FWNK : Sincère, personnel et organique

Si le temps des fêtes ne fut pas des plus agréables, j’ai eu l’opportunité de découvrir deux artistes qui, en novembre dernier, ont sorti leur premier EP, qui m’a gardé au chaud pendant ces semaines éloignées de tous. J’ai eu le privilège de parler avec ce duo de créateurs afin de vous présenter de fond en comble, NKUSI et Funkywhat ainsi que leur sortie récente : FWNK

Dans le petit monde du beat-making au Québec, c’est grâce à des cercles d’amis en commun que les producteurs entrent en contact pour une première fois par les réseaux sociaux. D’ailleurs, Mori$$ Regal, qui est le MC de la dernière pièce du EP, est en grande partie responsable de cette rencontre fortuite. C’est malgré tout sans s’être rencontrés en personne qu’ils apprennent à se connaître par la musique en écoutant le travail de l’un et l’autre. 

« C’est comme une blind date! »

NKUSI

Ils réalisent rapidement qu’ils aiment le même genre d’univers musical et sonore, pourtant, l’idée d’un projet commun n’est pas aussi présente que celle du plaisir de faire de la musique ensemble.

Ce sont certainement les mots qui me sont venus à l’esprit quand j’ai voulu qualifier leur projet : sincérité et personnalité. C’est un travail dans lequel la musique est personnifiée par ses créateurs et dans lequel on entend réellement les artistes derrière la musique dans ce qu’il y a de plus simple et honnête. C’est tout à leur honneur, car eux-mêmes s’entendent sur un troisième mot lorsque j’en ai discuté avec eux : organique. 

« C’est propre à nous, à nos couleurs et c’est pas forcé. On n’a pas forcé les featurings, les sessions, les délais, tout s’est fait organiquement. »

NKUSI

« Il [le EP] était supposé sortir vraiment plus tôt, mais chaque fois quelque chose nous gossait, donc on prenait le temps. »

Funkywhat

Réalisé en deux sessions dans la plus grande spontanéité, FWNK vous fera voyager dans les mondes musicaux du hip-hop old-school, du soul, du jazz et plus encore, le tout enrobé d’une couleur unique et de beats aux rythmes décalés et planants. Tel que mentionné brièvement plus haut, on retrouve dans cet EP la participation du rappeur Mori$$ Regal que je vous recommande de découvrir, évidemment. L’autre collaboration est avec la chanteuse Kaya Hoax, qui est elle aussi sérieusement à surveiller ; elle fait un travail extraordinaire.

« Le beat avec Regal, c’était juste obvious, ça prenait un rappeur et tout ce qu’on disait comme le soul, le funk, le jazz, c’est son truc! Kaya Hoax, c’est une de mes amies qui vient de commencer la musique et j’y ai montré le beat qu’on avait fait, elle l’a amené chez elle et quand elle est revenue, elle avait la tune au complet toute écrite.  »

Funkywhat

Le duo ne prévoit pas de gros projets à l’avance, mais il est convaincu que ce n’est pas une collaboration unique, pour le plus grand bonheur de nos oreilles.

« On va garder ça dans la même ligne d’idée que le projet et ce qui nous vient en tête sans forcer, on va le faire. »

NKUSI

Encore une fois, la sincérité envers eux-mêmes et leur création exprime très bien la personnalité du EP FWNK ainsi que de ses beatmakers NKUSI et Funkywhat. En espérant que cette même sincérité vous encouragera à les découvrir.

Vous êtes musiciens, vous cherchez de la visibilité, que vous alliez au Cégep du Vieux Montréal ou non, contactez-moi et je me ferai un plaisir d’écouter votre travail. 

Une lueur d’espoir pour les musées

Tout comme un véhicule à essence ne peut avancer sans carburant, une société ne peut fonctionner sans ce qui lui donne tout son sens, la culture. La pandémie nous aura sans doute permis de prendre un peu conscience de l’importance de la culture dans notre mode de vie. Quand il ne restait plus rien et qu’on avait l’impression d’être impuissant face à tout ce qui arrivait autour de nous, le cinéma, la télévision, la musique et l’art en général nous saisissaient par les épaules pour nous guider et pour nous permettre de passer à travers les temps plus sombres. Pourtant, l’industrie artistique a été énormément marquée par cette pandémie. Elle a souffert beaucoup, elle souffre encore d’ailleurs, et aura de la difficulté à s’en remettre.

Les musées et les galeries d’expositions artistiques ont probablement été les plus touchés par les événements. La plupart ont vu leurs portes se fermer en mars dernier, coupant drastiquement tous leurs revenus et empêchant le public de profiter de tout ce que ces endroits ont à offrir. Avec la réouverture des musées dans quelques jours, c’est un grand soulagement qui se fait sentir dans tout le milieu, mais ça va prendre encore du temps avant que les choses redeviennent comme avant.

J’ai eu l’immense privilège de récolter le témoignage de deux anciennes étudiantes du Cégep du Vieux Montréal, qui travaillent désormais dans le milieu culturel.

Maude Darsigny Trépanier est aujourd’hui médiatrice au Musée McCord. Le Musée McCord, c’est un musée d’histoire sociale qui prône l’ouverture d’esprit, l’ouverture aux autres, au monde et à la ville. Il vise à offrir une  expérience enrichissante qui permet aux visiteurs de mieux  comprendre leur ville, entre autres grâce à l’histoire et au partage d’expériences. Le dialogue et les interactions sociales occupent une place centrale au cœur du musée.

Judith Brassard Bradette est médiatrice au Musée d’Art Contemporain (MAC).  Situé au cœur du quartier des spectacles, ce musée est spécialisé dans  l’art contemporain, c’est -à-dire l’art d’aujourd’hui. On y retrouve des œuvres d’artistes locaux et internationaux et de nouvelles expositions souvent inattendues et saisissantes.

En tant que médiatrices culturelles, Maude et Judith ont été personnellement touchées par la fermeture des musées. Pour bien comprendre, il faut savoir tout d’abord en quoi consiste le métier de médiatrice culturelle. Les médiateurs et les médiatrices culturelles ne sont pas des guides, tient à préciser Maude. Les guides, clarifie-t-elle, sont des personnes en position d’autorité qui donnent  un discours et transmettent des connaissances, tandis que les médiateurs et médiatrices culturelles sont vraiment là pour faire un pont entre l’œuvre et celui qui la regarde. En effet, les guides ne font que donner de l’information, décrire un objet et « imposer » d’une certaine façon, leur interprétation.  L’approche des médiateurs culturels, c’est avant tout le contact avec le public, la discussion et l’ouverture d’esprit. « Notre but, c’est vraiment de créer des relations, créer des liens. On n’est pas là pour déverser un savoir, mais plutôt  pour poser un dialogue ou du moins faciliter un dialogue entre l’œuvre et le public. […] C’est une question de philosophie aussi au niveau de l’approche qu’on utilise au musée », ajoute Judith.

Ainsi, plus de public, plus de médiateurs et de médiatrices culturelles. Mais bien sûr, ils ne sont pas les seules victimes de la fermeture. Au Musée d’Art Contemporain, il y a eu des mises à pied, explique Judith Brassard Bradette,  ainsi que des réductions de salaires pour tout le monde. Le musée, quant à lui, a perdu des sommes phénoménales. Le contenu numérique développé par les institutions muséales c’est de la bonne visibilité, explique Judith, mais les gens ne paient pas nécessairement pour ces choses-là. La réouverture des musées à l’été a été une lueur d’espoir pour beaucoup, mais les revenus générés par les musées étaient loin d’atteindre ceux qu’ils faisaient habituellement, à cause des nombreuses mesures mises en place par la santé publique. Des protocoles stricts limitaient la quantité de personnes qui pouvaient entrer dans les musées et la quarantaine empêchait les artistes à l’étranger de venir accrocher leurs œuvres.

Les musées sont donc pris au piège; soit ils dépensent beaucoup pour développer du contenu numérique et adapter leur établissement pour se préparer à une réouverture, soit ils évitent de s’endetter, mais perdent énormément de visibilité et risquent même de tomber dans l’oubli.

Mais les institutions muséales n’ont pas seulement souffert de problèmes économiques. Les musées et les galeries d’expositions sont d’abord des endroits de partage et de transfert de connaissances. En perdant leur public, ils ont perdu leur raison d’être, tout ce qu’ils représentaient. « En regardant  quelque chose en diapositive ou de manière numérique quand ce n’est pas  conçu pour être numérique, on perd quand même une qualité. On peut aussi perdre l’espèce de présence puis un certain rapport par rapport aux œuvres  directement. » explique Maude Darsigny Trépanier. Judith est aussi de cet avis quant au contenu numérique : « On s’entend que les visites interactives ne remplaceront jamais le contact avec les œuvres originales ça c’est certain, t’as pas l’échelle, t’as pas la sensation, le volume dans certaines  œuvres. Même si c’est une vidéo, ce n’est pas la même chose la regarder sur ton écran que dans une salle de musique. Il y a aussi l’aura muséale quand tu  rentres dans ce lieu-là qui va jouer sur ton état d’esprit et sur ta perception de ce que tu vas  expérimenter. »

Le confinement aura toutefois amené les musées et les salles d’expositions à se démarquer. Maude explique que l’industrie des arts s’est « revirée sur un dix cennes » en trouvant de nouvelles idées innovantes pour toucher le public malgré cette période difficile. Le Musée McCord, comme la majorité des musées, explique-t-elle, a commencé à offrir des visites virtuelles. D’autres initiatives, tel que le projet Casa, ont permis aux artistes émergents de faire connaitre leur art. Le projet a ouvert ses salles à des expositions annulées, écourtées ou même créées à la suite de la pandémie. Maude se dit surprise, mais surtout très fière du milieu artistique qui a su s’adapter à cette nouvelle réalité.

Pour sa part, Judith croit aussi que la pandémie, au travers de toutes ces tragédies, aura amené quelques bonnes choses. « Essayer de réfléchir à qu’est-ce qu’on peut faire, combien de personnes on peut accueillir à la fois, ça nous a permis d’innover en créant un programme qui était vraiment cool cet été. […] Normalement on accueille des vingtaines, voir des trentaines de familles, et là on s’est ramassé à faire des visites privées, ce qui était génial d’une certaine manière parce que ça nous a permis d’avoir un contact avec le public qu’on n’a jamais d’habitude mais du un à un, on avait une famille à la fois, les gens se sentaient super importants parce qu’ils avaient accès au musée des fois même avant l’ouverture, ça a été super populaire. […] Ça a été une occasion d’avoir un contact vraiment fort avec le public. » Mais évidemment, moins de public,  moins de revenus. Le Musée d’Art Contemporain a passé de vingt familles et parfois plus par jour avant la pandémie à quatre par jour cet été, ce qui a été très difficile économiquement.

Après une réouverture estivale temporaire, les musées n’ont pas eu d’autre choix que de fermer leurs portes le 28 décembre dernier. Ce fut donc un soulagement extrême lorsque, le 2 février, le gouvernement du Québec a annoncé la réouverture de plusieurs commerces et établissements, incluant les musées. Ces derniers devront encore une fois s’adapter, se réinventer et travailler fort pour respecter les mesures sanitaires tout en attirant le public dans leurs établissements. Car c’est vraiment ce qu’il faut retenir de cette situation : la réouverture ne signifie pas que les musées retourneront à leur grandiosité d’autrefois, du moins pas de sitôt. Ce sera encore un défi difficile à relever qui demandera beaucoup d’ingéniosité. « C’est ça aussi le danger en ce moment, explique Judith, parce que ça commence à s’étirer, et donc là tranquillement bin on se trouve des jobs ailleurs, et là bin c’est une expertise qui est en train de se perdre, parce que quand ça va rouvrir, qui va rester? […] On est peu nombreux dans le milieu culturel et c’est vu comme un luxe, mais est-ce que c’est vraiment un luxe? Une société sans culture, c’est complètement triste. »

Le Musée d’Art Contemporain est situé au cœur du quartier des spectacles, et le Musée McCord en plein centre-ville de la métropole. Ces deux institutions muséales ont chacune énormément de choses à offrir et n’attendent qu’à ouvrir leurs portes au public. « On avait une exposition toute neuve, ajoute Judith,  super belle, complètement folle que personne n’a vue encore à part certains membres de l’équipe. C’est une exposition qui dort, en attendant la réouverture du musée, qu’on espère bientôt. » 

Ton espoir aura porté fruit, Judith. On se voit le 8 février.  

Masque, musique et danse : le Projet Masque

Masque, musique et danse, les trois éléments clés d’un nouveau projet qui vient de débuter à Montréal : le Projet Masque. Développé en pleine deuxième vague de COVID-19, il regroupe entreprises locales, musiciens et danseurs. Une belle initiative créée par la pianiste Elaine Gaertner.

Au début de l’automne, Elaine Gaertner, pianiste accompagnatrice d’étudiants en danse classique, a réalisé qu’il fallait continuer à conscientiser les jeunes au port du masque. Elle remarquait que beaucoup d’entre eux sortaient de l’école et enlevaient leur couvre-visage alors qu’ils étaient encore en groupe. Ayant aussi une mère âgée de 92 ans, Elaine se sentait encore plus préoccupée, surtout avec la montée des cas d’éclosion venant particulièrement des vecteurs de la jeunesse.

« La meilleure façon de parler aux jeunes, c’est avec des jeunes […] de montrer aux jeunes que porter un masque c’est pour se protéger et que ça peut être cool. »

Elaine Gaertner, fondatrice du « Projet Masque »

Le but du projet est de faire de courtes vidéos mettant en vedette des artistes du milieu de la danse portant fièrement le masque en exécutant quelques pas. Cela dit, avant même d’avoir trouvé les interprètes, Elaine s’est penchée sur les entreprises locales pour la fourniture des masques. Rapidement, elle a eu la réponse de quelques boutiques montréalaises emballées par le projet ; Atelier B, Bien Aller, Au Noir, Elisa C-Rossow, Katrin Leblond, Collection Charleen et Des Loups en font partie. « On aime beaucoup les projets interdisciplinaires […] on préfère faire une collaboration avec une école de danse, que faire une collaboration avec quelque chose qui est relié à la mode par exemple », dit Anne-Marie Laflamme, designer et co-fondatrice d’Atelier B. Elle est enjouée par l’idée d’aider à conscientiser les jeunes au port du masque.

Musique

Les pièces musicales utilisées pour faire les vidéos sont assez libres de choix, mais respectent les droits d’auteurs. Cependant, passionnée de musique, Elaine Gaertner a été inspirée par la résilience et la bravoure du virtuose Denis Brott, violoncelliste de renommée internationale. En mars dernier, il a été gravement touché par le coronavirus et est resté dans le coma pendant trente-deux jours à l’hôpital. Survivant de la COVID-19, Brott a accepté de participer au Projet Masque et enregistrera une performance au Conservatoire d’art dramatique de Montréal afin d’accompagner les chorégraphies de certains danseurs. De plus, Elaine a réussi à avoir l’autorisation d’utiliser la parodie de la chanson Be Our Guest du film Disney La Belle et la Bête, qui a été changée pour Wear a Mask (Porte un masque, en français) par Noah Lindquist. Aussi, la version de la chanson Somewhere Over The Rainbow de Julia Westlin et un arrangement jazz du Lac des Cygnes fait par The David Ricard Big Bang, reconnu pour sa musique dans les films hollywoodiens, feront leur apparition dans certaines capsules.

Interprètes divers

Le projet réunit beaucoup d’artistes du milieu de la danse montréalais, ainsi que quelques-uns aux États-Unis et au Japon. Danseurs classiques et contemporains, artistes de cirque, ex-danseurs, un bel éventail d’interprètes. Parmi ces artistes figurent notamment Vanesa Garcia-Ribala Montoya, première danseuse des Grands Ballets, ainsi que certains danseurs des Ballets Jazz de Montréal et de la compagnie Cas Public qui auront tous la chance de performer sur la musique de Denis Brott. Des danseurs pigistes et des étudiants en danse ont également répondu à l’appel, dont certains provenant du Cégep du Vieux Montréal, sans oublier la participation d’artistes du milieu du cirque, comme le Cirque Éloïze. Les deux gagnants de la deuxième saison du concours de danse télévisuel québécois Révolution, le duo de danseurs composé de Janie Richard et Marcio Vinicius Paulino Silveira, ont aussi accepté de faire une capsule pour le projet.

Les vidéos sont produites directement par les danseurs. Elles peuvent être humoristiques ou plus sérieuses. « Le message est de dire de porter le masque, mais on peut le dire de plusieurs façons », mentionne Elaine Gaertner. L’important est ce qu’elles transmettent. Gaertner se réserve le droit de modifier ou d’ajouter un message aux vidéos afin de diversifier leurs propos liés au port du masque.

Où et quand?

L’objectif est de diffuser les courtes vidéos avant Noël. Elles seront publiées sur la page Facebook du Projet Masque et sur Instagram avec le #mtlprojetmasque. Les premières capsules sont d’ailleurs sorties et n’attendent que d’être partagées par un maximum de personnes. À la base, le Projet Masque est destiné aux étudiants, mais il réussira à atteindre un public beaucoup plus large.

Selon Elaine Gaertner, cette initiative est aussi une belle manière d’élargir le cercle artistique des participants. De futures collaborations entre les designers et les interprètes pourront possiblement en découler.

Découvertes du mois de novembre

Photo : Raphaël Rekab et Marie-Noëlle Bois

La première neige est arrivée, le soleil se couche en après-midi, le froid s’est installé et semble vouloir rester quelques temps ; l’hiver est à nos portes et quoi de mieux pour se réchauffer que d’écouter quelques artistes émergents? Je vous présente ici deux découvertes du mois de novembre : Calamine et Nic Boulay.

Boulette Proof – Calamine

Amateurs de rap québécois, si vous êtes passés à côté de Calamine dans les deux dernières années, premièrement, où étiez-vous ? Deuxièmement, laissez-moi vous la présenter. Rappeuse féministe, queer, du « ‘Chlag » et anticapitaliste, elle apporte des textes engagés tout en finesse. Elle veut dire les « vraies affaires » par rapport à l’environnement dans lequel elle évolue, c’est-à-dire le rap québécois. Alerte de divulgâcheur : elle réussit à les dire avec brio. En 2019, elle sort un EP Session du 1420 qui nous met en plein dans son univers musical. Il est suivi de quelques singles toujours aussi agréables jusqu’à la sortie de son premier album le 13 novembre dernier : Boulette Proof. Avec son producteur et beatmaker Kèthe Magané, elle crée un album très montréalais, même hochelagais, particulièrement relaxe qui peut faire penser au hip-hop de la côte ouest avec un côté jazzy que le saxophone très présent vient renforcer. Ce qui rend Boulette Proof incroyable, c’est le travail de Calamine pour faire plus qu’un album engagé. En supplément à son message dans ses textes, son flow et son instrumentation rendent les pièces toutes aussi décontractées et faciles d’écoute les unes que les autres et permettent de transmettre encore mieux les propos de l’artiste. Dans tous les cas, il est évident que Calamine fait partie des femmes qui viennent ébranler la scène du rap au Québec afin d’apporter le changement nécessaire dans ce « boys club » comme elle en parle si bien dans Mona Lise.

Pour suivre Calamine sur Instagram : @calamine_mtl
Vous pouvez écouter Boulettes Proof sur toutes les plateformes.

Voisinage – Nic Boulay

Nic Boulay est un jeune trompettiste de jazz diplômé de l’Université McGill. On a pu l’entendre sans le savoir, entre autres, avec les Cowboys Fringants, Les Louanges et Pierre Lapointe. En plus de travailler comme pigiste, il termine son grand projet, un EP du nom de Voisinage. En voulant s’éloigner du jazz puriste, Nic Boulay réalise un album proche du hip-hop et du jazz fusion. L’album étant réalisé avec la participation d’autres musiciens rap ou jazz, c’est vraiment un voisinage qui participe. Les quatre pièces de l’album aux couleurs différentes explorent plusieurs avenues dans lesquelles les racines du jazz peuvent s’incruster. Pour donner une référence, j’entends un peu le groupe The RH Factor du trompettiste Roy Hargove ou encore l’album The Low End Theory de A Tribe Called Quest. En mêlant habilement une instrumentation électronique et réelle et en ajoutant son jeu de trompette détendu, on obtient une formule gagnante, quelque chose de parfait pour les soirées froides. Roy Hargrove disait justement que le jazz et le hip-hop étaient faits pour être ensemble et avec Voisinage, Nic Boulay nous le confirme brillamment.

Pour suivre Nic Boulay sur Instagram : @nicboulz
Vous pouvez écouter Voisinage sur toutes les plateformes.

Vous êtes musiciens, vous cherchez de la visibilité, que vous alliez au Cégep du Vieux Montréal ou non, contactez-moi et je me ferai un plaisir d’écouter votre travail.

On change de disque?

L’impact de la pandémie sur la musique est maintenant indéniable. Entre l’annulation de concerts et le report des tournées, les nombreux déboires auxquels font face les artistes musicaux viennent changer considérablement la manière dont ceux-ci partagent leur art. Mais si on sort des labels phares, des festivals de grande envergure et des radios populaires, comment est ressenti cet impact à l’échelle des indépendants? Portraits des bouleversements ressentis (ou pas) par les musiciens de la relève québécoise.  

« C’est une évidence de dire que les shows me manquent », nous explique Charles de Villiers, membre de Thick Glasses, un groupe de punk rock émergent. Mais de là à dire que ce manque gâche ses plans, le rockeur éprouve un certain désaccord. Ce dernier nous indique que l’interaction avec des personnes qui partagent sa passion et avec qui il peut ultimement collaborer est l’aspect qui, pour lui, est le plus difficile à retrouver depuis la levée des mesures sanitaires. Mais pour des musiciens habitués à se produire dans des bars, la fermeture de grandes salles comme le MTELUS n’influe que rarement l’évolution des choses.  

En évoquant les représentations en direct sur le web, le musicien me renvoie à l’image d’un pansement qu’on mettrait sur une blessure; « Le plaster finit par s’enlever », dit-il pour exprimer le fait qu’à son avis, l’engouement suscité en début de confinement pour les concerts virtuels s’essouffle peu à peu. On comprend que lorsque certains recherchent, en particulier, la présence physique lors des concerts pour danser ou se lancer dans des mosh pitsl’envie d’assister à un concert en restant chez soi peut sembler plus ou moins alléchante. Étant aussi affilié à la gérance de musiciens avec le label Slam Disques qui se concentre sur la scène du rock québécois, le dénommé Maître de Slam Disques dit faire preuve de compréhension envers les différentes personnes qui dépendaient de cette industrie du spectacle, mais enchaine que la plupart du temps, les musiciens indépendants ne sont pas les premiers à remplir les salles récemment fermées. 

D’un autre côté, on peut se demander si le confinement est synonyme de vide artistique. Bien que cette conclusion puisse sembler évidente, ce n’est pas le cas pour le musicien.  « Ça dépend du mindset […] mais moi je suis plus créatif quand je suis déprimé ou mélancolique ». Pour un artiste habitué à une certaine tristesse créatrice, Charles nous raconte que le début du confinement est l’une de ses périodes les plus productives du point de vue musical. N’ayant pas à respecter d’horaire et se sentant moins stressé, l’investissement de son temps dans l’écriture de chansons aurait été une de ses premières réalisations durant la pandémie. 

Bien qu’il explique que la bonne musique continue de survivre malgré les circonstances, il nous indique que cette ambiance ne convient cependant pas à tous pour l’écriture, surtout lorsqu’il s’agit de demeurer créatif.  Certains sont, par exemple, plus inspirés par les évènements heureux ou les voyages, ce qui peut être handicapant en cette période.  

La place de l’écoute en continue (streaming) dans cette industrie émergente est aussi à mentionner. Pour le musicien qui ne voyait pas de problème avec les services comme Spotify ou Bandcamp, il explique la raison de savoir se réinventer. Les nouveaux artistes veulent d’abord rejoindre un auditoire et comme ces moyens sont les plus démocratisés, il est impératif de les utiliser. Pour des artistes qui ne faisaient déjà que très peu de retombées de la vente de disques physiques c’est même plus avantageux, suite à la réduction de l’impression des copies. Et comme les gens n’ont pas arrêté d’écouter de la musique sur leur téléphone ces derniers temps, l’auditoire est toujours au rendez-vous.  

À la suite de ces constatations, on peut se demander si les nouveaux musiciens voient un point négatif à cette période de privation. La réponse est évidemment oui. En tant que musicien, Charles nous explique qu’il aurait aimé profiter de la sortie de son nouvel EP « courir après sa queue » pour rencontrer des gens susceptibles de lui apporter des opportunités.  

Pour l’employé dans une maison de disques, les circonstances actuelles sensibilisent surtout sur les mouvances sociales. On peut par exemple citer la maison de disques Dare to Care, dont plusieurs membres affiliés ont été visés par des allégations d’inconduite sexuelle.  

Mais la notion de santé mentale est aussi un facteur qui peut résonner sur la carrière de plusieurs artistes. « On a cherché, le plus possible, à parler souvent à nos artistes. […] Des fois je leur parlais plus souvent qu’à des membres de ma famille », affirme Charles pour qui la santé mentale des membres de sa « deuxième famille » est des plus préoccupantes. Mais même si la production musicale régulière peut être un facteur de stress, ce problème peut se traduire à plusieurs milieux autres que la musique. 

Ainsi, la musique indépendante perdra-t-elle de l’aile pendant cet incertain vol plané? La réponse semble être non. Le choix des gouvernements de subventionner l’industrie musicale semble apporter une certaine complaisance au milieu, sans vouloir dire qu’il est sans danger.  Mais pour des artistes qui ne considèrent pas encore la musique comme leur source de revenu quotidien, tout ce qu’il faut continuer à faire c’est d’écrire de bons morceaux. Bien que petites, les communautés des musiciens de la relève sont souvent assez fidèles envers les personnes qu’ils découvrent.  Charles nous explique aussi qu’il est important pour les artistes de diversifier leur pratique s’ils souhaitent continuer à conserver pertinence ces temps-ci. Que ce soit par une présence sur les réseaux sociaux ou en évaluant la possibilité du sociofinancement par des plateformes comme Patreon sans oublier une envisageable présence sur des médias comme Twitch, nombreuses sont les possibilités évoquées par l’artiste. 

Si on peut maintenant être rassuré que la musique québécoise ne constate pas de fin définitive, il ne faut pas oublier qu’il reste important de soutenir les artisans de notre culture. Que ce soit en achetant des produits dérivés de nos groupes préférés ou en les faisant connaitre à nos amis, tous les pas que nous prenons pour aider l’industrie culturelle aboutissent finalement à notre propre enrichissement. 

Entrevue: Isotope nous offre du rêve

Pochette du single «Russian Dream» d’Isotope
Photo : Guillaume Giard

Le 7 octobre passé sortait Russian Dream, le premier single d’Isotope. C’est quoi Russian Dream ? C’est d’abord et avant tout dansant. C’est un rythme entraînant et une instrumentation pleine de couleurs, tout ce qu’il fallait pour m’inspirer à en faire un article.   

Isotope, collectif de Hull, quatre gars de 17 ans qui décident de jouer de la musique ensemble. Ils partent avec un projet, des idées et ils créent. Ce qu’on écoute dans Russian Dream c’est une production minutieuse, un univers sonore très personnel avec une basse présente, un solo de guitare, plusieurs segments aux caractères variés, mais c’est surtout fait maison de A à Z et c’est ce qui moule leur travail.  

Qui de mieux pour parler du collectif que les gars en question ? J’ai eu la chance de poser des questions au groupe, voici donc Isotope. 

Isotope c’est quoi ? Présentez-vous en quelques mots. 

Isotope : « Isotope, c’est un groupe composé de lb66, Max Malaxe, Raf et D’homme, quatre gars qui trippent un peu trop sur la musique. On s’est rencontrés au secondaire puis on a commencé à faire de la musique ensemble cet été dans le sous-sol de Raf. À force d’en faire et d’avoir du gros fun sale, le sous-sol est devenu un studio et on est devenus Isotope. » 

Vous êtes 4, comment travaillez-vous comme collectif ? 

Iso. : « Léo, alias lb66, est notre ingénieur du son, c’est lui qui maitrise le mieux le logiciel sur lequel on produit nos chansons. Lui et Raf, un virtuose de la guitare et de la basse, sont les beatmakers du groupe. D’homme et Max sont les MCs. En fusionnant nos quatre méthodes différentes, mais complémentaires, d’approcher la musique, on réussit toujours à finir avec un résultat qui fait l’unanimité. »

Qu’est-ce qui vous a amenés vers la musique ? 

D’homme : « Comme tous les membres d’Isotope, j’ai toujours adoré la musique. Je joue de la guitare et j’écris depuis que je suis adolescent, mais j’ai commencé à enregistrer mes créations aux côtés de lb66 il y a un peu plus d’un an. Grâce à lui j’ai appris à faire mes propres beats et à prendre mon titre de rappeur plus sérieusement. »  

Raf : « Mon intérêt pour la musique a débuté il y a environ 3 ans. J’avais des cours de guitare au secondaire et je n’aimais vraiment pas ça. Je n’aimais pas le côté « encadré » qu’il nous enseignait et puis une année, j’ai eu un prof qui a tout changé ma perception de la musique. Il m’enseignait de manière à pouvoir créer et jouer des harmonies. C’est à ce moment que j’ai sérieusement débuté la guitare et plus tard la basse. Ce qui me passionne le plus dans la musique c’est quand ça groove, tu sais ? Le « hoomff » qui te fait danser de la tête aux pieds. C’est l’une des meilleures sensations quand on est tous devant l’ordi et qu’on écoute nos chansons, on danse puis on saute ! » 

lb66 : « Vers l’âge de 14 ans, je suis tombé sur une des vidéos de producteurs qui montraient comment ils faisaient leurs beats. Ayant toujours eu une passion pour la musique, je me suis dit que je devais essayer de faire mes propres morceaux. Je suis tombé en amour avec la production depuis.  

Max : « Je crois que si j’avais à trouver la cause principale de cette passion c’est très cave, mais c’est quand j’ai commencé à essayer de faire la plus grosse playlist Spotify possible. Cette quête me poussait à découvrir de la musique et après avoir passé beaucoup de temps à en écouter, j’ai développé mes goûts. Puis Raf m’a introduit à enregistrer des compositions et montrer que le que c’était possible. Les premiers résultats étaient très moyens, mais c’était mieux que ce que je pensais pouvoir faire. Depuis, je vois une forme de progrès à chaque nouvelle chanson. » 

Quel est le meilleur album jamais fait d’après vous ?  

D’homme : « Aucun album n’est objectivement le meilleur, mais Some Rap Songs de Earl Sweatshirt est sûrement mon préféré. Sinon, Dark Side of the Moon de Pink Floyd, Madvillainy de Madvillain et An Awesome Wave de Alt-J sont également des projets impeccables à mes yeux. »

Raf : « Une question très difficile à répondre haha ! Je dirais Oracolo de Skinshape. C’est un des albums qui m’a le plus inspiré dans mon évolution musicale due à la manière dont il arrive à faire voyager son auditeur. »

lb66 : « C’est une question très difficile, mais je vais essayer d’énumérer les albums que j’ai le plus appréciés. Je dois nommer Icedancer et Red Light de Bladee. Ensuite, l’album e de Ecco2K contient de la musique qui est unique au max. Ce son différent m’a grandement inspiré en tant que musicien. »

Max : « Cette question me hante depuis toujours, car je suis incapable de donner une réponse. Je vais essayer d’en dire le moins possible, mais sachez que j’en passe beaucoup. Ready to Die de Notorious Big est un des albums que j’ai le plus écoutés au début de mon secondaire. Sinon il y a Wish You Were Here de Pink Floyd, Strange Days de The Doors, tous les albums d’Harmonium (ils sont tous excellents), Exmilitary de Death Grips, High Visceral Pt. 1 de Psychedelic Porn Crumpets, et j’en passe beaucoup. »

Qui est ou sont vos idoles au Québec en musique ? 

D’homme : « Vincent Roberge, alias Les Louanges, est un artiste qui m’inspire énormément. Sa musique originale, travaillée et accessible prouve qu’il a un avenir très prometteur. » 

Raf : « Mes idoles actuelles sont le groupe Choses Sauvages. Un groupe juste fou ! Ils ont tout pour appeler ça un groove interstellaire. Ils sont pour moi une énorme source d’inspiration au niveau de la couleur qu’ils donnent à leurs chansons. » 

lb66 : « Pour être honnête, j’écoute très peu d’artistes québécois par contre si je devais nommer une inspiration je dois je me dois de nommer Kaytranada. Sa musique de style électronique et danse m’a grandement influencé, spécialement lorsque je travaille avec isotope. Sinon, allez écouter Meat Computer, artiste de Montréal qui fait des vagues dans le underground
Soundcloud. »

Max : « Je change d’idole très régulièrement et autant que je voudrais dire Serge Fiori ou Jean Leloup et j’irais pour Biz de Loco Locass. La combinaison de tous les facteurs dans lesquels il excelle est surhumaine à mes yeux. Je dirais qu’il m’inspire dans le sens que j’essaye toujours d’atteindre son niveau et une des causes pour lesquelles j’ai commencé à m’intéresser à l’écriture. »

Visez-vous une uniformité de style dans votre musique ou la porte est ouverte à d’autres genres ?  

Iso. : « C’est sûr que le hip-hop est le style qui influence le plus notre art, mais chaque membre du groupe a des goûts musicaux relativement différents. Tout en y mettant notre touche personnelle, on risque de toucher à une multitude de genres sans se limiter en termes d’expérimentation. »  

Le journaliste gratte des infos en primeur… Avez-vous des projets plus imposants à venir, une date ? 

Iso. : « En ce moment, on se concentre strictement sur la création de singles qui vont sortir dès que possible. On ne peut pas vraiment donner de date, mais restez à l’affût ça s’en vient ! Puis, c’est clair qu’on veut éventuellement sortir des projets, mais d’ici là on a bien des choses à vous montrer. » 

Pour finir, où est-ce qu’on vous suit, qu’on vous écoute ? 

Iso. : « @isotope.musique sur Instagram et simplement Isotope sur Spotify, Apple Music, etc.  

Suivez aussi notre chaîne YouTube sur laquelle le vidéoclip de Russian Dream est présentement disponible. Finalement, vous pouvez suivre les membres du groupe sur Instagram : @lb66music, @max_malaxe@rafavec_un_f et @_d.homme. » 

Je conclus en vous répétant d’aller sans tarder écouter le travail d’Isotope et de les surveiller si vous accrochez, ils pourraient de nouveau nous offrir des petits bijoux comme celui-ci. 

Vous êtes musiciens, vous cherchez de la visibilité, que vous alliez au Cégep du Vieux Montréal ou non, contactez-moi et je me ferai un plaisir d’écouter votre travail. 

Montréal : un musée extérieur

Photo : Élora Boulard / L’Exilé

Tannés d’être enfermé chez soi à cause de la COVID-19? Besoin de prendre l’air? Allez visiter votre propre ville! Montréal est rempli de murales et de graffitis différents. Chaque année, cette exposition dans les rues grandit. Des artistes urbains venant de partout vous offrent des œuvres de tous les styles et de toutes les couleurs.

À proximité du Cégep du Vieux Montréal, des artistes de la communauté Mu ont offert leur talent aux résidents des Habitations Jeanne-Mance en créant une série de huit murales.

Ces trois œuvres ont été conçues dans le cadre du Festival Under Pressure dans le Quartier des Spectacles. Ce festival de culture urbaine est actif depuis 1996 à Montréal et des centaines d’artistes venant de partout dans le monde y participent chaque année.

À Montréal, il n’y a pas seulement des graffitis et des murales légaux. Effectivement, certains graffeurs exposent leur talent sans la permission de la ville. Malgré le crime qu’ils commettent, les ruelles deviennent de véritables galeries d’art. Les œuvres illégales ont toutefois moins de précision, car les artistes ont moins de temps pour peaufiner leur art, mais ça ne veut pas dire qu’elles sont moins valides ou moins esthétiquement intéressantes.

Ces deux graffitis sont des hommages à l’artiste urbain Scaner, aussi connu sous le nom de Scan. Scaner a quitté les scènes montréalaises du graffiti à l’automne 2017 à cause d’un cancer. Un peu partout dans la ville, on retrouve des graffitis avec son nom, une tête de rat ou sa signature.

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