Regard de l’homme

Image : Myriam Bourbeau

Dans le cadre du concours d’écriture féministe ayant pour thème « Regard de l’homme », La rédaction de L’Exilé est heureuse de publier le texte de Morgane Gordon, gagnante de la compétition.

i am the monster under your bed
n’aies pas peur ma belle à 25 ans on n’a plus peur des monstres sous le lit
on n’a plus peur de se faire attraper par leurs pattes immondes elles ne s’accrochent plus à nos chevilles ne nous attirent plus vers lui
on n’a plus peur de se faire regarder par leurs yeux répugnants qui nous dévisagent et nous espionnent
le monstre vicieux ne se cache plus sous le lit

i am the monster under your bed
n’aies pas peur ma belle c’est un compliment un petit surnom affectueux tu es tellement charmante tu capotes pour rien je veux juste être gentil
n’aies pas peur ma belle je te souris mes yeux descendent légèrement avant de retourner aux tiens
n’aies pas peur ma belle ma main sur ton épaule n’est qu’un signe familier

i am the monster under your bed
n’aies pas peur ma belle embrasse ta gêne sois fière de ta honte plante-la au plus profond de toi croque d’une seule bouchée la douleur
n’aies pas peur ma belle arrache ton amertume subit la violence passive laisse-toi marcher dessus pour savoir ce que ça fait
n’aies pas peur ma belle ignore-le avale ta voix tu n’es pas écoutée de toute manière

i am the monster under your bed
n’aies pas peur ma belle tu es une femme au dos rond au corps ondulé la pièce de viande de ton corps se déchire sous tes propres dents
n’aies pas peur ma belle tu es une femme au passé joyeux au regard éteint tu vas être un objet brisé utile
n’aies pas peur ma belle tu es une femme qui a peur d’être femme laisse-moi t’expliquer comment être femme
n’aies pas peur ma belle aiguise tes cicatrices elles ne sont que mentales

Selena Fortier et sa « showférence »   

Par Meggie Cloutier-Hamel et Xavier Beauchamp

Selena Fortier parlant à nos deux journalistes Meggie Cloutier-Hamel et Xavier Beauchamp après sa « showférence ». Crédit photo : Philippe Le Bourdais

Allier humour et sensibilisation à la violence conjugale, c’est le pari que fait la militante Selena Fortier. Dans Hochelaga-Maisonneuve, le 26 novembre dernier, au Bistro le St-Cath, l’ambiance est conviviale et la jeune femme nous accueille avec bonne humeur pour sa conférence sur un sujet austère. Et pourtant, elle y arrive.   

« Je trouve que la violence conjugale est très dans une case, puis c’est pour ça que bien des gens ne se reconnaissent pas, fait que j’ai envie de sortir ça de la case, puis d’ouvrir le dialogue, puis en parler sur des plateformes où on n’est pas nécessairement habitué »    
Selena Fortier

Son histoire   

La conférence rapporte les événements que Selena Fortier a vécu il y a quelques années. Tout commence par sa rencontre avec un homme, un homme qui lui plaisait beaucoup. Au début de leur relation, elle remarque des comportements étranges de la part de son amoureux. La situation se dégrade avec le temps : « C’est sûr qu’il y avait tellement d’affaires qui ne marchaient pas […] mais j’étais tellement certaine que c’était l’homme de ma vie, mais en même en temps je ne voulais pas vivre ce qu’il me faisait vivre », nous confie-t-elle. Elle essaie à plusieurs reprises de le quitter ou d’améliorer les choses, notamment avec une thérapie de couple, mais rien n’y fait. Presque deux années passent et elle réussit à le quitter définitivement et débute son « processus de rétablissement », comme elle le mentionne.  

Après sa rupture, il lui faudra environ deux ans de psychothérapie et l’aide de divers soutiens pour qu’elle se sente mieux, nous affirme-t-elle. En effet, Mme Fortier relate qu’elle a eu recours à plusieurs ressources pour l’aider, comme le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), mais que son processus est surtout une démarche d’introspection. De là est né son projet sur la violence conjugale, baptisé « showférence ». Détentrice d’un baccalauréat en psychologie, Mme Fortier a quitté le milieu de l’intervention psychosociale pour se concentrer sur ce projet qu’elle affectionne énormément.  

Éventail d’émotions   

La présentation de Selena Fortier est construite de différentes parties qui relatent ce qu’elle a vécu. On nous avertit d’ailleurs de la présence de propos sensibles au début de celle-ci.  Tous les moments racontés sont vrais nous dit-elle. Les anecdotes sont racontées entre présent et passé. On comprend les idées contrastées qu’elle a ressenties durant cette relation entre amour, haine, incompréhension, peur. Des voix hors champ, de la musique, des costumes, un « violentomètre », des dessins et la participation du public s’ajoutent à sa « showférence », car bien que dans le cadre du 26 novembre dernier, elle présentait son discours comme une conférence, Mme Fortier considère que ce nouveau terme est plus représentatif du dynamisme qu’elle amène. « Je suis toujours en apprentissage, ça fait partie du réalisme que je raconte mon histoire, que j’arrive avec des moments où c’est parfois maladroit, parfois cocasse, ce qui fait la magie du moment », souligne-t-elle.     

La place de l’humour  

L’approche humoristique de la « showférence » de Selena Fortier provient d’un besoin de reprendre le pouvoir sur sa vie et d’aller vers le positivisme. C’est dans ses cours du soir à l’École nationale de l’humour qu’elle se sent à l’aise et encouragée à parler de la violence conjugale qu’elle a vécue à l’aide d’anecdotes. En juin 2022, elle participe au MiniFest, un festival d’humour montréalais qui lui donne confiance pour se lancer dans le domaine. Celle qui se définit comme une activiste raconte, à travers la « showférence », son histoire en espérant changer la manière d’aborder le thème de la violence conjugale.  Son initiative lui a notamment value une bourse du programme « Tous engagés pour la jeunesse » de Desjardins et Noovo offerte durant l’émission La semaine des 4 Julie.

Le message qu’elle souhaite envoyer  

Par son action, Mme Fortier désire libérer la parole sur la violence conjugale. La militante désire dépoussiérer cet enjeu, en faisant changer la honte de camp et en sortant le thème de la violence conjugale de sa case lourde. Elle vise aussi le milieu de la scène, en abordant des sujets qui lui tiennent à cœur. Elle rappelle l’importance de l’organisme SOS violence conjugale qui vient en aide à tout individu qui a vécu de près ou de loin les conséquences de telles situations. Son but est donc d’ouvrir le dialogue, à son échelle et de manière positive.   

Les prochaines dates de la « showférence » de Selena Fortier

Pour toute aide concernant la violence conjugale

Le Choix de l’Otaku

Manga du mois : That Time I Got Reincarnated Into A Slime

Image du livre Moi, quand je me réincarne en slime de Fuse

Au Japon, les mangas sont ce que les bandes dessinées sont en Amérique du Nord. Leur seul particularité, c’est qu’ils sont très petits et qu’ils se lisent de droite à gauche. Cependant, ceux-ci peuvent parfois devenir très populaires et engendrer un succès tel, qu’on s’empresse de créer des adaptations cinématographiques ou des dessins animés. Ce manga de Taiki Kawakami, qui vous est proposé ce mois-ci, était originalement un roman de Fuse. Il s’intitule : « Le jour où j’ai été réincarné en slime ». Celui-ci va d’ailleurs voir sa première adaptation en film sortir au cinéma le 25 de ce mois.  On suit dans cette histoire les aventures de Satoru Mikami, salarié lambda tout à fait banal, qui après avoir été assassiné, se retrouve réincarné dans un autre monde. À son plus grand dam, il se retrouve dans le corps d’un slime, une créature à l’apparence gélatineuse qui est aussi le monstre le plus faible de tout le bestiaire fantastique. De plus, il n’obtient pour seuls attributs les capacités « Grand Sage » et « Prédateur ». Néanmoins, cette réincarnation fortuite marque le début d’une grande et palpitante aventure remplie de rebondissements et de fantaisie.

 Pour tout les fans de « sword-fantasy »,  ce manga, avec tous les éléments de fantaisie variés et recherchés ainsi que l’intrigue de l’histoire, vous plaira sans équivoque.  L’adaptation en anime est également excellente.

Si vous êtes intéressés par cette œuvre, sachez que le manga, les histoires dérivées et les romans associés sont en vente dans la plupart des libraires. De plus, les deux saisons du dessin animé sont disponibles sur toutes les plateformes de diffusions spécialisées. Alors restez à l’affut pour une prochaine critique littéraire. À bientôt pour une nouvelle chronique et bonne lecture!

« Ce livre ne s’adresse qu’à 0,00005% de la population »: la dernière de Bertrand Laverdure

Un livre qui a le potentiel de plaire à tous, c’est ce qu’on peut appeler une perle rare. De la réflexion sur le monde littéraire à la culture populaire, quelques séries de poèmes mènent jeunes comme aînés à la réflexion.

Une déclaration d’amour et d’amitié

Le livre est divisé en cinq sections, dont les quatre dernières s’adressent à quatre destinataires mentionnés dans l’ouvrage. En plus du titre, on peut avoir l’impression de ne pas être invité à lire la suite, pourtant, les poèmes sont parsemés de références tantôt amusantes, tantôt qui portent à réflexion.

La première partie, écrite en 2015 lors d’un séjour à Paris, traite de l’aspect commercial des livres. « Je parle de la rapidité avec laquelle on gobe les produits culturels, explique l’auteur, on a transformé tout le vocabulaire qu’on réservait à la littérature pour le marketing […] on dit ‘‘on consomme des livres’’, ‘‘on consomme la culture’’, on parle des chiffres de vente des livres. »

« On a oublié de réfléchir, de les appréhender de façon complexe, de lire en détail, de façon fine », déplore-t-il.

La deuxième section regroupe des poèmes écrits durant la pandémie sur Twitter accompagnés du mot-clic #covidpoèmes. Celui-ci a encouragé la participation de nombreux utilisateurs pendant plus de deux semaines avec pour but de leur donner la possibilité d’exprimer ce qu’ils vivaient.

La troisième rend hommage à l’amour entre colocataires. Inspiré par la relation avec sa « coloc », Gabrielle Boulianne-Tremblay, Bertrand Laverdure explore ce rapport en zone grise qui n’est, selon lui, « pas de l’amitié, pas de la camaraderie, mais qui est une sorte de bienveillance, une sorte d’amour platonique ».

La quatrième section présente une autre grande amitié, cette fois-ci avec l’artiste Gauthier Keyaerts qui a pris la photo de couverture. Les poèmes sont tirés de cartes postales échangées entre eux, Keyaerts habitant à Bruxelles. Ce n’est pas la première fois que le concept de poésie sur cartes postales apparaît dans les œuvres de Laverdure, qui a fait quelque chose de similaire avec son ami Charles Sagalane l’année dernière.

La cinquième section consiste en une suite de poèmes retenue comme demi-finaliste au Prix de poésie Radio-Canada 2020. Retenu pour la troisième fois, l’auteur est flatté : « de savoir que des lecteurs sous anonymat aiment ce que je fais, sachant que je change de style à chaque fois, qu’ils me choisissent parmi 800 ou 1 000 suites de poèmes, ça me fait un petit velours. »

Dans cette dernière partie, Bertrand Laverdure s’adresse aux femmes en situation d’itinérance à Montréal. Il se demande à quoi ressemblent leurs vies, et fréquentant souvent la station de métro McGill, s’inspire des personnes dans cette situation qu’il croise souvent à cet endroit.

Des références « pop »

L’auteur n’hésite pas à faire référence à la culture populaire et aux jeunes artistes qu’il admire. En effet, Billie Eilish et Timothée Chalamet ont fait couler l’encre dans la poésie québécoise.

L’image en couverture, prise dans une berge en Grande-Bretagne, est la figuration du milieu littéraire illustrée par le poète dans la première section : « c’est un petit milieu très fragile, écologique, où l’équilibre est instable. Moindrement qu’il y a de la pollution – commerciale, publicitaire ou économique – ça tombe. Moindrement qu’on pille dessus, qu’on est agressif, ça se décompose. Ça tient à des fils. »

Le livre est disponible en ligne, ainsi que dans plusieurs librairies. Faites vite, le livre est déjà parti en réimpression!

Prière pour une mitaine perdue : le documentaire poétique

Par Milli Noël

Montréal l’hiver, l’amour perdu, les déneigeuses, une conversation intime, le parc Lafontaine, le deuil.

Prière pour une mitaine perdue suit quelques personnes qui cherchent à retrouver leurs objets perdus dans les transports en commun. Nous assistons, cachés derrière la vitre du comptoir à la station Berri-UQAM, à des airs concernés, nerveux, échauffés. Les personnages fouillent désespérément dans des tas de clefs rouillées et de tuques abandonnées. Bientôt, nous quittons le métro pour aller chez ces personnages et connaître leur vie. Pendant 79 minutes, en noir et blanc, une question leur est posée :

« Qu’est-ce que vous avez perdu que vous voudriez ravoir ? »

Le documentaire a fait une deuxième sortie en salle l’hiver dernier, ayant été différé de sa programmation originale en 2020 en raison des mesures sanitaires. Prière pour une mitaine perdue est le sixième film du réalisateur Jean-François Lesage. Dans chacun de ses documentaires, il trouve ses personnages au moment du tournage, souvent dans des lieux publics. Après des études en droit et quelques années comme journaliste, il tombe en amour avec le cinéma chinois, déménage à Pékin et devient documentariste. Lesage fait preuve d’une curiosité allocentrée pour ses sujets et il croit à « l’idée que toute personne pourrait faire l’objet d’un documentaire ». « Je crois que la parole de chacun de nous peut être intéressante si on l’écoute : c’est une question de regard. »1 Le film gagne plusieurs prix dont celui du meilleur long métrage canadien au festival Hot Docs de Toronto, qui est reconnu comme le plus grand festival de documentaires en Amérique du Nord.

Rapidement, le film laisse tomber sa mitaine perdue et entre dans un univers psychologique: le deuil de ceux qu’on ne connait pas. Bien que le documentaire peint un portrait sociologique, voire philosophique, des peines et des amours de Montréalais.e.s, il est porté d’une incontestable poésie. L’objet perdu n’est donc pas le thème central du film, à la déception de certain.e.s, mais au réjouissement d’autres, puisque la suite en vaut la peine. Le sentiment de perte nous prend et on espère avec ces êtres qui nous sont devenu.e.s familier.ère.s un printemps plus doux. Doucement, les sujets ne se livrent plus à la caméra, mais entre eux; nous devenons observateur.trice.s de leurs conversations.

Marianne Polska excelle à la direction photo, le contrôle de la lumière est impeccable et aucun cadrage ne distrait des sujets. Grâce aux mouvements de la caméra et aux différents effets de mise au point, il nous est possible de voir celles et ceux qui ne parlent pas, mais qui écoutent, qui attendent de parler. Ces effets ne sont pas parfaits, certes, mais ils ajoutent à cette sensation de vraisemblance que le film apporte. Les séquences sont toutes assez longues pour nous donner le temps d’absorber toutes les subtilités de leurs conversations. Nous vivons leurs malaises, leurs amours, leur tristesse, leur solitude et leur empathie.

Des plans plus calmes s’emmêlent entre ces témoignages forts en émotions. Accompagnée d’une douce musique jazz, sous nos yeux se dévoile une nuit d’hiver montréalaise. Un rythme mélancolique est créé, le montage nous permet de faire introspection, à se demander si nous aussi nous avons perdu quelque chose qu’on aimerait retrouver. Durant une de ces scènes sans paroles, L’écharpe interprétée par Félix Leclerc joue. La neige et les patineurs du Parc Lafontaine valsent et on pleure un peu. C’est ici que Jean-François Lesage montre sa grande humanité, il nous laisse le temps de tomber en amour avec la parole d’un.e étranger.ère. Ces séquences sont très touchantes, voire thérapeutiques.

Note : ★★★★½

Le film n’est plus en salle mais il est possible de le regarder en ligne sur plusieurs plateformes de visionnement telles que celle des Cinémas Beaubien, du Par et du Musée ainsi que celle du Cinéma Moderne.

Cliquez ici pour visionner la bande annonce du film.

Danser ne suffit-il pas?

Le masculin est utilisé pour alléger le texte

L’étudiant au DEC en danse contemporaine ou en danse classique du Cégep du Vieux Montréal (CVM) doit faire ses trois cours obligatoires d’éducation physique, bien que son entrainement dépasse les 25 heures par semaine. Les étudiants ne comprennent pas pourquoi on leur en demande autant et la complexité du dossier rend le sujet délicat pour les institutions scolaires.

Un refus du ministère

En janvier 2011, le département d’éducation physique du CVM demande au Cégep de créer un comité d’étude pour évaluer l’importance des cours d’éducation physique dans les programmes de danse. Dans le procès-verbal de la réunion du 7 avril 2011 de la Commission des études, qui est l’instance du collège qui donne avis au conseil d’administration concernant les programmes d’études et l’évaluation des apprentissages, on rend le verdict de l’analyse des programmes. Selon le comité de travail déployé à cet effet et le MELS (l’ancien ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport), « l’analyse de contenu des programmes a révélé que les éléments d’activité physique déjà inclus dans les grilles actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs de la formation générale ».

La direction des études du CVM a donc intégré dans les deux programmes de danse les cours d’éducation physique dès l’automne 2012. Jusqu’à ce jour, les étudiants en danse étaient exemptés de ces trois cours, et ce, depuis le début de l’affiliation avec l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCM) et l’École Supérieure de Ballet du Québec (ESBQ) dans les années 1990. La directrice artistique et des études de l’EDCM, Lucie Boissinot, dit que « lorsque le programme a été mis en marche en 1999 avec le Cégep du Vieux Montréal, il avait été convenu qu’étant donné le très grand déploiement d’énergie et l’activité physique inhérente à la pratique de la danse, les étudiants fréquentant l’École de danse contemporaine n’auraient pas besoin de suivre les cours d’éducation physique ».

Un dossier fort complexe

« Le dossier d’éducation physique à l’École de danse contemporaine de Montréal est un dossier fort complexe pour lequel j’ai déployé une énergie considérable », dit Lucie Boissinot. Lors de la commission d’études de 2011, elle a travaillé à démontrer les compétences acquises par les étudiants au sein de son école. Ceux-ci suivent, bien entendu, des cours de technique en danse contemporaine, mais aussi d’entrainement connexe et des cours d’anatomie. Elle a également voulu démontrer que les étudiants s’exercent en plus de leurs 2400 heures de formation.

En effet, quand on regarde les compétences ministérielles du programme de l’EDCM, on distingue des ressemblances avec celles des cours d’éducation physique au niveau collégial. Les critères de l’école de danse parlent de « maintenir une condition physique conforme aux exigences de la profession » et de « maintenir une hygiène de vie adaptée aux exigences de la profession ». L’analyse de la danse, la maîtrise d’exercices, la coopération de groupe et la gestion des blessures sont aussi dans les compétences ministérielles du programme en danse contemporaine. Les critères du ministère de l’Enseignement Supérieur, quant à eux, parlent d’« analyser sa pratique de l’activité physique au regard des habitudes de vie favorisant la santé, d’améliorer son efficacité dans la pratique de l’activité physique et de démontrer sa capacité à se charger de sa pratique de l’activité physique dans une perspective de santé ».

Lucie Boissinot considère que ses étudiants touchent à toutes les compétences des cours d’éducation physique. Elle trouve frustrant que ses élèves doivent ajouter cette charge de travail qu’elle considère déjà couverte par le programme.

Des conflits d’horaire

Pour compléter leur DEC, la plupart des étudiants en danse doivent faire leurs cours obligatoires au CVM. Certains en sont dispensés, car ils les ont déjà faits lorsqu’ils étudiaient dans un autre programme d’étude. Pour ceux qui les complètent, ces cours n’entrent pas toujours à leur horaire. Ils doivent donc être repris avec la formation continue en soirée ou en formule à distance durant l’été. Quatre cours obligatoires n’entrent pas dans la grille de cours, dont les trois d’éducation physique.

Par exemple, à la session d’automne passée, des étudiants de deuxième année en danse contemporaine devaient se déplacer chaque jeudi soir au Cégep pour assister à leur cours de yoga, alors qu’ils venaient de danser un bon nombre d’heures. Alec Charbonneau faisait partie de ce groupe d’étudiants : « On arrive chez nous et il faut directement aller se coucher pour se réveiller le lendemain à six heures pour être à l’école de danse à huit heures ». Il croit que le premier ensemble d’éducation physique, celui dédié au volet plus théorique des saines habitudes de vie, aurait suffi. Il assure que c’est le seul des trois qui l’a aidé à enrichir son programme. Alec pense qu’il faut revérifier les compétences que l’école de danse lui permet d’acquérir.

L’éducation physique est pour tous

Luc Phan, coordonnateur du département d’éducation physique du CVM depuis août dernier, ne connaît pas le cursus des programmes de danse, mais il considère que les cours d’éducation physique peuvent être un atout aux danseurs pour bonifier leurs apprentissages. « Le citoyen moyen, peu importe qu’il soit danseur, qu’il soit athlète professionnel, qu’il soit, je ne sais trop quoi, doit quand même avoir des notions de santé et de prise en charge, puis c’est ça qu’on essaie d’aller allumer ».

En tant que professeur, M. Phan est ouvert à la communication avec les étudiants en danse pour les aider à développer d’autres habiletés. Il ajoute que ceux-ci sont souvent appréciés par les professeurs d’éducation physique, parce qu’ils ont en commun un intérêt pour l’activité physique.

Solutions

Chantale Fortin, directrice adjointe aux études au CVM, était déjà à son poste lors de la gestion du dossier en 2011. Elle mentionne qu’en introduisant les cours d’éducation physique dans les programmes de danse, le cégep a essayé de trouver des pistes de solutions. Cependant, il a été difficile de trouver des accommodements entre les écoles de danse et le cégep. L’horaire des danseurs contemporains et danseurs classiques est souvent différent et le nombre d’étudiants dans ces programmes varie d’année en année. Il est donc plus ardu pour le cégep d’offrir des cours qui seraient dédiés aux étudiants en danse.

Un cours intensif d’éducation physique avait toutefois été mis en place par le CVM à la demande des programmes de danse. Les classes se penchaient sur l’entretien physique, l’activité aquatique et la gestion du stress, des sujets pertinents pour les danseurs. Les étudiants pouvaient donc compléter l’un des trois cours pendant trois semaines avant le retour de la session d’hiver. La priorité des inscriptions était donnée aux danseurs, puis aux autres élèves si le cours ne comptait pas assez d’étudiants. Cette formation intensive a toutefois été mise en arrêt en raison de l’absence de candidatures de professeurs pour donner le cours ainsi que la situation pandémique. Luc Phan ne refuse cependant pas la possibilité de réinstaurer l’intensif si la situation le permet.

Malgré tout, en apprenant l’existence de cet ancien cours intensif, l’étudiant Alec Charbonneau ne se verrait pas quitter ses vacances qu’il juge nécessaires pour sa santé physique, pour compléter intensivement un cours d’éducation physique.

Le dilemme entre l’art et le sport

Lucie Boissinot mentionne que le grand public ne sait pas nécessairement ce qui se passe derrière les quatre murs de son école. « Le danseur est comme un sportif d’élite, mais qui travaille aussi d’autres dimensions de son être », dit-elle.

Les programmes de danse contemporaine et de danse classique du CVM ne forment pas des danseurs compétitifs, mais bien des danseurs de prestations scéniques. Par conséquent, les interprètes en danse qui ne font pas de compétitions ne sont pas catégorisés comme des sportifs d’un point de vue sociétal. Les danseurs compétitifs ont, quant à eux, une récente fédération qui cherche à les promouvoir en tant qu’athlètes.

Même si l’équivalence des cours d’éducation physique est une question de comparaison entre les compétences ministérielles des écoles de danse et celles de ces cours, la vision populaire du monde de la danse reste un biais que peuvent avoir les instances gouvernementales envers les programmes de formation de cette discipline.

Rouvrir le dossier ?

Lucie Boissinot reste toujours intéressée par le dossier concernant les cours d’éducation physique, une bataille qu’elle a laissé tomber par « fin de non-retour ». La reconnaissance de l’entrainement physique de ses élèves est un aspect auquel elle accorde une grande importance.

Luc Phan, quant à lui, est ouvert à une reconsidération du dossier d’éducation physique chez les danseurs. La demande est au-delà de ses fonctions et lui seul ne peut garantir l’opinion de ses collègues à ce sujet.

Il faudrait donc que des représentants de l’École de danse contemporaine de Montréal et de l’École Supérieure de Ballet du Québec redemandent une évaluation de leur programme par le ministère de l’Enseignement Supérieur et que le Cégep du Vieux Montréal soutienne la cause dans la mesure du possible.

Émile et Sam : talents dévoilés

Le 19 février dernier avait lieu la finale locale de Cégeps en spectacle au Vieux. Émile Bourgault et Sam Tanguay sont sortis les grands gagnants de la soirée qui se déroulait en webdiffusion. Les deux élèves du collège se sont distingués avec une composition musicale.

Une amitié révélatrice

Émile et Sam ont tous les deux 18 ans. Lui est étudiant en Sciences humaines profil Questions internationales, et elle est étudiante en Art lettres et communication Option Médias. Ils ne se sont rencontrés qu’il y a quelques mois, mais leur amitié s’est développée facilement. « C’est une révélation, Sam, dans ma vie », dit Émile enjoué. Étant entouré principalement de musiciens masculins lors de ses projets solos, Émile est content d’amener un côté féminin à ses chansons, autant artistiquement qu’humainement, selon lui.

À quelques semaines de la finale locale du CVM de Cégeps en spectacle, l’accompagnatrice d’Émile s’est désistée. Émile a découvert les talents musicaux de Sam et lui a proposé de participer au numéro avec lui. En découle un duo qui les a bien surpris.

Comme on a pu le voir dans la performance de Cégeps en spectacle, Émile chante ses compositions en s’accompagnant à la guitare. Musicien autodidacte, il aime aussi pianoter, tout comme Sam, qui elle apprécie aussi le ukulélé. Les deux ne sont pas des chanteurs d’expérience, mais ils réussissent certainement à toucher le cœur des spectateurs avec des paroles sincères et poétiques. L’amertume, jouée lors de la finale locale, est d’ailleurs un texte qu’Émile a écrit pour être chanté en duo ; une nouvelle façon d’approcher la composition, lui qui est habitué d’être en solo.

Projets artistiques

Émile compose depuis quelque temps. D’ailleurs, il a sorti deux micros albums, soit Bleu pâle en 2020 et Nous aurons toujours le ciel en 2021. Le groupe avec qui il collabore est composé de musiciens qu’il avait rencontrés lors d’une finale régionale montréalaise de Secondaires en spectacle il y a quelques années.

Émile et Sam désirent collaborer à l’avenir. Émile mentionne notamment qu’il a beaucoup de compositions destinées à être chantées avec sa nouvelle amie et accompagnatrice. Pour le moment, il sera possible de les revoir chanter à la finale régionale montréalaise de Cégeps en spectacle qui se déroule le 19 mars prochain au Cégep de Saint-Laurent. On leur souhaite la meilleure des chances.

Promouvoir l’art visuel étudiant

Jusqu’au 11 février, il est possible d’aller jeter un coup d’œil à l’exposition Coups de crayon à la littérature québécoise Ténèbre de Paul Kawczak présentée à l’Agora près de l’entrée principale du Cégep du Vieux Montréal. C’est une finissante de Graphisme, Anaïs Boyer, qui est à l’honneur avec ses illustrations et ses arrangements typographiques du livre de Kawczak.

Depuis 2003, le Centre d’animation en français (CANIF) du CVM permet à l’un-e des finissant-es du département de graphisme d’illustrer des œuvres d’autrices et d’auteurs québécois. Cette année, la pièce choisie est la lauréate de l’édition 2021 du Prix littéraire des collégiens, Ténèbre, de Paul Kawczak. Selon le descriptif de l’exposition, ce livre porte sur l’histoire de la conquête du Congo par la Belgique à la fin du 19e siècle : le voyage d’un géomètre belge sous les ordres de son roi, accompagné par des travailleurs bantous et d’un maître tatoueur chinois. C’est « un roman d’aventures traversé d’érotisme, un opéra de désir et de douleur tout empreint de réalisme magique ».

Anaïs Boyer a donc eu la tâche de mettre en images certains passages du livre. Elle a fait une dizaine de dessins simples et imaginatifs teintés de réalisme et de rêves. Un côté métaphorique pour certains tableaux et plus concret pour d’autres. Les couleurs sont vives et le message écrit sur les images est bien représenté. C’est une exposition qui peut se voir lors d’une pause ou qui peut être analysée plus longuement pour celles et ceux qui ont lu le roman.

Le Prix littéraire des collégiens est de retour en 2022. La sélection comporte cinq livres d’autrices et d’auteurs québécois : Tout est ori de Paul Serge Forest, Mille secrets mille dangers d’Alain Farah, Mukbang de Fanie Demeule, Valide de Chris Bergeron et Là où je me terre de Caroline Dawson. La prochaine cohorte de finissant-es en Graphisme aura peut-être la chance de revoir l’un-e des finissant-es illustrer le lauréat de la prochaine édition du prix. C’est le CANIF qui en décidera, lui qui a notamment une collection d’œuvres d’artistes du collège et qui promeut une part de l’art visuel étudiant au CVM.

Les prochains pas de Bertrand Laverdure

La santé de la poésie au XXIe siècle peut bien être remise en question, le poète montréalais Bertrand Laverdure ne laisse pas la pandémie freiner ses projets. Avec Charles Sagalane, il a ouvert son esprit créatif au public en 2021 grâce à un projet unique remédiant à la distanciation. En plus de cela, l’année tout récemment entamée semble tout aussi prometteuse pour les amoureux de poésie.  

Bertrand Laverdure, courtoisie

L’art ne doit pas cesser en pandémie  

Le dévoilement du Projet soft oulipien a eu lieu en toute intimité le 22 septembre 2021 à la librairie Le Port de tête, située sur l’avenue du Mont-Royal. Le public a pu découvrir la création, discuter avec les artistes et même en emporter un morceau avec eux. 

Le projet consiste en un abécédaire de poèmes sur cartes postales tirées d’une correspondance entre Laverdure et son ami Charles Sagalane, poète originaire du Lac-St-Jean et auteur du Journal d’un bibliothécaire de survie. Le premier poème, constitué de plusieurs mots commençant par la lettre « a », fut envoyé par Laverdure, auquel répondit Sagalane par un poème constitué de mots débutant par la lettre « b », et ainsi de suite. 

Photo : Marianne Dépelteau / L’Exilé

Sagalane explique que cet « abécédaire poétique » a su combler le vide généré par l’impossibilité d’assister aux soirées de lancement et autres évènements du genre. Ces derniers constituaient des moments d’échanges importants pour ces acteurs du monde littéraire québécois. Voulant aller au-delà des visio-conférences, les écrivains se sont engagés dans cette correspondance devenue pour eux « une expérience poétique à distance ». 

« Ça a beaucoup comblé notre vide pandémique […] il y avait une espèce de présence humaine, il y avait une relation maintenue comme ça pendant la pandémie »

Charles Sagalane
Charles Sagalane, photo par Sophie Gagnon-Bergeron

Laverdure fut l’instigateur de l’échange thématique qui s’étala sur une période de six mois avec Sagalane, alors situé à Saint-Gédéon au Saguenay-Lac-St-Jean. Chaque semaine, les lettres se succédaient en ordre alphabétique, les deux écrivains étalant leur adresse à travers vingt-six poèmes écrits à l’endos de photos et de cartes postales, porteuses de souvenirs. 

Les artistes ont alors eu le temps de s’amuser avec le jeu poétique. « On s’est mis à jouer sur les mots, sur comment on allait utiliser la contrainte. C’est une contrainte de la littérature oulipienne, voire de littérature potentielle qui est un groupe littéraire français », raconte Laverdure. 

La correspondance fut suivie par une volonté de partager ces écrits. Christian Bélanger, calligraphe et professeur en graphisme au Cégep Marie-Victorin, a été contacté par Laverdure afin de tracer les vingt-six lettres en caractères gothiques, ainsi que quatre symboles contemporains – @, #, $ et & – sur une sélection de trente pochettes de vinyles de musique pop. 

Des autocollants décrivant le projet se retrouvent à l’endos des pochettes de vinyles ayant été réalisés par Rico Michel, un photographe et concepteur graphique montréalais. Il a été chargé de réaliser un livret contenant les images des cartes et des photos utilisées, accompagnées des textes écrits par Sagalane et Laverdure pour ensuite les glisser dans les pochettes de vinyles.  

« C’est un projet qui joint l’amour des vinyles, de l’histoire des vinyles, de la musique, de l’art postal et en même temps, de l’amour de l’échange entre écrivains ».

Bertrand Laverdure 
Photo : Marianne Dépelteau / L’Exilé

Il reste quelques exemplaires du projet soft oulipien en vente à la librairie Le Port de tête ainsi qu’en ligne. 

Les prochains pas 

Bertrand Laverdure est le prototype d’un écrivain interdisciplinaire. Il est poète, romancier, librettiste, critique, ex-Poète de la Cité et ex-chroniqueur à CIBL et MAtv. On peut s’attendre à presque n’importe quoi de sa part. 

L’artiste sort d’ailleurs un livre de poésie aux éditions Hamac à la fin du mois de février 2022. Intitulé Ce livre ne s’adresse qu’à 0,00005% de la population, l’ouvrage de Laverdure s’adresse donc à ce minime pourcentage de la population qui s’intéresse à la poésie actuelle. Il annonce étudier, dans la centaine de pages qui composent son livre, « l’impossibilité de la communication vraie » et le « fractionnement de l’auditoire ».  

L’œuvre sera disponible en librairie à partir du 1er mars 2022. 

Article co-écrit par Marianne Dépelteau et Adel Khelafi.

Le théâtre documentaire : entre création et conversations citoyennes

Orianne Démontagne

Qu’est-ce que le théâtre documentaire? Comment le processus de création se déroule-t-il? Voici des questions auxquelles la dramaturge Annabel Soutar et les comédien⸱ne⸱s et auteur⸱trice⸱s Christine Beaulieu, Maude Laurendeau et François Grisé ont répondu lors de la conversation publique Le théâtre documentaire: du terrain à la scène. Organisée par la compagnie de théâtre montréalaise Porte-Parole, cette discussion avait pour but de présenter la pluralité des façons de faire du théâtre documentaire, mais également de répondre aux questions du public sur le sujet.

Les débuts du théâtre documentaire au Québec

C’est grâce à Twilight : Los Angeles 1992, une pièce écrite et jouée par Anna Deavere Smith, qu’Annabel Soutar a découvert le théâtre documentaire lorsqu’elle étudiait aux États-Unis. Dans cette pièce de théâtre, la dramaturge américaine explore le thème de la brutalité policière en se basant sur des entrevues qu’elle a menées auprès de centaines de personnes. Une fois rassemblés, les témoignages constituent le fondement du texte de sa pièce et, une fois sur scène, elle interprète elle-même tous les personnages.

Cette forme d’art est apparue à Annabel Soutar comme une solution à la polarisation qu’elle observait au sein de son université. Cela permettait d’engager un dialogue et d’exposer des points de vue parfois complètement opposés.

En revenant au Québec, elle a observé que le théâtre documentaire n’était pas encore répandu. Elle y a vu une formidable opportunité d’importer cette forme d’art. C’est ainsi que la compagnie Porte-Parole fut créée. Son objectif : faire un théâtre démocratique qui a une pertinence sociale.

Débuter la recherche

Lors de la conversation publique, on a pu constater la variété des motivations qui ont amené l’auteur et les autrices à amorcer leur recherche. Pour sa pièce Seeds, Annabel Soutar raconte qu’elle a commencé à rassembler des informations lorsque la Cour Suprême a accepté l’appel de l’agriculteur Percy Schmeiser contre Monsanto : « la première chose que je dois faire c’est de comprendre pourquoi ils sont en conflit et d’aller voir les deux bords ».

Christine Beaulieu, autrice de la pièce J’aime hydro, affirme que son point de départ est le conflit entre deux groupes en désaccord sur le projet de complexe hydroélectrique de la Romaine. Après avoir identifié le conflit, elle a commencé sa recherche en se posant la question « c’est quoi l’électricité? » Elle ajoute : « J’aime revenir à la base pour comprendre les choses. Je ne pense pas que tu peux arriver dans quelque chose au trois-quarts. Tant qu’à me plonger là-dedans, j’ai voulu revenir aux débuts [de l’électricité], son invention, etc. »

Pour Maude Laurendeau, c’est le diagnostic d’autisme de sa fille qui constitue le point de départ de sa pièce Rose et la machine. Elle s’est mise à documenter le suivi médical de son enfant. Ainsi, elle a récolté beaucoup de « matière précieuse » pour commencer l’écriture de son spectacle.

Difficile de rester objectif

Les autrices et auteurs présents affirment qu’une fois lancés dans le processus de recherche et d’écriture, il devient très difficile de rester neutre. Dans le cas de Maude Laurendeau, le sujet de sa pièce touche directement un aspect de sa vie personnelle : « Ce que je mets en scène ce n’est pas très objectif. C’est vraiment ma vision des choses, ça passe à travers mon vécu, mon expérience. C’est vraiment à la limite de la biographie et du théâtre documentaire. C’est quelque chose de plus personnel qu’une enquête documentaire. »

Pour sa part, Annabel Soutar insiste sur l’importance de ne rien cacher au public : « on sait que personne ne peut être complètement neutre […] et je crois qu’on a plus confiance en des auteurs quand ils sont transparents avec leur position, mais qu’ils font un effort pour écouter l’autre point de vue. »

Des sujets infinis

Les sujets dont il est question dans les pièces de théâtre documentaire sont très vastes et évoluent constamment de par leur nature. De nouveaux éléments peuvent continuellement être ajoutés au spectacle. Il est difficile, quand on est passionné par son sujet, de vouloir mettre un terme à ses recherches et de passer à autre chose.

Pour Annabel Soutar, le plaisir du documentaire réside dans le fait qu’il est toujours possible de poursuivre un projet et y ajouter de nouveaux éléments. C’est ce que Christine Beaulieu a fait lorsqu’elle a complètement modifié le cinquième chapitre de J’aime hydro pour y inclure un entretient avec Sophie Brochu (la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec).

Avoir un impact

Lors du processus d’écriture, il est souvent difficile d’anticiper l’effet de la pièce sur le public. Pour Christine Beaulieu, l’important est de parler d’un sujet qui la touche et qui touche son équipe de travail. Si c’est le cas, elle sait qu’il est probable que les spectateurs se reconnaissent et qu’ils se sentent interpellés.

François Grisé, auteur de Tout inclus, affirme qu’il n’avait pas envisagé une réaction aussi importante : « Je ne pouvais pas prévoir cet impact-là, mais je ne savais pas non plus que de voir ça dans les yeux des gens ça allait transformer les chapitres cinq à huit qui sont la suite de mon immersion [dans une résidence pour personnes âgées] dans la façon même de raconter mon histoire. »

Il n’est pas rare que les pièces de théâtre documentaire aient un effet important sur le public. Plusieurs spectateurs et spectatrices conservent un souvenir marquant du désir de faire avancer une cause après être allé⸱e⸱s voir une des productions de Porte-Parole. Annabel Soutar rappelle que « la mission principale [de Porte-Parole] c’est la conversation parce que si on garde la conversation vivante entre les citoyens, […] ça peut donner de l’espoir aux gens pour résoudre des problèmes qui sont très complexes. »

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