Une fierté dans l’ombre de nos inquiétudes

Crédit: Université Laval

Des résultats d’élections controversées, oui, mais un nouveau portrait politique diversifié dont nous pouvons être fiers.  

Depuis presque toujours intéressé et impliqué dans la scène politique, surtout du Québec, j’avais envie de parler de politique, mais j’avoue, dégouté par les résultats, je ne le cache pas, je n’avais pas envie d’être le 300e à parler de distorsions ou de défaites historiques. J’ai donc effectué mes recherches pour trouver quelque chose de plus positif.   

Le 3 octobre dernier, les Québécois se rendaient aux urnes1 pour élire les députés qui allaient composer la nouvelle Assemblée nationale du Québec. Mais ça, vous le saviez et j’espère que toutes celles et ceux qui étaient en mesure de voter l’ont fait.  

Et maintenant les résultats tombés, qu’importe le parti pour lequel vous avez voté ou auquel vous vous identifiez et si vous avez ou non gagné vos élections, le Québec peut être fier. En effet, même si le résultat des élections avec le mode de scrutin actuel et les distorsions qu’il a créé ont généré un raz-de-marée d’indignation et de questionnements au Québec, ces élections ont eu, sur d’autres plans, dont celui de la diversité, des résultats historiques qui méritent d’être soulignés.  

22%, c’est le pourcentage de députés issus de la diversité au Québec qui siégeront dans la nouvelle Assemblée nationale à la suite des élections du 3 octobre dernier.

22%, un chiffre duquel nous pouvons être fiers, car bien que difficile à calculer précisément, il est sans équivoque, selon les chiffres de Statistique Canada, équivalent ou supérieur à la représentation des diversités dans la population. À savoir que par diversité, on inclut les personnes qui ne sont pas d’origine britannique ou française, qu’elles soient visibles ou non. Les chiffres n’incluant pas les personnes autochtones. 

La première femme autochtone a été élue députée à l’Assemblée nationale.  

La caquiste Kateri Champagne Jourdain de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam a gagné son siège dans une circonscription de la Côte-Nord avec une écrasante majorité de plus de 3 000 voix sur le second candidat en liste.  

À noter également que pour les 22,4% de la population canadienne issue de la diversité, c’est seulement 14,8% des sièges qu’ils obtiennent à la Chambre des communes. Pour les élus noirs, la situation est bien loin d’être meilleure au fédéral avec 1,5 % des élus contre 3,5 % de la population, alors qu’au Québec, le tableau s’inverse avec une représentation de 4% pour une population de 3,9%.    

Ottawa n’aura donc qu’à se regarder dans le miroir avant de donner quelconques leçons aux Québécoises et Québécois en matière d’ouverture et de diversité. 

Même chose du côté de la parité, c’est presque chose faite au Québec qui se situe, selon les chiffres de 2021 du « Inter Parliamentary Union2 » au 4e rang mondial avec 46% de femmes députées, alors qu’à Ottawa, le fédéral obtient la 19e place avec 30,5% de présence féminine à la Chambre des communes.  

Connaissez-vous beaucoup d’autres états qui peuvent se vanter d’une meilleure représentativité? Pas moi. 

Cependant, signe du clivage qui sépare la métropole québécoise du reste du Québec, c’est bien à Montréal que l’on retrouve la plus grande concentration de diversité par rapport à son poids démographique ; 37% de députés issus des minorités pour un peu moins du tier de la population de la ville. Évidemment, ce n’est pas une grande surprise pour la métropole qui s’est toujours démarquée du reste du Québec sur le plan de la diversité et de l’inclusion. Bien sûr, il reste que ces résultats ne devraient pas être instrumentalisés par les politiques pour accentuer la lutte déjà existante entre les centres urbains et les régions. 

Sans conteste, il y a encore beaucoup à faire ; notre mode de scrutin actuel et le faible taux de participation, plus particulièrement chez les jeunes, inquiètent certains électeurs et analystes qui y voient une menace pour la démocratie. Le Québec a toutefois de quoi être fier de cette représentativité unique et historique. 

Moi, j’en suis fier. Vous pouvez l’être aussi. 

Au revoir Hubble, bonjour James Webb! 

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« L’espace… frontière de l’infini… », tels étaient les fameuses paroles du capitaine Jean-Luc Picard. Mais aujourd’hui, ce n’est plus de la fiction, car en fin janvier,  le nouveau télescope  James Webb aura parcouru une distance de 2 millions de kilomètres en orbite autour d’un point précis dans l’espace appelé « Point de Lagrange 2 » (L2), se trouvant à près d’un million et demi de kilomètres de la Terre dans le cadre de sa mission qui consiste à compléter et étendre les découvertes de son prédécesseur, le télescope spatial Hubble. Dans cet article, nous verrons ensemble en quoi ce télescope est si avancé en termes de progrès scientifique et technologique. 

Un projet à plus de 100 millions 

James Webb fut construit sur une période de 20 ans. Le télescope James Webb compte parmi ses instruments le plus grand miroir principal à ce jour, à 6,5 mètres de diamètre. Le miroir est formé de 18 sections hexagonales de béryllium plaqué or, chacune pouvant être réglée individuellement. Il possède également un bouclier solaire de la taille d’un court de tennis ainsi qu’un système de réfrigération pour éviter les possibles surchauffes causées l’intense chaleur qui pourrait nuire à la précision des observations faites par le télescope et qui pourrait aussi endommager ses systèmes principaux.. Les instruments de ce télescope sont le résultat d’une entraide internationale et la participation canadienne s’étend à deux instruments en particulier : NIRISS (Near Infra Red Imager and Slitless Spectrograph) et le FGS (Fine Guidance Sensor). Contrairement à son prédécesseur Hubble, qui se sert d’une lentille de verre classique pour faire ses observations, James Webb captes ses images sur le spectre infrarouge des trois outils principaux suivants : l’instrument à mi-infrarouge (MIRI) fourni par la NASA, la caméra de proche-infrarouge (NIRCam) aussi fournie par la NASA et le spectrographe de proche infrarouge (NIRSpec) qui est une collaboration de l’agence spatiale européenne (ESA).  

Ci-contre une vue de la nébuleuse de la Carène depuis le télescope spatial Hubble à gauche et depuis le télescope spatial James Webb à droite

Mais pourquoi utiliser l’infrarouge plutôt qu’une lentille classique tel Hubble? Car certains types d’objets célestes, comme les planètes et les galaxies très lointaines sont très difficiles à observer avec précision à l’aide d’une simple lentille, contrairement à l’effet de l’infrarouge qui rends ces objets célestes plus brillants et plus distinguables. Le développement des technologies nécessaires à un télescope d’une telle ampleur a créé une facture s’approchant des 100 millions de dollars et un projet de recherches s’étalonnant sur une vingtaine d’années. 

Vers l’infini… 

Après la conception et la construction, le lancement du télescope à dû impliquer qu’il était trop grand pour pouvoir entrer dans le lanceur. Ce n’est qu’en se repliant sur ses composants qu’il put être installé dans son lanceur, la fusée Ariane 5. Son lancement eu lieu le 25 décembre 2021 à Kourou, en Guyane. Une fois sa traversée de l’atmosphère terrestre amorcée, il fut lâché dans le cosmos pour commencer ses observations. Mais pour ce faire, il dû d’abord se déplier pour activer ses composants, manœuvre qui lui pris un grand total de deux semaines à effectuer. Mais une fois déplié, ce n’est qu’en fin janvier 2022, deux semaines après son déploiement et son activation, qu’il atteignit le point L2 où il gravitera en orbite pendant une durée qui devrait s’étendre, d’après ses concepteurs, sur une quarantaine d’années. Bien que la mission de James Webb soit de compléter et d’étendre les découvertes d’Hubble, la NASA divisa celle-ci en cinq objectifs distincts : 

  1. Observer les confins de l’Univers 
  1. Rechercher les origines de l’Univers après le Big Bang en recherchant les premières étoiles et galaxies créées au moment de celui-ci 
  1. Comprendre la formation et l’évolution des différents corps célestes présents dans l’univers tels les étoiles, les planètes, les galaxies, etc. 
  1. Découvrir de nouveaux mondes lointains et/ou habitables en recherchant de nouvelles étoiles et exoplanètes 
  1. Déterminer si toute autre forme de vie existe ou est possible sur des planètes orbitant autour d’étoiles similaires à notre propre système solaire  

Ce n’est que le 11 juillet 2022 que les premières images captées par James Webb furent transmises à la NASA. Et depuis, le satellite continue sa course et tente de capter de nouveaux phénomènes inconnus dans notre infiniment vaste univers. 

Ci-dessus, de gauche à droite, une supernova en cours, la planète Jupiter et la nébuleuse de la Tarentule observés par James Webb

À noter que toutes les images proviennent de la NASA.

Voter souverain en 2022 : une récolte d’opinions chez nos voisins Canadiens

Photo iStock – Christian Ouellet

Conflits d’intérêts, différences culturelles et barrière de la langue: Le Québec a-t-il toujours sa place au Canada en 2022? Notre auteur, Pierre-Olivier Riverin est parti à la rencontre des Canadiens ordinaires pour discuter de la grande question québécoise.

Le 28 août dernier a marqué le déclenchement de la 43ème élection générale du Québec et l’heure est alors au bilan. Les Québécois sont portés à évaluer la performance de leur gouvernement et considèrent leurs alternatives, c’est alors le début d’une période de questionnement. Au travers de ce grand débat national, le Parti québécois ramène comme toujours le sujet de l’indépendance sur la table pour nous parler des bienfaits d’un référendum gagnant. Dans ce contexte de campagne électorale et en me remémorant tous les événements du passé qui ont tourné autour du sujet, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser la question suivante: qu’en pensent nos compatriotes Canadiens?

Avant de procéder, je tiens à clarifier que le droit à l’indépendance appartient au peuple québécois et que seuls nous avons le dernier mot à dire. Pourtant, je suis pris d’une curiosité sur la question, car nous avons tendance à l’oublier, mais notre indépendance serait le début de la fin du Canada moderne. C’est dans cet esprit de curiosité et avec le désir de poser un nouveau point de vue marginal sur la table que je pars vers l’ouest pour offrir aux anglophones ordinaires l’opportunité de nous dire what’s what.

Sympathiques mais snobs: une vision pas toujours 100% glamour 

Dans le grand portfolio coloré de l’histoire des relations franco-anglo, il n’est pas vraiment rare de tomber sur une chicane ou deux. Cependant après plusieurs décennies d’évolution sociétale et de coopération nationale, il est évident que nos relations avec les anglophones se sont nettement améliorées au fil du temps, là je ne vous apprends rien de nouveau. C’est donc avec cette information en tête que je n’ai pas trop été surpris d’entendre des opinions mixtes à notre égard.

C’est sous les néons sémillants de la place Yonge-Dundas à Toronto que j’aborde un premier couple de cinquantenaires. Nous les appellerons Mary et Philip. « J’aime beaucoup les Québécois » nous dit Mary. « J’ai visité le Québec à quelques reprises et j’aime que nous ayons un petit morceau de la France au pays. Le Québec possède une culture riche et diverse, et je suis heureuse de les appeler nos compatriotes ».             

Bien que selon mes multiples discussions, le peuple ontarien semble bien partager cette vision positive sur nous, certains ne pensent pas de la même façon. « Je les trouves particulièrement snobs », dit un jeune sportif de la début vingtaine. « Lorsque je vais au Québec pour des compétitions, je me sens toujours regardé de haut quand je ne parle pas un français parfait ». Sa copine en rajoute : « Je crois seulement qu’ils sont fiers de montrer qui ils sont, mais parfois ça peut être un peu envahissant, surtout avec la langue ». 

La langue est souvent revenue lorsque je mentionnais le sujet de notre peuple. Le consensus général semble bien être celui que les Canadiens n’ont pas à parler et à accommoder le français, puisque selon eux elle s’agit que d’une langue minoritaire nichée au Québec. « Écrivent-ils des panneaux en anglais ou offrent-ils des services en anglais au Québec? C’est le même principe ici », rajoute Philip.

« Tout comme en Ontario, les régions rurales du Québec ont tendance à être plutôt fermées d’esprit et conservatrices dans leurs idées », nous dit Mary. « Mais il s’agit là plutôt d’une dynamique urbain versus rural que l’on trouve partout au pays », ajoute-t-elle. Philip continue en disant : « Les Québécois veulent montrer qu’ils sont différents, c’est un peuple fier, mais là où je mets une limite c’est quand leurs revendications commencent à avoir un impact négatif sur nous. Ils oublient parfois que nous sommes un pays uni et non une province versus la confédération ».

Une place à l’unité dans une fédération divisée?

Vous ne serez pas surpris lorsque je dis qu’il y a et aura toujours certaines tensions, plus ou moins graves, entre les québécois et les anglophones des autres provinces. Avec des partis au parlement fédéral comme le Bloc Québécois, on ne peut pas dire d’emblée qu’il s’agit là d’un pays entièrement uni, malgré cela, certaines personnes ont une vision plutôt positive des choses.

« Tu sais quoi? Je ne pense pas vraiment qu’il y a des tensions» dit Mary. « Dans ma ville d’Hamilton nous avons une grande communauté francophone, et je n’ai jamais vu les anglos s’engueuler avec les francos de la même manière que les gauchistes s’engueulent avec les droitistes, alors je ne crois pas que le conflit soit culturel ». Son mari enchéri : « Oui c’est plutôt des tensions politiques et idéologiques, de toute façon je crois bien que le Québec a tout intérêt à rester au sein du Canada vu les sommes extraordinaires qu’ils reçoivent d’Ottawa. Sans ça, comment feront-ils pour survivre? »

Le jeune sportif nous répond ensuite « Le Québec fait déjà partie du Canada. Pourquoi détruire ce qui fonctionne? Je veux dire, pourquoi l’histoire est si importante pour ces gens-là? À mon avis ils devraient se concentrer sur l’avenir et travailler avec nous plutôt que de se concentrer sur des détails qui appartiennent aux générations passées ».

Certains sont plus cyniques, comme cet homme quarantenaire que j’ai abordé au pied de l’hôtel de ville torontois. « À partir du moment qu’il y a des différences culturelles, il y aura toujours des tensions », dit-il. « C’est naturel, c’est humain. Maintenant le défi c’est de savoir, le Canada est-il réellement capable de maintenir à long terme son unité multiethnique qui forme la base de toute sa réputation? Si les Québécois jugent qu’ils sont mieux par eux-mêmes, alors soit. Mais moi, je choisis de croire au rêve canadien et eux devraient aussi », conclue l’homme.

La jeunesse et l’indépendance : que veut dire le vote solidaire et péquiste?

Un vol et un paquet de peanuts plus tard, c’est en Alberta que se déroule la suite de cette grande entrevue canadienne. Comme mentionné plus haut, le Québec reçoit environ 12 millards de dollars annuellement en guise de paiement de péréquation de la part d’Ottawa pour aider au développement provincial, et c’est cette grande province des prairies qui en paie la facture la plus salée. C’est donc en toute connaissance de cause que je me suis rendu dans le village rural traditionnellement conservateur de Vegreville afin d’obtenir des réponses peut-être un peu plus positionnées sur la question. 

Québec solidaire et le Parti québécois sont les deux partis indépendantistes de cette élection et l’on peut constater qu’en général, c’est que la jeunesse vote solidaire, et ainsi, pour le Québec souverain. J’ai donc abordé des passants sur la possibilité d’un troisième référendum.

« Honnêtement, je m’en fiche complètement si le Québec décide de se séparer », nous dit Bill, rencontré dans le Wal-Mart du village. « Bien sûr, les Québécois ont le droit de choisir, c’est un monde libre n’est-ce pas? À partir du moment où le référendum n’est pas falsifié, et je suis certain qu’il ne serait pas, alors on se doit de respecter le souhait démocratique de la province », dit-il. 

« Je crois bien que c’est ce que veut la majorité des Québécois et puis, si c’est le cas, qu’ils le fassent leur pays. De toute façon, cet enjeu-là ne se lie pas à notre réalité », déclare une femme rencontrée sur le boulevard principal. Un autre homme, agriculteur de métier, partage un avis similaire: « S’ils veulent quitter, qu’ils le fassent. Par contre, ils doivent se rendre compte que si ce projet se réalise, tout l’argent que nous leur envoyons partira en l’air. Il faut qu’ils sachent comment combler ce déficit ». Lorsque je lui demande son avis sur les paiements de péréquation, il me répond « Je crois que c’est absolument injuste. Pourquoi le Québec aurait-il droit à notre argent, alors qu’eux ne veulent même pas nous soutenir dans nos projets pétroliers? C’est un accord qui n’a pas de sens et je crois bien qu’il faudrait s’en débarrasser ».

Bien que cet avis sur les paiements de péréquation semble partagé unanimement au sein de la populace locale, Bill, interrogé plus haut, nous avoue que lui, s’en fiche de cette question: « Tu sais, moi je ne m’intéresse pas à la politique. Je trouve que je mène une vie bonne, je ne manque de rien, alors ce que le fédéral décide de faire avec notre argent ne m’importe pas. Si certains trouve cela injuste, et bien c’est leur problème. Moi, ça me convient ».

Indifférence politique ou libertarianisme de fond? Ces avis sont certes intéressants à écouter, or il est important de souligner que les Albertains ont généralement un consensus différent sur la question Québécoise: on coûte trop cher, et on devrait quitter si on le souhaite.

Un appel à la  solidarité canadienne pour la jeunesse souverainiste

En guise de dernière question conclusive de ces entrevues, j’ai offert la possibilité aux personnes interrogées de passer un message aux jeunes Québécois qui souhaitent avoir un pays.

« Oh come on! » s’exclame une passante d’origine salvadorienne. « Je suis venue dans ce pays pour son unité et sa grande diversité culturelle, pourquoi voulez-vous détruire ça? Le monde vous envie et vous devriez en être fier ».

« Je crois bien que c’est un projet stupide à la Brexit, mais si c’est réellement le souhait des Québécois, alors il en est du devoir démocratique de leur donner ce qu’ils réclament », déclare Philip. Sa femme ajoute : «Avec le Brexit, c’était la population âgée qui a voté pour. Dans ce cas-ci, il semble bien que c’est la jeunesse qui souhaite se séparer, je trouve ça déjà plus juste. Après tout, ce sont eux qui vont subir les conséquences de leurs choix, non? Qu’ils soient positifs ou négatifs, c’est à la jeunesse de façonner son propre avenir. Si c’est réellement ce que vous croyez et désirez, alors faites-le ».

« Au fond, le choix revient uniquement aux Québécois », nous dit un passant. « Mais la réalité c’est que vous avez toujours fait partie du Canada, nous avons fait de grands efforts pour vous accommoder du mieux qu’on pouvait, et personnellement je trouve que le Québec est une très belle province, alors si vous décidez de rester uni et de coopérer avec nous, les choses iraient bien mieux pour les deux côtés », continue ce dernier.

En Alberta, les gens partagent sans surprise un avis qui touche plus à l’indifférence.

« S’ils prennent bien en compte leurs affaires économiques et qu’ils sont certains de leur projet, qu’ils le fassent. Comme je l’ai dit, je crois que l’argent que nous envoyons est injuste, et si cela veut dire moins de taxes pour nous, alors je suis toujours partant» répond l’agriculteur. Sa conjointe ajoute : « S’ils veulent quitter, qu’ils le fassent. Ça ne nous regarde pas ».

Un petit mot personnel pour la fin

Dans un océan d’informations mixtes et contradictoires, il est si vite facile d’en perdre la tête et ne plus savoir où regarder, surtout quand ça touche la politique. Vous savez, la question du Québec au sein du Canada est un grand débat qui ne trouvera jamais de consensus pleinement majoritaire. C’est donc important que tous se forment une opinion individuelle sur le sujet afin d’en arriver à un résultat démocratique des plus représentatifs possible.

Les avis entendus ne sont donc pas seulement mixtes mais dépendent aussi de la région interrogée. L’Ontario, grand voisin du Québec et foyer historiquement libéral du Canada, a bien plus tendance à vouloir garder la belle province au sein de son pays, tandis que chez les cow-boys conservateurs du far-west, le Québec leur semble être une province tellement lointaine autant sur le point culturel que géographique, qu’il n’en relève pas de leur intérêt de mettre des efforts à nous garder. 

Et lorsqu’on regarde l’enjeu d’un point de vue fondamental, notre séparation éventuelle relève uniquement du choix démocratique des Québécois. Le choix que vous, citoyens, allez faire quand on vous présentera ce nouveau bulletin décoré d’un simple oui et d’un non, mettra fin temporairement à ce débat intergénérationnel de la grande question québécoise. Allez donc voter armés de vos meilleures connaissances et convictions.

Mais en attendant ce prochain jour J, nous pouvons garder en tête les réponses que vous avez lues aujourd’hui. Je vous invite donc à porter réflexion sur ce que nos compatriotes Canadiens d’en haut ont à nous dire. Formez-vous ou renforcez votre opinion sur notre place dans la fédération, je ne pourrais jamais souligner assez l’importance de chercher de l’information et je vous invite aussi à participer aux débats politique qui marquera notre avenir à jamais. Après tout, peu importe votre orientation politique, la démocratie n’existe que lorsque tous les citoyens votent en connaissance de cause. 

Dans les mots de Ségolène Royal; “La démocratie, c’est comme l’amour. Plus il y en a, plus elle grandit.”

Ces groupes qui manifestent

Départ de la grande marche du 22 septembre dernier à Montréal / Photo Meggie Cloutier-Hamel

Plus de 145 000 étudiantes et étudiants du Québec étaient en grève le 22 septembre dernier, en raison d’une grande mobilisation pour la cause de l’environnement. Une grande marche s’est déroulée dans les rues de Montréal pour l’occasion. Majoritairement composée d’étudiantes et d’étudiants, cette manifestation a aussi accueilli bon nombre de groupes de syndicats de professeures et professeurs, de mouvements environnementalistes, de groupes écologistes, etc.  

Présence de nombreux groupes 

22 septembre 2022, plusieurs mouvements, collectifs, associations ou même réseaux se rassemblent à la statue George-Étienne-Cartier avant de commencer la marche. Le Mouvement d’action régional en environnement (MARE) est notamment présent et plusieurs de leurs représentants affichent un drapeau jaune à leur effigie. Membre du mouvement, Marianne mentionne que MARE s’est « battu beaucoup dans les dernières années pour protéger les milieux naturels de l’étalement urbain », étant principalement actif dans la région de Vaudreuil-Soulanges. Elle dit également que le groupe citoyen a soutenu plusieurs manifestations de solidarité envers la nation autochtone des Wet’suwet’endans leur lutte contre le développement du pipeline Coastal GasLink en Colombie-Britannique. « On est un groupe qui est là pour appuyer les autres groupes pour donner une voix aux citoyens qui se sentent impuissants face aux changements climatiques », dit Marianne.  

Le Réseau Québécois des Groupes Écologistes (RQGE) fait également partie de la manifestation.  Anipier Maheu, responsable des communications et de la vie associative, souligne que le RQGE « favorise les échanges entre les groupes pour favoriser l’unité du mouvement communautaire écologiste et citoyen. » Elle ajoute que celui-ci « apporte un appui et un soutien à un ensemble de groupes à travers la province, qui eux, gèrent des dossiers spécifiques » et précise que leurs bureaux sont basés à Montréal. Leur présence à la marche se veut aussi être un message pré-électoral envoyé aux partis politiques pour que ceux-ci agissent pour le climat à l’issue du scrutin du 3 octobre. Mme Maheu se dit elle-même préoccupée par l’avenir de la planète.   

Appuyer la communauté étudiante 

De nombreux syndicats de professeures et professeurs se trouvent aussi à cette grande marche pour le climat. Parmi eux, on retrouve le Syndicat des professeur.e.s du Cégep du Vieux Montréal (SPCVM). Stéphane Thellen, membre de l’exécutif du SPCVM mentionne que le syndicat est toujours présent lors des grandes manifestations et se dit inspiré par le mouvement mondial de lutte contre les changements climatiques. Il souligne aussi qu’il a lui-même fait mention de la marche aux étudiantes et étudiants de tous ses cours. M. Thellen mentionne l’impact de celui-ci sur le SPCVM : « On a nous-même des revendications comme prof, comme syndicat pour nos conventions collectives, d’améliorer notre bilan environnemental, de réduire nos actions sur les gaz à effets de serre ». M. Thellen souligne aussi que les actions de la communauté étudiante du cégep sont certainement une source d’inspiration pour le syndicat.  

D’ailleurs, il est à souligner que le Cégep du Vieux Montréal maintient sa certification de Cégep Vert du Québec, niveau Excellence, depuis 2011.

Grève étudiante de 2012 : discussion avec des anciens du CVM 

Le masculin est utilisé pour alléger le texte

En collaboration avec Olivier Demers

La grève étudiante de 2012 a particulièrement marqué le Cégep du Vieux Montréal (CVM). Dix ans plus tard, les étudiants du Comité d’Action à la Mobilisation et l’Information de l’époque discutent de cette période qu’ils ont vécue. 

Engagement étudiant  

Les anciens membres du Comité d’Action à la Mobilisation et à l’Information, aussi appelé le « comité mob », qui étaient fortement impliqués l’Association générale étudiante du CVM (AGECVM) en 2012, sont d’accord pour dire qu’il y avait une montée des moyens de pression et qu’une importante grève se préparait tranquillement depuis l’automne 2011. Une ex-membre du comité qui a préféré garder l’anonymat rappelle que les groupes étudiants ont commencé à se mobiliser dès l’annonce du budget controversé du ministre des Finances Raymond Bachand en 2010.  

 C’est quelques semaines après le retour des vacances d’hiver que le vote de grève se tient au Vieux. La hausse des frais de scolarité de 1625$ en cinq ans proposée par le gouvernement de Jean Charest faisait l’objet de plusieurs critiques et Laurent Cornelissen dit que « partir en grève était la seule manière » de se faire entendre. Ce dernier mentionne que plusieurs étudiants du CVM se sentaient en partie responsables de faire éclore cette mobilisation, car si le Vieux n’entrait pas en grève, beaucoup d’autres collèges n’auraient pas embarqué dans le mouvement. En effet, le jour du vote était accompagné d’une grande charge émotive selon certains étudiants de l’époque. Léa Carrier a le souvenir de faire des tours de classes pour mobiliser les étudiants à voter. Lors de l’assemblée générale spéciale du 16 février 2012, on annonce les résultats de consultation sur la grève. Un peu plus de 72% des membres de l’AGECVM ont voté et près de 60% était en faveur de celle-ci.   

Moyen de pression  

Dès que la grève générale illimitée a commencé, les occupations pour empêcher le Cégep de fermer ses portes prirent de l’ampleur. Léa Carrier mentionne d’ailleurs que l’occupation de la cafétéria était un de ses moments les plus marquants. Plusieurs personnes venaient de différents collèges pour prêter-mains-fortes.  

L’occupation du local de l’Association générale étudiante du CVM (AGECVM) fut notamment un des événements mémorables pour plusieurs. Entre15 à 20 membres de l’association s’étaient barricadés dans le local jusqu’à ce que les policiers défoncent le mur au petit matin.  Les occupations du CVM furent le théâtre de nombreuses arrestations avec des charges criminelles. Certaines personnes ne pouvaient plus approcher le Cégep à un certain périmètre. D’autres étaient même expulsées de Montréal.  

Un ancien du comité « mob » qui a préféré garder l’anonymat avait d’ailleurs reçu des charges criminelles au premier jour de la grève, ce qui restreignait sa participation aux luttes. À vrai dire, plusieurs militants avaient l’interdiction d’être à 500 mètres du CVM, bien que les manifestations organisées par le « comité mob » se tenaient principalement entre l’UQAM, le CVM et le Quartier latin en général. On voit sur des photos d’avril 2012 qu’on avait écrit sur les fenêtres du CVM et mis des bannières où l’on pouvait lire des messages de revendications. Une grande banderole rouge avait également été placée sur la façade du collège pour rappeler le symbole du carré de même couleur accroché fièrement sur les vêtements des militants du Printemps érable.  

Sur l’adrénaline  

« On était sur l’adrénaline », mentionne Léa Carrier lorsqu’elle parle des mois de grève étudiante marqués par des manifestations quotidiennes dans les rues. En effet, les anciens étudiants rencontrés étaient tous d’accord pour dire que les mobilisations n’étaient pas de tout repos. Elles ont cependant été importantes dans le parcours de certains. Léa Carrier et Myriam Thibault disent notamment que la grève de 2012 leur a permis de se politiser.  

Après la fermeture du Cégep, les membres de l’AGECVM devaient se trouver un autre endroit pour se réunir. C’est pourquoi ils avaient loué un local sur la rue Saint-Denis qu’ils appelaient amicalement le « grenier » à l’aide du fonds de grève de l’association étudiante. Myriam Thibault se rappelle bien l’ambiance, elle qui était membre du comité qui s’occupait de la nourriture pour les rassemblements. Plusieurs étudiants y venaient, ce qui pouvait rendre le lieu un peu chaotique. Jeanne Pilote ajoute aussi que le « comité mob » s’était fait attribuer un local à l’UQAM où ils pouvaient également se réunir.  

Aujourd’hui  

Les anciens du « comité mob » de 2012 retiennent certainement beaucoup du Printemps érable. « Le mouvement était un peu défait, tout le monde était épuisé par 2012, c’était une expérience intense », dit Laurent Cornelissen en mentionnant les tentatives de ranimer les revendications en 2015. Certains des anciens du comité ont toujours le désir de lutter contre les injustices sociales. Plusieurs étaient surpris de la célébration des 10 ans de la grève, ne la croyant pas si lointaine. L’année 2022 devient donc une période importante de retrouvailles pour eux.  

Grève étudiante de 2012 : Le Collectif de débrayage

La grève étudiante de 2012 a beaucoup été couverte par les médias ainsi qu’analysée par les historiens et les sociologues. À l’époque, le Collectif de débrayage a voulu, en sortant On s’en câlisse : Histoire profane de la grève, printemps 2012, offrir un point de vue interne des débats qui parcouraient les manifestations.

Le collectif

Le Collectif de débrayage s’est créé en produisant On s’en câlisse : Histoire profane de la grève, printemps 2012, un livre publié peu de temps après les manifestations de cette année-là.  Composé d’une dizaine de membres ainsi que de collaborateurs, il était surtout constitué d’universitaires, des personnes qui avaient notamment vécu les importantes grèves antérieures, comme la grève étudiante de 2005 en réaction à l’éventuelle coupure des prêts et des bourses du gouvernement Charest.

Les membres soulignent que le nom du collectif fait référence au mouvement de grève. En effet, le nom « débrayage » vient du verbe à connotation familière « débrayer » qui signifie « arrêter de travailler », « se mettre en grève ». Ils spécifient aussi que c’est l’action qui permet le processus d’arrêt d’une voiture manuelle, donc une manière de mettre les freins sur des situations questionnables.

Une œuvre de « vrais grévistes »

Les membres du collectif, qui ont préféré garder l’anonymat, voulaient faire un grand portrait de ce qui se passait durant la grève. Une participante dit qu’ils « sentaient l’urgence d’écrire à ce moment ». Ils voulaient se distancier des points de vue d’historiens et de sociologues qu’on voyait dans les médias.

Le titre « On s’en câlisse » s’est imposé selon les membres. Celui-ci vient du slogan « La loi spéciale, on s’en câlisse » qui parcourait les manifestations en 2012. Il rappelait l’objectif de l’ouvrage en mettant en valeur une parole collective de la rue, tout en appelant à la revendication avec un vocabulaire du joual québécois.

Les membres du collectif disent aussi que l’ouvrage sert à l’usage des futures grèves. L’un de ceux-ci parle notamment de la cyclicité des grandes manifestations étudiantes. Selon lui, il y a toujours des sujets à débats comme les assurances collectives, la rémunération des stages, l’évincement des associations étudiantes, etc.

L’après On s’en câlisse

Le collectif dit qu’avec l’arrivée au pouvoir de Pauline Marois et la mise en place de la Charte des valeurs québécoise, il y a eu une repolarisation de la politique, en passant du sujet des frais de scolarité à l’immigration, par exemple. Une réédition de l’ouvrage a été faite en 2014 afin d’ajouter des précisions à ce sujet.

En 2015, le collectif publie Fuck toute, un autre ouvrage sur le mouvement étudiant plus minoritaire qui se produisait à ce moment. Un titre qui rappelait encore le slogan rural qui s’entendait cette année-là. Ils publiaient des chroniques quotidiennes sur leur site web Le littoral qui ont été compilées par la suite pour former cette œuvre imprimée.

10 ans plus tard

Le Collectif de débrayage n’est aujourd’hui plus actif. Cependant, il prépare un événement sur On s’en câlisse qui est prévu le 14 mai prochain à 15h dans la programmation d’une exposition sur les archives du Printemps érable présente durant tout le mois de mai au 2012 rue Saint-Denis, une adresse qui n’aurait pu être mieux choisie pour l’occasion.

L’un des membres du collectif mentionne que « la grève est toujours suspendue » et que le collectif ne souhaite pas entrer dans une logique de célébration pour ces futurs événements, mais plutôt dans une commémoration de sujets qui sont toujours d’actualité. « Ce n’est pas pour être dans une pure nostalgie, mais pour dire que les questions qui se posaient se posent encore, les problèmes dont on a discuté, ils évoluent encore […] c’est se donner une occasion de mettre à jour le livre », dit également ce même membre.

Mois de l’Histoire des Noirs : entrevue avec Frantz Benjamin

Par Édouard Bernier-Thibault

En février, plusieurs pays à travers le monde, dont le Canada, célèbrent le Mois de l’Histoire des Noirs (MHN). Sous l’initiative d’organisations de la société civile et de certains représentants ou élus, de multiples États ont passé des lois faisant du mois de février le Mois de l’Histoire des Noirs depuis les années 1970 et 1980. Cependant, cet évènement était déjà organisé et fêté sous une forme ou une autre par et dans plusieurs communautés noires au Canada et aux États-Unis depuis les années trente. En 2007, une loi qui avait été votée par l’Assemblée nationale du Québec l’année précédente entre en vigueur, instituant officiellement le MHN dans la province.

Tel que mentionné par le site web, le Mois de l’Histoire des Noirs a comme principaux objectifs de « souligner la contribution historique des communautés noires à la société québécoise » ainsi que de mettre « en évidence les enjeux sociaux, économiques, culturels, éducatifs et institutionnels qui touchent les communautés noires ». Durant tout le mois, des visionnements de films, des cours de musique, des conférences et plusieurs autres types d’activités se dérouleront à ces fins. Vous pouvez consulter le site web de l’évènement où vous retrouverez entre autres la programmation des activités.

Une entrevue avec M. Frantz Benjamin

Depuis 2018, M. Frantz Benjamin est député de la circonscription Viau pour le Parti libéral du Québec. Dans son passé, il a occupé plusieurs autres fonctions dont conseiller municipal ainsi que consultant en relations interculturelles et en gestion de la diversité (de 2004 à 2009). Il sera présent le 17 février au cégep pour une table ronde sur le thème du Mois de l’Histoire des Noirs. Voici ce qui est ressorti de notre échange.

« La présence des Noirs au Québec, c’est une présence qui se compte en siècles, et pas en décennies ni en terme d’années. […] Les Noirs sont présents partout au Québec, dans toutes les régions du Québec. »

M. Benjamin a tout de suite souligné comment la présence de Noirs d’origines distinctes dans toutes les régions et les domaines de la vie québécoise doit nécessairement impliquer une meilleure connaissance de leurs réalités ainsi que de leur histoire. Selon lui, c’est quelque chose qui s’impose pour le vivre-ensemble afin de mieux se connaître et de s’enrichir culturellement les uns les autres. C’est aussi et autant pour permettre de s’attaquer à des enjeux économiques, politiques et autres touchant particulièrement les afro-descendants vivant au Québec.

« C’est un mois de festivités, donc où on peut découvrir les cultures des communautés noires […] mais c’est aussi un mois de débats, d’échanges, de partages, et c’est pour cette raison que oui, c’est le mois de l’histoire des Noirs, mais c’est un mois tout québécois selon moi. »

L’histoire enseignée dans nos sociétés est de plus en plus critiquée, notamment par rapport aux enjeux autour des potentiels biais dans l’enseignement et dans l’interprétation de l’histoire qu’on transmet dans les écoles. Voici ce que Frantz Benjamin m’a dit à ce sujet:

« Je crois fondamentalement que les livres d’histoire doivent dire la réalité, mais toutes les réalités, et moi je suis de ceux qui croient que oui, il faut travailler sur les enjeux d’inclusion des perspectives historiques des autres groupes, de tous les groupes dans les livres d’histoire. »

« Ça fait quelques années que je rencontre des groupes de jeunes Noirs pour leur dire que, vous savez quoi, l’histoire des Noirs n’a pas commencé avec l’esclavage. […] Ramener l’histoire des Noirs à la seule perspective de l’esclavage, c’est très réducteur. […] Il faut aussi apprendre aux jeunes Noirs, et à tout le monde, l’apport et la contribution des Noirs à la collectivité. »

M. Benjamin est allé plus en détail sur les enjeux et les problématiques que vivent et endurent encore les communautés noires comme le profilage racial, les crimes haineux, dont ils sont encore les plus grandes victimes au Canada, ainsi que la surreprésentation dans les lieux d’incarcération. Plus récemment, la pandémie a frappé de manière disproportionnée les Noirs du Québec et d’Amérique en général, comme l’a souligné mon interlocuteur, en infectant et tuant en un plus grand pourcentage dans les collectivités noires en comparaison au reste de la population. Cela a plusieurs causes, mais la pauvreté dans les quartiers majoritairement afro-descendants en est certainement une pour le député libéral.

« Ce sont autant d’enjeux qui méritent que nous ayons, que nous puissions avoir une conversation franche, mais une véritable conversation sur ces enjeux-là pour dire comme société, quels sont les leviers que nous mettons en place pour favoriser une véritable égalité, une véritable inclusion », mentionne Frantz Benjamin.

La chose est claire pour le député de Viau : en plus et au-delà de l’apprentissage et la sensibilisation que permet un évènement comme le MHN, celui-ci doit avoir comme but de contribuer et participer à la construction d’une société plus juste pour tous.

« Quand on veut enrayer les disparités, quand on veut enrayer les inégalités, il faut se doter de lois, de programmes, mais surtout des indicateurs et des mesures d’imputabilité », dit M. Benjamin.

Pour en apprendre plus au sujet du Mois de l’Histoire des Noirs, vous pouvez évidemment consulter le site web de l’événement. Vous êtes aussi les bienvenus à participer à la table ronde qui se déroulera ce jeudi 17 février à 12h00 au CVM, au local A4.82. Il sera question de diversité, de représentativité, de racisme systémique et de plusieurs autres sujets à débat autour du vivre-ensemble dans une société multiculturelle. M. Benjamin sera présent, accompagné de Dominique Ollivier, qui occupe entre autres la fonction de conseillère de Rosemont-La-Petite-Patrie pour Projet Montréal, ainsi que de Marie-Eve-Lyne Michel, candidate dans Laurier-Ste-Marie pour le Bloc québécois aux dernières élections fédérales.

Le Concours Philosopher

Par Édouard Bernier-Thibault

Le Concours Philosopher est un événement intercollégial important de la communauté et culture philosophique québécoise qui se déroule annuellement. Il a pour but de susciter des réflexions, des débats intéressants et de promouvoir la pensée critique. Tous les étudiant-es du niveau collégial sont invité-es à rédiger un texte d’environ 2000 mots autour d’une question philosophique qui sera jugé par un jury de professeur-es de philosophie de la province. Le gagnant ou la gagnante verra son texte publié dans le journal Le Devoir et aura la chance d’obtenir une bourse.

Cette année, pour la première fois depuis la création du concours, le Cégep du Vieux Montréal accueillera l’évènement. La question abordée est: « L’avenir est-il « woke » »? Pour celles et ceux qui veulent proposer un texte, la date limite pour la remise est le 21 mai 2022.

En parallèle avec le concours, un groupe de discussion parrainé par Mariève Mauger-Lavigne et Rémi Laroche, deux professeurs de philosophie du Cégep, se rencontre occasionnellement pour partager des lectures et échanger sur la question thématique. Si cela vous intéresse, un site web où les réflexions, articles et sources sont partagés est accessible.

Si vous avez des questions ou si vous souhaitez vous inscrire, n’hésitez pas à contacter Rémi Laroche et Mariève Mauger-Lavigne par Mio.

Textes gagnants du concours d’écriture féministe

Au féminin

Tragédie d’une jeunesse dorée 
Il était une fois petite Aphrodite aux cheveux bouclés
Une victime de symétrie
Une proie de la vie

Princesse des poubelles, beaucoup trop pubère
Elle fréquente des bars cramés, elle est bien arrangée, bien parfumée
Recherche des requins qui désirent sa chair et méritent son amour 
Des bleus à la place de bisous 

Les veines débordent de spiritueux et la tête tourne
Peur de la vieillesse, peur de l’homme couché dans son lit double
L’amnésie du lendemain porte un goût amer
Fillette avale ses souvenirs en eau de javel 

Petite Aphrodite a la figure digne d’un magazine
Un regard azuré perçant les yeux à travers
Toujours célibataire, son grand cœur derrière barrières
Tout ce qu’elle touche, elle détruit

Elle ne reconnaît pas son ombre, son reflet dans le miroir
Intestin vide depuis avant-hier soir 
Il faut souffrir pour être belle
Mais cette peine, parles-en pas, c’est naturel

Autant de haine dans un si petit corps de plumes
Les femmes mentent, jouent des personnages purs
Hantées par l’insécurité et l’amertume
Et toi, jalousie, tu les tues

La beauté fatale entame le drame, entame obsession et déprime
Des poumons noirs de goudrons et des larmes
La perfection n’est pas facile à acquérir
Il y en a plein, des filles désir 

Le mystère, c’est comment elles survivent

– Andreea Afronie (AA)

Sororité

J’aimerais pouvoir écrire
Des sonnets, des chants de mes sœurs de cœur
Inventer un langage menstruel qui écœure
Les chiens aimant détruire

Ainsi je noie les aboiements fébriles
Je nettoie mon deuxième sexe en profondeur
Mais les échos demeurent dans la vapeur
Impossible d’être stérile

J’aimerais pouvoir crier des mots doux
À toutes les femmes qui ne se tiennent plus debout
Quand je ne serai plus désolante

Que des larmes ensanglantées dans le silence
J’entends l’appel d’une petite fille innocente
Et la page reste blanche

– Andreea Afronie (AA)

Un entretien avec Mélissa Mollen-Dupuis 

Photo : Mélissa Mollen-Dupuis, gracieuseté.

Lumière sur Mélissa Mollen-Dupuis, grande militante pour les droits autochtones et pour l’environnement ainsi qu’animatrice radio d’origine innue. Elle nous parle de son parcours, de sa vision, de son métier et d’enjeux visant l’éducation et la littérature autochtone.  

Femme engagée 

Mélissa Mollen-Depuis affirme qu’« en étant né Autochtone, tu deviens un peu militant de facto ». Du haut de ses 12 ans, elle est marquée par Ellen Gabriel, porte-parole mohawk de la Crise d’Oka en 1990, qui reprend un rôle de leadership traditionnel chez les femmes autochtones. À la suite de cet évènement qui lui a ouvert les yeux, Mme Mollen-Dupuis veut connaître davantage son histoire, surtout celle d’avant la colonisation.  

Au courant de sa carrière, elle est animatrice au Jardin des Premières Nations du Jardin botanique de Montréal ainsi que dans les musées. En 2012, elle s’est mise en action avec le mouvement contestataire autochtone « Idle no more » présent dans tout le Canada, où elle s’intéresse à adapter les enjeux à la réalité du Québec qui, contrairement au reste du pays, a des nations autochtones francophones. En 2017, elle reçoit également le prix Ambassadeur de la Conscience d’Amnistie internationale. Mme Mollen-Dupuis obtient une demande du consulat français pour le programme d’invitation de personnalité d’avenir où elle est candidate du Canada francophone. Elle est partie dernièrement à Paris et à Grenoble pour découvrir la culture communautaire française et les techniques urbaines et rurales en lien avec l’environnement. 

Une première émission autochtone francophone 

Depuis l’été dernier, Mélissa Mollen-Dupuis anime l’émission de radio Kuei! Kwe! à Radio-Canada. Déjà chroniqueuse depuis quelques années au même diffuseur public, on lui a proposé d’animer la première émission francophone autochtone. Elle décrit son mandat d’animatrice comme ceci : « ce que je veux faire, c’est une émission culturelle, mais à partir d’une perspective autochtone. La seule chose qui serait là, ça serait mon regard sur les choses, puis mon intérêt que j’ai sur l’enjeu. » En effet, Mme Mollen-Dupuis dit qu’elle aborde les sujets avec une perspective autochtone parce qu’elle vient de cette communauté et non parce que les sujets sont nécessairement reliés à des causes autochtones. Cela lui permet notamment de garder un pied dans les enjeux auxquels elle s’identifie, comme la défense des droits des premiers peuples ainsi que la cause environnementale. Mélissa Mollen-Dupuis est d’ailleurs responsable de la campagne Forêts de la Fondation David Suzuki.  

Améliorer l’éducation 

Selon Mélissa Mollen-Dupuis, le manque de connaissances des étudiants sur la culture autochtone est flagrant. Elle mentionne que le fait de ne pas connaitre le nom des 11 nations avec qui l’on partage le territoire du Québec est problématique. 

Au-delà de l’information à savoir sur ces communautés, la manière d’enseigner des premiers peuples pourrait aider à l’apprentissage de tous, et surtout à celui des élèves en difficulté, le système d’éducation n’étant pas bâti pour répondre à leurs besoins. « On devrait permettre aux communautés de ramener les structures qui étaient les leurs avant que la colonisation vienne les effacer », dit-elle. Certains endroits reprennent tranquillement leur système d’éducation traditionnel au sein duquel l’on intègre des activités sur le territoire. Par exemple, dans sa communauté, il y a des semaines dédiées à la chasse et à des promenades dans le bois avec sa famille. 

Dans notre société nord-américaine, on remarque une séparation des groupes d’âge. Des changements structurels dans l’enseignement qui s’inspireraient de traditions autochtones aideraient, selon Mme Mollen-Dupuis, au « renforcement du lien familial et communautaire ».  

Littérature québécoise ou autochtone? 

Le cours de littérature québécoise au collégial peut intégrer la lecture d’œuvres d’auteurs autochtones québécois dans son programme. Une situation qui suscite une question : doit-on classer l’ouvrage comme étant une œuvre dans la littérature québécoise ou autochtone? Mélissa Mollen-Dupuis répond que d’inclure une œuvre autochtone dans la littérature du Québec, c’est montrer qu’on ne l’exclut pas et qu’on ne la met pas « dans une réserve ». Les œuvres autochtones ne devraient donc pas être nécessairement mises dans une case parce qu’elles ont été créées par des personnes originaires des premiers peuples.  

Cependant, elle mentionne qu’il faut se départir des idées préconçues de la structure littéraire européenne qui ont, selon elle, peur du silence et des pauses qui souvent utilisés dans les œuvres d’auteurs originaires des Premières Nations, de la communauté des Métis ou des Inuits. Elle dit que « si on veut vraiment que ça soit intégré comme littérature québécoise, il faut voir une ouverture à la forme de littérature autochtone qui est mise de l’avant ».  

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