussent les pays à s’armer pour la guerre.

L’idée de s’armer pour se protéger d’attaques extérieures est un non-sens, car l’armement est lui-même à l’origine de la destruction. Arrêtez de fabriquer des armes, d’en vendre et d’en acheter et vous mettrez fin aux conditions permettant à la guerre dans sa forme moderne d’exister, au grand bonheur de la majorité.

En effet, la vérité est que la guerre n’est profitable à personne, sauf peut-être à quelques oligarques richissimes, alors que des mères voient leurs enfants tués au front et que des innocents sont massacrés.

Bien sûr, cet effort doit être international pour fonctionner, sans quoi la peur de l’autre serait de nature à avorter toute initiative allant dans le sens de la démilitarisation.

Tant que la guerre et l’armement ne seront pas reconnus universellement comme des folies, tant que la majorité n’exigera pas qu’on y mette fin, tant que les différents pays ne cohabiteront pas sur cette Terre en respectant les besoins et les droits de chacun, nous serons pris dans cette calamité qui s’auto-génère.

N’est-il pas aberrant qu’un pays libéral comme le Canada, qui en principe proscrit le meurtre, ne voie pas de problème à fabriquer des armes de guerre, à en vendre et à en acheter? N’est-il pas absurde que la morale la plus élémentaire et que les droits humains soient le plus souvent mis de côté en temps de guerre?

Tout cela me semble profondément insensé et inhumain. Peut-être arriverons-nous un jour à nous défaire de la guerre? Si seulement nous nous donnions le droit de rêver…

La vie, la mort et le sens social

Tous les êtres vivants sont animés par la passion de vivre. Cette force les pousse à conserver l’équilibre précaire permettant le bon fonctionnement de leurs processus biologiques, face à la nature chaotique de l’univers. Il s’agit donc en fait d’une lutte perpétuelle contre la mort. Au moindre dérèglement de l’organisme, le corps répond par une pulsion opposée. Celle-ci se manifeste dans la conscience par l’expérience de la douleur.

L’humain est un animal social qui a recours à la communauté pour répondre à une part importante de ses besoins. Nous vivons tous au sein d’un réseau complexe d’interdépendances qui nous lie aux différents membres de nos communautés.

Le sens social vient de la possibilité pour un sujet de faire confiance aux êtres qui l’entourent. Celui-ci, pour s’épanouir pleinement, doit se sentir en sécurité parmi les siens et ne pas voir en eux une menace perpétuelle à son intégrité mentale ou physique. Pour atteindre un sentiment de sécurité et d’harmonie avec le monde et l’existence, le sujet doit être en mesure de compter sur l’aide de ses voisins quand il se retrouvera dans une situation où il sera menacé.

Pour moi, le sens de la vie est donc lié étroitement à la pulsion de vie et à la solidarité sociale. Une personne qui agit à l’encontre de la solidarité a de bonne chance de souffrir de l’absurdité de son existence. Faire souffrir un autre, l’approcher de la mort, c’est rendre possible l’agression des êtres humains entre eux et donc éventuellement sa propre agression de la part d’un autre. L’humain, comme tout être qui vit, déteste passionnément la mort, il ne peut donc pas, sans souffrance psychique, imposer la mort totale ou partielle à un autre, cela lui semble incohérent, sa nature le poussant à considérer la mort de toute autre personne comme étant socialement la sienne.

Le sens qu’un être humain trouve à sa vie dépend donc avant tout de l’harmonie sociale. Quelqu’un vivant dans une société absurde aura tendance à être malheureux, de la même manière qu’un être humain qui agit de manière absurde aura tendance à en souffrir. Être heureux, c’est cultiver l’harmonie et la solidarité au sein de soi-même et de la société.

La journée internationale des travailleuses et des travailleurs: 1000 mots (approximativement) sur son origine

Dans plusieurs pays sur la planète Terre, les prolétaires célèbrent le 1er mai en tant que « Journée internationale des travailleuses et des travailleurs ». Depuis quand en est-il ainsi? Et surtout pourquoi un tel événement commémoratif et revendicateur?

Depuis quand?

C’est à l’occasion du Congrès de fondation de la IIe Internationale, tenu à Paris en 1889, que les délégués ouvriers de différents horizons économiques et politiques (syndicalistes, socialistes et marxistes) vont prendre la décision de faire du 1er mai, dans les pays industrialisés capitalistes, une journée d’arrêt de travail visant à commémorer des événements tragiques survenus trois années plus tôt, en 1886, dans la ville américaine de Chicago.

Pourquoi?

Il faut savoir qu’à cette époque, dans certains pays de l’hémisphère ouest, la 2e révolution industrielle est en cours. Le mode de production correspond au capitalisme qui nous met en présence de deux classes sociales fondamentales : la bourgeoisie (les détenteurs des moyens de production) et les prolétaires (des personnes qui pour vivre et survivre ne détiennent qu’une seule chose : la vente de leur force de travail). Durant ce dernier quart du XIXe siècle, la condition ouvrière est peu enviable : la main-d’œuvre est de plus en plus dépouillée de ses qualifications; ce sont quasiment toutes et tous les membres de la même famille ouvrière qui œuvrent dans les usines naissantes; les heures de travail sont longues (jusqu’à 12 à 14 heures par jour); la semaine au boulot est interminable (elle compte en règle générale six jours); le travail des femmes et des enfants est peu encadré par la loi; les conditions de rémunération sont aléatoires et dépendent de la volonté ou de la décision arbitraire du patron; les employeurs n’ont quasiment aucune obligation juridique face à leurs salarié.e.s; les pénalités pour insubordination face aux employeurs ou à ses représentants va de la coupure de salaire jusqu’à la détention dans des cachots improvisés; bref, c’est le règne de l’insécurité au travail et de l’exploitation la plus éhontée. Il est même possible de qualifier la situation dans les entreprises capitalistes à l’époque de « despotisme d’usine ». À la fin du XIXe siècle, dans certains pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, le capitalisme et le libéralisme triomphent. C’est le triomphe du profit pour une minorité (arrogante, dominante, possédante et dirigeante) qui prône le non-interventionnisme de l’État dans l’entreprise privée. La bourgeoisie a créé son opposé qui l’enrichit : la classe laborieuse à qui elle accole l’étiquette de « classe dangereuse » et à qui elle consent peu de droit.

Allons maintenant dans certains détails

Il est généralement reconnu que la Deuxième révolution industrielle se met en place durant la décennie des années 1880. L’utilisation de nouvelles sources d’énergie (l’électricité), de nouveaux moyens de circulation (le train) et la mécanisation des industries naissantes ont des effets majeurs sur le plan social. La population déserte la campagne (le milieu agricole) pour aller s’entasser dans les villes où sont localisées les grandes industries mécanisées qui ont un grand besoin de main-d’œuvre peu qualifiée. À cette époque, le droit de propriété est toujours consacré par la loi comme un rapport sacré et les travailleuses et les travailleurs en usine viennent tout juste de se voir reconnaître (en 1842 aux États-Unis d’Amérique (É-U) et en 1872 au Canada) le droit de s’associer pour négocier collectivement leurs conditions de travail et de rémunération.

Les événements de Haymarket (Chicago) en 1886

Quelques années après la Guerre civile, le capitalisme connaît des années de croissance aux É-U. La grande industrie est la base sur laquelle se développent des associations de travailleurs (des « syndicats ») qui ont pour objectif de lutter en vue d’améliorer les conditions de travail et de rémunération des ouvriers qui sont perçus et traités par les employeurs comme une simple marchandise malléable, corvéable et surtout exploitable à volonté. L’association qui a pour nom « Les Chevaliers du travail » est la première organisation syndicale de masse à voir le jour, en 1876, aux É-U. Il s’agit d’une organisation syndicale de type industrielle. C’est elle qui met sur pied le mouvement de revendication de la journée de travail de 8 heures. Cette revendication aboutit à la grève nationale du 1er mai 1886 qui mobilisa entre 190 000 et 200 000 grévistes aux É-U dont environ 75 000 à 80 000 dans la seule ville de Chicago. La manifestation du 4 mai 1886 à Haymarket donna lieu à un affrontement sanglant qui se solda par de nombreux morts et blessés du côté des ouvriers.

La IIe Internationale

C’est un délégué français, Raymond Lavigne, qui a proposé, lors du congrès de fondation de la IIe Internationale (tenu à Paris en juillet 1889), de faire du 1er mai l’occasion d’une manifestation internationale de solidarité ouvrière en mémoire du tragique « massacre de Chicago ».

Conclusion

Ce sont donc les événements dramatiques survenus à Haymarket – durant la première semaine du mois de mai 1886 – et une décision adoptée lors du Congrès de fondation de la IIe Internationale en 1889, qui sont à l’origine de la « Journée internationale des travailleuses et des travailleurs ». Cette journée commémorative n’est surtout pas à confondre avec la « Fête du Travail » qui a lieu aux États-Unis (depuis 1892) et au Canada (depuis 1894) le premier lundi du mois de septembre. Événement « festif » qui vise à occulter le caractère sanglant, répressif et oppressif du rapport capital / travail salarié. Un jour de congé férié, décrété par deux gouvernements hostiles à la classe ouvrière. Mais, comme dirait l’Autre, ça c’est une autre histoire qu’on m’invitera peut-être un jour à vous relater, dans une de vos prochaines publications!

Yvan Perrier

Commémoration du « Printemps étudiant 2012 »

2022, cela fait maintenant dix ans que le mouvement étudiant déclenchait une grève d’une ampleur et d’une durée sans précédent au Québec. L’objectif de ce mouvement d’opposition était le suivant : l’annulation de la hausse des droits de scolarité projetée par le gouvernement Charest dans le budget de 2012-2013. Et depuis, les droits de scolarité suivent la hausse de l’inflation1. Manifestement, nous sommes loin d’un gel. Oui, la hausse envisagée par le gouvernement Charest, sur la période d’abord de 5 ans et ensuite de 7 ans, a été bloquée. Mais, le gouvernement Marois a mis en place un mécanisme automatique annuel haussier de ces droits. Résultat : les droits (ou les frais ?) de scolarité́ sont toujours en hausse et plusieurs étudiant∙e∙s ne cessent de s’endetter pour accéder au savoir.

Combien coûterait l’annulation des droits de scolarité́ à l’université́ au Québec ? À l’époque, le coût de la mesure correspondait à moins de 1% du budget de la province de Québec. Aujourd’hui ? Aujourd’hui cela coûterait beaucoup moins que les 10 milliards du tunnel Levis -Québec promis par le gouvernement caquiste dirigé par François Legault.

Droits de scolarité : l’abolition est une mesure envisageable et possible

Au sortir du conflit étudiant de 2012, l’ex-premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, accordait une entrevue au quotidien Le Devoir2. Entrevue dans laquelle il confirmait que le Québec avait les moyens d’abolir (oui, vous avez bien lu, « abolir ») les droits de scolarité et qu’il s’agissait seulement, pour que cette mesure se concrétise, d’une volonté politique.

Conclusion

Pour obtenir un jour, le gel des droits de scolarité et leur éventuelle abolition, il faut continuer à rappeler de combien ceux-ci augmentent annuellement. Il faut également préciser qu’année après année le gouvernement du Québec a de plus en plus à sa disposition les ressources financières pour les abolir. Il s’agit là, comme le précisait Jacques Parizeau, d’une simple question de volonté́ politique.

Yvan Perrier,
Professeur au département de Sciences sociales

À qui la rue?

Par Édouard Bernier-Thibault

Portrait de la mobilisation et des évènements de la semaine de grève du 22 au 25 mars.

Que reste-t-il de la mobilisation et de l’esprit de 2012 dans le monde étudiant du Québec?

Aujourd’hui, certaines personnes jugent que l’implication politique n’est plus ce qu’elle était. Elles considèrent la communauté étudiante plutôt désordonnée et démobilisée dans son état présent.

Toutefois, des enjeux pressants comme la justice climatique pousse plusieurs personnes aux études à s’engager, comme le montre les nombres impressionnants de jeunes qui vont manifester à ce sujet.

Dix ans après 2012, la collectivité étudiante est-elle capable de retisser et de renforcer ses liens de solidarité pour demander une éducation accessible, libre et émancipatrice? La gratuité scolaire est-elle encore un projet pour lequel elle est prête à se battre? La communauté étudiante peut-elle être, encore une fois, un agent de changement dans la société?

C’est pour répondre à ces questions que j’ai documenté mon expérience et celle de mes camarades de l’AGECVM pendant les journées de grève du 22 au 25 mars. En essayant de m’impliquer comme je le pouvais, j’ai observé certains phénomènes, j’ai échangé avec plusieurs personnes, j’ai eu certaines réflexions et j’ai cru apercevoir certains enjeux. Le présent article a pour but de contribuer autant que possible à la construction (ou reconstruction) d’une communauté étudiante plus informée et plus solidaire.

Mise en contexte

Après un long et ardu processus d’adoption des mandats de grève pour le 22 au 25 mars, je me demande à quel point la préoccupation des étudiant-e-s pour des enjeux sociaux est importante. Est-ce que les étudiant-e-s sont prêt-e-s à faire des sacrifices pour améliorer leurs conditions de vie, pour changer la société? Je suis sorti de l’Assemblée générale du 11 mars avec une grande motivation pour les évènements à venir, mais une certaine préoccupation par rapport au réel désir d’engagement de la communauté étudiante…

Durant la semaine de relâche, j’ai essayé de m’impliquer comme je le pouvais dans le comité de mobilisation, qui a comme mandat principal de sensibiliser, mobiliser et coordonner les collégien-ne-s à propos de leurs intérêts et droits. J’y ai rencontré des personnes exceptionnelles qui se dédient et s’épuisent à essayer de faire bouger notre grande collectivité étudiante. Tout ce qui s’est déroulé durant la semaine de grève est en grande partie le fruit de leur travail.

Lundi 21 mars

Le lundi n’est pas une journée de grève, mais la mobilisation est déjà en marche. Après avoir terminé la bannière pour la grève le dimanche soir, le comité de mobilisation travaillent toute la journée pour informer les étudiant-e-s de ce qu’il allait se passer cette semaine.

Un membre du comité Envieuxronnement et moi-même sommes aller visiter les associations étudiantes de l’Université de Montréal pour coordonner des actions communes. À notre déception, plusieurs ne sont pas en mesure de nous suivre cette semaine. Celles qui ont voté des grèves ont déjà planifiés des évènements au même moment que les nôtres. Je ne peux m’empêcher d’être légèrement frustré par cette situation. Nous sommes toutes des personnes en grève, qui sont mobilisées et à peu près en accord sur les mêmes idées, mais nous n’arrivons pas à nous coordonner pour agir ensemble.

Peu importe, la mobilisation au CVM s’est bien déroulée. Tout le monde se prépare pour les quatre jours de piquetage qui vont suivre.

Mardi 22 mars

5h du matin, réveil difficile. Je me dirige péniblement vers le Cégep. Plusieurs personnes sont déjà présentes à mon arrivée. Le contact avec les autres collégien-ne-s et l’ambiance du piquetage me remontent tout de suite le moral. Je me rends compte rapidement que je l’ai bien facile avec mon réveil à 5h. D’autres ont dû se lever beaucoup plus tôt pour être au piquetage. « Après la défaite de l’AG du 10 mars, c’est beau de voir que plusieurs personnes sont présentes ici ce matin pour soutenir la grève », dit une amie et étudiante en Sciences humaines. Effectivement, je me suis dit que le nombre impressionnant de personnes au piquetage remettait peut-être en question au moins en partie le discours de certains sur la dépolitisation des jeunes.

Après la déclaration officielle de grève, plusieurs personnes sont venues en aide aux associations de l’UQAM, afin de les assister pour leur piquetage. L’expérience est intéressante, mais tumultueuse : nous faisons face à deux personnes violentes qui tentent de briser notre piquetage de force. Une d’elles frappe un étudiant du CVM. Malgré cela, le piquetage tient bon et ces évènements nous ont remplis d’énergie pour la suite.

L’évènement principal de la journée est la manifestation pour la gratuité scolaire, qui commence à 13h à la Place du Canada et termine au parc Émilie-Gamelin. Avant la manifestation, plusieurs organisations militantes sont présentes pour distribuer leurs pamphlets, vendre leurs livres et revues ou même pour recruter de nouveaux membres. À un moment, je me suis dit qu’il est un peu absurde d’avoir toutes ces organisations progressistes et anticapitalistes, mais divisées et même parfois presque hostiles les unes aux autres pour ce qui apparaît à mes yeux comme des détails. Est-ce vraiment pertinent de se morceler autant quand il faut mener des combats ensemble pour avoir une chance de gagner nos luttes?

La manifestation est superbe. Même si le nombre de personnes n’est pas aussi élevé qu’à celle d’il y a dix ans, le niveau d’énergie est fort. On donne tout pour crier les phrases et les chants qui nous tiennent à cœur. Nous avons scandé ceux-ci toute la semaine. Même si on est fatigués, on sent le début de quelque chose de beau et on est prêt pour la suite.

Mercredi 23 mars

Le mercredi est moins chargé en événements. Après un piquetage moins populaire au Cégep et moins agité à l’UQAM, plusieurs d’entre nous se dirigent à un rassemblement pour la rémunération des stages devant le Consulat général d’Italie. L’évènement a lieu à cet endroit pour protester contre la condition particulièrement précaire des stagiaires dans ce pays, où deux d’entre eux sont morts récemment. Le collectif Un Salaire pour toustes les stagiaires milite actuellement partout au Québec, principalement pour la rémunération de tous les stages.

Jeudi 24 mars

À la suite du piquetage habituel, c’est au Cégep de Saint-Laurent (CSL) que plusieurs d’entre nous se dirigent pour les aider avec leur piquetage. Une fois sur place, le piquetage est terminé, mais cela m’a donné l’occasion de poser des questions à des étudiant-e-s du CSL pour voir quel est l’état de la mobilisation chez eux. J’ai eu la chance de discuter avec une étudiante en musique du collège qui m’a parlé des difficultés de l’organisation de toutes les personnes étudiantes. Cela était-il différent en 2012? Qu’est-ce qui a fait que plus de personnes se sont impliquées dans le mouvement étudiant?

À 11h30, un groupe composé majoritairement de cégepien-ne-s s’est réuni devant les bureaux de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) afin de protester contre ses tentatives d’affaiblissement des assurances collectives des associations étudiantes du Québec. L’occupation fut courte en raison de la pluie, et celle-ci s’est déroulé sans conflit avec la police ou la sécurité.

La journée s’est terminée en force, avec une manifestation de soir pour la rémunération des stages et la gratuité scolaire. La colère générale est palpable, les slogans sont plus vifs, mais il y règne quand même une ambiance positive. Ce qui en ressort avant tout est une frustration réelle, mais légitime, ainsi qu’un refus clair d’accepter la précarité étudiante.

Vendredi 25 mars

Cette quatrième et dernière journée de grève est à la fois triste et soulageante. D’un côté, l’élan de contestation que nous avons aidé à bâtir allait inévitablement perdre de la force après la fin de la grève. Cependant, la fatigue de tous est évidente; il est clair que nous avons besoin d’un répit.

Malgré tout, c’est dans une ambiance de fête que commence la manifestation pour la justice climatique, organisé par le comité du CVM Envieuxronnement. Musique, danse et chant sont au rendez-vous en attendant de se mettre en marche vers le monument George-Étienne Cartier, où va se donner un « teach-in » en début d’après-midi pour la solidarité avec les premiers peuples et la justice climatique.

Fin ou début?

Les évènements du 21 au 25 mars sont-ils des phénomènes isolés ou le début d’un mouvement? Difficile à dire pour l’instant, mais je souhaite sincèrement qu’ils soient le début de quelque chose de plus grand. Le monde ne manque pas de problèmes face auxquels il faut s’indigner. Il ne manque que des solutions, ou plutôt des gouvernements qui écoutent et appliquent les bonnes solutions.

Aujourd’hui, particulièrement, il me semble qu’il est plus que légitime de prendre une pause, de se questionner, de se rassembler et de perturber ne serait-ce qu’un peu le cours des choses pour éviter de perdre tout ce qui nous est cher. On dit parfois que si on ne s’occupe pas de la politique, elle s’occupera de nous. Détournons-nous donc un peu de nos devoirs, de nos bureaux, de nos maisons et de nos bébelles pour nous retrouver ensemble, pour nous rassembler et décider de ce que nous voulons et de ce que nous ne voulons pas!

Condition étudiante et budget provincial : synthèse

Par Édouard Bernier-Thibault

Les dix ans du printemps érable ainsi que la mobilisation des étudiantes et étudiants durant ces dernières semaines nous forcent à reconsidérer, entre autres, le projet de la gratuité scolaire. Après avoir été le sujet de débat par excellence en 2012, il me semble qu’on entend beaucoup moins parler de la question de l’accès à l’éducation.

Pourtant, l’évolution et la situation présente de la condition étudiante est loin d’être idéale. Selon les données du gouvernement colligées par La Presse, les frais de scolarité ont augmenté de 1020$ (en tenant compte de la baisse des crédits d’impôt) depuis 2012, passant de 2 886$ à 3761$ aujourd’hui. En plus de cela, le coût de la vie, et surtout du logement ont augmenté, rendant la vie des personnes étudiantes toujours plus coûteuse.

La rémunération des stages est un autre enjeu important qui a beaucoup été mis de l’avant dans les dernières semaines. Plusieurs stagiaires (surtout celles dans des métiers traditionnellement féminins) doivent travailler un grand nombre d’heures par semaine sans aucune rémunération.

Finalement, bien qu’elle affirme reculer sur ses intentions initiales, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) semble vouloir faire des démarches pour rendre illégale la contribution automatique de tous les membres de l’AGECVM à une assurance collective, ce qui aurait l’effet de réduire considérablement son importance ainsi que d’affaiblir les associations étudiantes.

Tout cela tend vers une plus grande précarité étudiante, c’est-à-dire une instabilité et une insécurité socio-économique plus forte au sein de la communauté étudiante. Les effets négatifs que cette précarité peut avoir sur la santé mentale, physique ainsi que sur la réussite scolaire sont évidents.

Bref, la communauté étudiante est loin de « l’avoir facile » ou d’être à l’abri du genre de mesure comme la hausse des frais de scolarité contre laquelle elle s’est battue en 2012. De plus, la pandémie dans laquelle nous sommes depuis deux ans a grandement affaibli les liens de solidarité entre les étudiants ainsi qu’entre les associations étudiantes.

Avec des élections provinciales cet automne (3 octobre), il se peut très bien que cet enjeu soit l’un des thèmes importants de la campagne. Le dernier budget du gouvernement caquiste est présenté comme offrant « un appui financier accru et une réduction de l’endettement » pour les personnes aux études. Pour cela, le budget du ministre des Finances, Éric Girard, prévoit de fixer la hausse des frais de scolarité à un niveau plus bas que prévu (selon le principe de l’indexation), de financer des mesures de soutien à la réussite et de reconduire pour un an l’élimination des intérêts sur les prêts étudiants instaurés en contexte de pandémie l’année dernière (principalement).

Toutefois, des personnes comme Manon Massé, la co-porte-parole de Québec Solidaire ainsi que certains syndicats enseignants et étudiants considèrent le budget comme étant insuffisant pour lutter contre la précarité étudiante et pour l’accès aux cégeps et universités. De plus, le discours ainsi que le vocabulaire de M. Girard pour parler d’éducation prend une forme plutôt « économique », voire « marchande »: « Nous souhaitons doter le Québec d’un système d’éducation modernisé, plus performant et plus innovant […] Dans un contexte de rareté de main‑d’œuvre, où il faudra augmenter le nombre de Québécois ayant les compétences que recherchent les employeurs au sein de la population active, il faut miser plus que jamais sur l’éducation. » L’une des critiques majeures du mouvement étudiant de 2012 était justement de considérer et traiter l’éducation selon sa seule valeur marchande.

Dans ce contexte, faut-il s’attendre à un retour du grand débat sur l’accès et l’organisation de l’éducation? C’est probable. Je ne m’aventurerai pas à prendre position sur la question ici. Mon souhait était de présenter brièvement la situation de la communauté étudiante aujourd’hui, les grandes lignes par rapport à l’éducation dans le récent budget provincial, puis certaines critiques de celui-ci. C’est aux étudiants et étudiantes de réfléchir individuellement et collectivement sur leurs intérêts ainsi que leurs positions par rapport à l’éducation, pour mieux les protéger et militer pour les faire triompher dans la société.

Voici quelques liens pour vous informer et prendre connaissance de certaines des positions sur la question:

https://iris-recherche.qc.ca/publications/tarification-de-leducation-postsecondaire-ou-gratuite-scolaire/

https://lactualite.com/lactualite-affaires/contre-la-gratuite-scolaire-a-luniversite/

https://www.marxiste.qc.ca/article/greve-etudiante-faisons-revivre-les-traditions-revolutionnaires-de-2012

Voici la proposition de grève qui a été faite par l’AGECVM, où est inscrite une liste d’arguments formulée par notre association étudiante pour la gratuité scolaire, la rémunération des stages et les assurances collectives .

Guerre en Ukraine : poème et entrevue avec Arsenii Pivtorak

Par Arsenii Pivtorak et Édouard Bernier-Thibault

Lespouère

Oh Demain, Pays lointain
Tu t’imposes pourtant sur ma journée
Pourquoi me fais-tu pleurer?
Je crains et je dois avouer
Je ne vaincs point mes peurs cachées

Ukraine! Que va-t-il t’arriver ?!
Pourquoi m’as-tu aussi fort attaché?
Baignée dans l’amour et la liberté
Je sors dans ce monde étranger
Je respire cet air de confort
Qui ne m’est point familier
J’ai grandi dans l’instabilité
J’ai dû m’habituer à l’idée
Que tu te fasses déchirer

Par qui? Par un « ami »
Pourquoi? Pour avoir osé?
Pour avoir osé prendre ta liberté
Pour avoir osé être toi-même
Pour avoir osé vivre même!

Malgré tous ces calculs inhumains
Tu restes là.
Tremblante, mais vivante
Malgré toutes ces blessures sur le corps,
Tu souris encore.

Introduction

Il est parfois difficile de suivre l’actualité des conflits ayant lieu en ce moment, et depuis beaucoup plus longtemps, entre la Russie et l’Ukraine. En reconnaissant l’indépendance autoproclamée des provinces pro-russes dans la région du Donbass le 21 février, et en brandissant ouvertement la menace de guerre le 22 février, la Russie de Poutine a franchi une nouvelle étape dans son annexion et sa volonté de contrôle de l’Ukraine. Plusieurs pays occidentaux comme les États-Unis et le Canada ont protesté de manière formelle contre ces actions, déclarant entre autres des sanctions économiques. Tout cela n’a pas empêché la Russie d’entrer en guerre ouverte contre l’Ukraine le 24 février, en lançant une opération militaire et procédant à des bombardements sur plusieurs villes ukrainiennes. En date du 27 février, le gouvernement ukrainien a affirmé un bilan de 352 civils depuis les débuts de l’offensive militaire de Moscou. La situation évolue constamment, mais il semble bel et bien que la Russie ait décidé de faire un autre pas vers le contrôle total de l’Ukraine et plusieurs ont bien peur que rien ni personne ne puisse l’arrêter pacifiquement.

C’est parce que cette courte présentation ne fait qu’effleurer la surface de cet enjeu et parce que je suis loin d’être un expert sur le sujet que j’ai demandé à Arsenii Pivtorak de m’accorder une entrevue pour en discuter. Vous pourrez lire son poème en introduction à cet article, mais je souhaitais l’interviewer pour savoir quelles étaient ses pensées par rapport à cette situation, considérant son intérêt et son lien intime avec le pays. Arsenii est née et a vécu en Ukraine jusqu’à ses 11 ans. Toute sa famille vit là-bas et iel a plusieurs amis habitant encore ce pays. Iel étudie en sciences humaines, dans le profil Questions internationales.

Échange avec Arsenii

Arsenii m’a parlé très tôt dans l’entrevue de comment l’Ukraine a été fréquemment divisé et déchiré par différentes puissances et différentes guerres. Tout particulièrement, Arsenii a souligné ce qu’iel appelle, pour résumer, le « mariage forcé » imposé entre l’Ukraine et l’URSS durant le 20e siècle. Ce qu’iel voit dans les évènements récents est une tentative forcée de retour à cet ordre passé:

« Pour l’Ukraine, l’existence commune dans un empire ensemble ou dans une union, sous un même État ou un même contrôle avec la Russie est un chapitre terminé. La Russie veut réviser l’histoire, retourner les choses comme elles étaient, mais les Ukrainiens n’en veulent pas. »

Malgré tous les troubles politiques qu’a vécus et que vit l’Ukraine, ce pays a toujours maintenu une culture, une identité et un esprit bien à soi, accompagné d’un nationalisme particulier.

« En fait, la particularité du nationalisme ukrainien c’est qu’il s’est développé sans État. […] Le nationalisme ukrainien se concentre beaucoup sur les gens, la société et la nature en fait. La raison principale de l’émergence du nationalisme en Ukraine qui a contribué à la chute de l’URSS était le désastre écologique de Tchernobyl. »

Sur la situation présente, Arsenii utilise des termes forts pour décrire les actions de la Russie envers l’Ukraine.

« Moi je vois ce qui se passe avec l’Ukraine en ce moment comme du néocolonialisme et du néo impérialisme. La guerre n’était pas inévitable. La guerre a été manufacturée par la Russie. Elle a été préparée soigneusement, autant par la propagande que par l’aspect militaire. »

Iel décrit ainsi la logique qui anime les actions de la Russie:

« La logique de la Russie est vraiment que si l’Ukraine ne nous appartient pas, alors elle n’appartiendra à personne, même pas aux Ukrainiens. Soit qu’elle existe en tant que petite minorité dans notre nouvel empire russe et que les Ukrainiens vont finir par se faire assimiler (…) ou que si l’Ukraine ne veut pas être avec la Russie, alors on va tout faire pour miner le pays dans les fondements. »

Arsenii m’a décrit les actions terroristes effectuées par la Russie, comme des attentats dans des villes causant la mort de plusieurs personnes, notamment pendant la crise de 2014 autour de l’annexion de la Crimée. Selon lui, le but de ces actions est de propager la peur et de créer de l’instabilité au sein de la société.

Iel m’a aussi parlé du rôle crucial que jouait la propagande russe, à la fois pour légitimer ses actions et pour se défendre de toutes critiques.

J’ai voulu questionner Arsenii au sujet de l’effet de la guerre sur le peuple et la société ukrainienne. Selon son expérience personnelle, il y a deux effets principaux sur la population. D’un côté, iel a remarqué que certains ont été mobilisés par la guerre, s’activant à renforcer la solidarité, la résistance et à propager l’intérêt ainsi que la fierté pour la culture ukrainienne. Par contre, la guerre eut aussi, voire surtout des effets plus négatifs.

« Je pense surtout aux jeunes, à mes amis, aux gens que j’ai connus; ça épuise. La guerre, ça épuise. La montée des problèmes de santé mentale, c’est criant. […] Les addictions aussi et les comportements dangereux, si on veut. Bref, la guerre ne passe pas sans effet. Il y a des choses positives que ça a peut-être apporté […] mais en même temps, il y a un grand prix à payer pour ça. »

Pour finir, j’ai demandé à Arsenii ce qu’iel pensait des réactions de la part des États ainsi que des organisations internationales face à l’invasion russe. Iel a commencé par me dire que la reconnaissance du problème par des instances internationales et de grands gouvernements est quand même une bonne chose. Le fait que ceux-ci critiquent la Russie et qu’ils préparent des sanctions économiques contre elle est un pas dans la bonne direction. Toutefois, il est clair pour Arsenii que cela est gravement insuffisant.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’Ukraine ne pourra pas faire face à la Russie seule. […] Pourquoi est-ce que l’OTAN ou l’ONU ne pourraient pas mettre des troupes pour la protection des civils? […] Pourquoi est-ce qu’on attend qu’il y ait des vies perdues comme dans le génocide en Yougoslavie pour ensuite essayer d’agir? Ça va être trop tard, il va déjà y avoir des vies perdues. »

« Les sanctions économiques sont bonnes, mais sur le long terme. La guerre c’est ici et maintenant, pas dans 10 ans. Ce n’est pas suffisant pour sauver autant de vies, il faut un support militaire clair. »

Arsenii s’attriste du fait qu’on en soit rendus à ce point où la discussion et la diplomatie ne semblent plus possibles. Toutefois, considérant l’état des choses, l’Occident doit offrir le soutien nécessaire à l’Ukraine pour l’aider à résister et à combattre les armées russes. Pour iel, il s’agit d’un conflit non seulement autour de territoires, mais de projets ainsi que de principes politiques. Si l’Occident se considère défenseur des droits humains ainsi que de la démocratie, elle doit absolument le montrer en apportant une aide concrète au peuple ukrainien.

Les conflits entre la Russie et l’Ukraine ne risquent pas de finir de si tôt. En fait, cela va surtout dépendre des choix ainsi que des actions de chacune des parties, ainsi que de l’implication (ou non) des gouvernements comme celui du Canada et de la communauté internationale en général. Au niveau de la société civile, mon interlocuteur a mentionné l’importance de se montrer solidaire à la cause ukrainienne, en s’informant et en informant les autres sur la situation. De plus, il est possible de participer à des évènements ou des manifestations en appui à la cause ukrainienne à Montréal, en restant à l’affût sur les réseaux sociaux notamment. L’implication citoyenne est certainement limitée pour ce qu’elle peut sur ce genre d’enjeux internationaux, mais elle est tout de même importante. C’est un acte fort de s’opposer et de dénonçer les injustices, peu importe où elles se font et qui elles frappent. « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere », a dit Martin Luther King, montrant l’importance de la dénonciation et de la lutte constante pour la justice, sur tous les fronts, pour tous les peuples et dans tous les lieux.

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