Coupez ! – Des étudiants derrière la caméra

Le vendredi 28 mai 2021 avait lieu la soirée de projection Coupez ! en l’honneur des étudiant.e.s du Cégep du Vieux Montréal en Arts, lettres et communication — Option Médias. On assistait notamment à la présentation de leur travail final : un court métrage de fiction. C’est avec un grand plaisir que j’ai eu la chance d’y participer.

C’est à 19h que j’ouvre mon ordinateur portable, que j’appuie sur le lien Zoom et que je me retrouve dans la salle de conférence de la soirée en compagnie d’une soixantaine d’individus. Parmi le public, on retrouve la vaste majorité des étudiants.e.s. On ressent immédiatement leur excitation de nous présenter leur film.

La soirée débute par une animation divertissante produite par des étudiantes du même programme. Les 12 courts métrages nous sont présentés l’un à la suite de l’autre en un peu plus de 60 minutes. Je n’exagère pas en affimant que ce fut un réel plaisir. Une quantité phénoménale de talent et de passion était déversée sur mon écran. Des films tous autant originaux les uns que les autres y ont été présentés où on retrouve une qualité cinématographique impressionnante, surtout à la suite d’une production réalisée dans un milieu pandémique.

Pour couronner le tout, la remise des prix.

Tout d’abord, la mention spéciale :  

Chapitre 3, réalisé par Adèle Saulnier, Éléonore Turcotte, Mia Ratel, Tristan Silva et Frédéric Carrier, d’après un scénario de Meagan Babin-Alexandre.

Puis, les gagnants ex aequo, qui représenteront le CVM au festival intercollégial de cinéma étudiant, du 2 au 4 juin prochain :  

Dernière minute, réalisé par Marlène Gaudreau, Justine Grivegnée Bariber, Félix Legault-Dignard, Hermine Revel et Ève Myette, d’après un scénario de Hermine Revel. 

J’suis pas ma mère, réalisé par Sara Lefort-Dupras, Béatrice Poirier-Pouliot, Odile Chevrier et Samara Carbajal Branez, d’après un scénario de Rosemarie Raymond-Duhamel.

Les films seront disponibles sur la chaîne Vimeo du programme Arts, lettres et communication — Option Médias du CVM l’an prochain, une fois que sera terminée leur période d’éligibilité dans différents festivals professionnels.

Cannes : Un festival mythique

Depuis l’an 2000, Marc Cassivi et Marc-André Lussier couvrent tous les deux le festival de Cannes. Pendant douze jours à chaque année, ils visionnent plusieurs films qui vont sortir en salle quelques mois plus tard et regardent une compétition qui, à la fin, va attribuer une récompense convoitée : la Palme d’or. Les deux journalistes publient un livre pour raconter leur festival, pour raconter « Cannes au XXIe ».

Dans ce livre dont le nom est doré s’inscrit sur la page couverture (un bel objet), les deux journalistes se remémorent les éditions des vingt dernières années. Ils n’ont sauté que celles de 2003 et 2020 (la COVID-19 a eu raison de cette dernière). Une sélection officielle a tout de même été faite. Ils ont couvert ensemble pendant plusieurs années, mais dorénavant, le festival est couvert en alternance. Cassivi une année, Lussier l’année d’après et ainsi de suite.  Cette année, cela sera au tour de ce dernier d’effectuer le voyage, dans un contexte (pour le moins) différent et incertain. Pourquoi Cannes en particulier ? Parce qu’une sélection à Cannes est beaucoup plus prestigieuse comparativement à celles des autres événements du même type comme à Venise ou Toronto.

En entrevue avec L’Exilé, les deux journalistes expliquent que l’idée derrière ce livre est de souligner le fait que depuis 20 ans, ils couvrent tous les deux le festival. Cela fait partie d’une « obsession des chiffres ronds », explique Marc Cassivi qui ajoute que c’est une « boucle intéressante à boucler ».
L’idée de raconter ce qu’ils ont vu depuis leurs débuts là-bas. Comme le décrit Marc-André Lussier, « bien des choses ont changé en vingt ans ». 

Vingt ans, c’est l’occasion de faire une rétrospection et de se demander ce qui a changé depuis deux décennies. Lussier affirme sans hésitation que les réseaux sociaux ont eu un effet déterminant sur la critique. Côté cinéma, l’arrivée de plateformes comme Netflix a fait changer les choses dans le milieu du cinéma. Un débat a par ailleurs déjà eu lieu il y a quelques temps à Cannes. Selon les règles de l’événement, un film faisant partie de la fameuse sélection officielle doit être obligatoirement être présenté en salle. Voir un film sur un grand écran, est une expérience qui est fortement différente comparativement au visionnement d’un film sur un ordinateur ou un écran de télévision. Rédigé par Marc Cassivi, le chapitre intitulé « La polémique Netflix », qui aborde l’édition de 2017, résume très bien toute l’histoire entourant ladite plateforme — histoire qui n’est pas encore terminée d’ailleurs. Cassivi croit que la pandémie marquera le milieu cinématographique, tant du côté du festival que dans l’industrie au sens large. Une question se pose même aujourd’hui : « Qu’est-ce qu’un film de cinéma maintenant? » 
Lussier cite, à titre d’exemple, Roma d’Alfonso Cuarón (2018) : « Cela a beau avoir été produit par Netflix, ça reste un grand film de cinéma même si la plupart des personnes l’ont vu sur la plateforme que sur grand écran. »

 « Il y a eu des années moins inspirantes que d’autres » affirme M. Cassivi. Les années où des films québécois — notamment ceux de Xavier Dolan — ont été sélectionnés l’ont beaucoup marqué. 2014, année où le film Mommy était présenté, s’est annoncé particulière : « Cela a été un film coup de cœur, c’est là qu’il s’est fait remarquer selon moi ». Présent lors de la projection, le journaliste a chronométré 12 minutes d’ovation. Il ajoute que la meilleure programmation qu’il a vue est celle de 2019, l’année du film Parasite de Bong Joon-ho notamment.  Marc-André Lussier souligne que Dolan, encore jeune et peu connu de la scène internationale à l’époque, a fait fureur dès 2009.  « Xavier sortait de nulle part et là il arrive avec son film. Il devient la coqueluche du festival ! C’est vraiment incroyable ! »

Une ambiance

Le livre permet également d’en savoir un peu plus sur ce festival prestigieux et sur l’ambiance qui y règne. « À Cannes, c’est particulier ! ». Côté journalistique, c’est un festival où « des journalistes peuvent donner leur avis vocalement ». Cela peut être un énorme silence à la fin d’une projection comme cela peut être une énorme ovation. Les deux journalistes ont un accès aux projections de presse et également aux projections officielles. Ils fréquentent principalement celles réservées à la presse, mais ils assistent également aux projections officielles dans des cas précis. Lorsque c’est un film québécois par exemple. Leur accréditation les aide beaucoup à accéder à ces dernières. Un passage du livre est consacré à la hiérarchie des « badges » qui existe au festival. Pour La Presse, le plus haut niveau de badge qui existe (le blanc) a été accordé à ses journalistes il y a quelques années maintenant puisque le média fréquente le festival depuis de nombreuses années. Bien avant le début des années 2000.

Il y a également les soirées auxquelles Marc Cassivi a surtout assisté. Ces soirées sont plus sélectes et le badge n’est pas du tout utile puisqu’une invitation y est obligatoire. Pour y assister, il faut développer des contacts. M. Cassivi dit qu’il ne s’est pas trop censuré dans le récit de ses soirées, certaines choses s’étant produites dans quelques de celles-ci ne se racontent pas trop dans un livre.

La population de Cannes est composée précisément de 73 965 personnes d’après les derniers chiffres sortis en 2018. C’est une petite ville tranquille au bord de l’eau et tout d’un coup, les limousines arrivent, les journalistes également. Selon les organisateurs du festival, ce sont plus de 4000 journalistes et de nombreux professionnels du cinéma qui sont présents à l’événement chaque année.  Lorsque toutes ces personnes arrivent, c’est signe que le festival de Cannes est commencé. Dans le cas des deux journalistes qui nous intéressent, ils arrivent 48 heures à l’avance. Pourquoi ? En 2006, Marc-André Lussier est arrivé le jour même de l’ouverture et une annonce de dernière minute est arrivée : un visionnement de presse du très attendu film Da Vinci code est organisé. À la dernière minute. Depuis, les deux Marc arrivent à l’avance pour éviter ces mauvaises surprises. À leur arrivée, ils voient une ville tranquille. Ils ont déjà vu l’installation du fameux tapis rouge. Le jour du palmarès, il y a beaucoup moins de monde. Après le palmarès, c’est le calme après la tempête : le tapis rouge se fait retirer, des personnes partent et Cannes retrouve son statut de ville tranquille… Pour 365 jours.

Un festival prestigieux

Créé en 1946, Cannes est aujourd’hui l’un des festivals de films les plus prestigieux au monde voire le plus prestigieux. « Je pense que ce qui fait sa particularité, c’est son caractère exclusif. Il y a à peine une cinquantaine de longs-métrages qui sont sélectionnés contrairement à Berlin ou à Toronto qui en sélectionnent 350. À Cannes, une sélection c’est très prestigieux par rapport aux autres festivals. Et ça l’est encore. » affirme Marc-André Lussier. Marc Cassivi, quant à lui, se questionne sur l’effet qu’aura la pandémie sur le circuit des festivals: « Je me demande dans quelle mesure les habitudes des gens auront changé. On a vu aux États-Unis cette semaine que le box-office va mieux. Dans quelle mesure, les plateformes auront pris encore plus de place et est-ce que Cannes va s’adapter ou est-ce que Cannes va continuer à être le dernier bastillon qui résiste à l’envahisseur des plateformes ? Cela risque d’avoir un impact sur son avenir. »

Notre avis

Cannes au XXIe est un livre très intéressant, enrichi par le regard de deux journalistes d’expérience œuvrant dans la section culturelle de La Presse. Si vous êtes cinéphile, ce livre est assurément pour vous. Le livre énumère leur regard de vingt éditions. Comme écrit plus haut, en vingt ans, les temps ont énormément changé. La passion des auteurs — l’un d’entre eux utilise même le thème officiel du festival comme sonnerie de téléphone — transparaît dans chaque chapitre, à la fin desquels on retrouve d’ailleurs le palmarès des films de l’édition. Bref, il s’agit d’une excellente occasion d’en savoir un peu plus sur ce mythique événement.

Cannes au XXIe 
Marc Cassivi et Marc-André Lussier 

Publié aux éditions Somme toute 
Disponible en librairie 

Stacey Ryan : La reine du jazz sur TikTok

Avec la virtualisation des services depuis le début de la pandémie, nous avons observé des entreprises comme Amazon, Uber et les services de streaming prendre de l’ampleur et devenir, dans certains cas, des incontournables du confinement, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Si un réseau a réussi à se développer de façon similaire, c’est TikTok; l’application de création et de partage de vidéos. Ce phénomène international offrant un nouveau médium pour plusieurs disciplines, je désire bien évidemment mettre l’accent sur son impact dans le milieu de la musique émergente. Quoi de mieux pour ce faire que de présenter une musicienne montréalaise méconnue sur la scène locale, mais qui a su utiliser à bon escient la plateforme et se créer une véritable réputation surtout aux États-Unis : Stacey Ryan. Avec l’été qui approche, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec elle pour vous la présenter et ainsi vous permettre de tomber sur ses petites perles par un matin ensoleillé ou pendant une soirée au parc.

Stacey Ryan est une chanteuse multi-instrumentiste montréalaise qui commence la musique très jeune au piano et au chant. Elle poursuit au secondaire dans le programme de musique de l’école Cité-des-Jeunes et fait sa technique au Cégep de Saint-Laurent. Elle est actuellement à l’Université de Montréal en baccalauréat d’interprétation à la faculté de musique et produit de manière régulière des reprises et des créations originales sur Instagram, YouTube et TikTok. Autodidacte à la guitare et nouvellement à la basse, elle mélange les instruments à son piano et sa voix, variant les plaisirs auditifs.

Au début de l’été 2020, alors que les autorités confirment l’étrangeté de la saison dans laquelle nous nous engageons, Stacey décide d’accorder plus de temps à son compte TikTok et commence à publier plus régulièrement. L’ajout d’une nouvelle carte de son à son arsenal la pousse à découvrir ces nouvelles possibilités d’enregistrement, sans aucune attente. Une première vidéo prend de l’ampleur en juillet 2020, ironiquement alors qu’elle est réalisée un peu sur un coup de tête.

Stacey Ryan (S.R.) : « Il était trois heures du matin, j’étais dans ma garde-robe pis je chantais une toune sur du karaoké. Voir que toutes les autres vidéos que j’ai faites avec ma guitare, mon micro pis qui sonnent bien aient moins pogné. » 

En effet, c’est un sujet important à aborder : TikTok, oui, mais quel rôle détient l’algorithme? Quoi en penser ? Stacey est partagée. D’une part, c’est une façon simple et accessible de se faire connaître, mais d’autre part, le travail effectué n’est pas mis en valeur ni même tout le temps considéré par l’application. Tout est principalement défini par les modes, souvent appelées trends.

S.R. : « C’est eux qui choisissent s’ils montrent ta vidéo ou pas. Tu peux travailler super fort pis ça pogne : tu as plein de vues, tu gagnes plein de followers. Mais des fois tu fais la même chose pis là : rien. » 

C’est un succès qu’on peut qualifier d’aléatoire, mais la chanteuse tient quand même à préciser que plusieurs avenues se sont ouvertes à elle lorsque la popularité l’a touchée. Sur sa page Instagram et sa chaîne YouTube, entre autres, elle a pu se permettre de produire des vidéos plus longues de pièces complètes et surtout de pièces originales. Percer sur les deux plateformes précédemment nommées étant plus difficile, la notoriété de sa page TikTok, qui s’élève à plus de 400 000 abonnés en juin 2021, lui a permis de subsister sur ces plateformes et même de financer un peu la production grâce à YouTube.

Cependant, par-dessus tout, la musicienne parle avec vigueur des connaissances qu’elle a faites sur TikTok. C’est l’élément le plus important dont elle a bénéficié.

S.R. : « Au début, rencontrer du monde par Internet, je trouvais ça weird parce que je n’avais jamais fait ça, mais là sur TikTok, j’ai rencontré plein de bons amis », dit-elle en mettant l’accent sur le « bons ».

En musique, Stacey a tout pour plaire. Que ce soit au piano ou à la guitare, sa compréhension des pièces qu’elle interprète et son aisance dans les progressions harmoniques lui permettent de s’accompagner brillamment. Il faut savoir qu’elle nage dans le soul, le R&B, le jazz, le funk, le folk et j’en passe. Tous ces styles sont maîtrisés avec brio et son jeu instrumental s’agente toujours avec eux, mais surtout avec sa voix. Incroyable chanteuse, c’est ce qui m’abasourdi de la savoir si peu connue localement. C’est une musicienne de grand talent qui réussit à faire des prestations impressionnantes avec sa voix flottante, presque modelable au gré des pièces, et très versatile. Avec sa voix claire et précise au registre considérable, elle nous offre même des solos improvisés tout aussi intéressants et riches. Signez-là, quelqu’un ! 

Pour la suite, rien ne presse. Elle a plusieurs pièces originales d’écrites et aimerait certainement les enregistrer. Seulement, ça prend de l’équipement, du temps, de l’argent et la possibilité de pratiquer en groupe, ce que la pandémie rend difficile. Néanmoins, elle réfléchit à sortir un projet de reprises folk en lien avec une série de vidéos sur lesquelles elle travaille depuis quelque temps. 

S.R. : « Je me suis dit : Pourquoi ne pas prendre les audios de mes vidéos folks, les mettre dans un EP pis les rendre accessibles en streaming? Here you go! On ne gagne rien à mettre notre musique sur Spotify, mais tout le monde me le demande. Tu les voulais? There it is. »

À suivre…

Est-ce qu’on aura répondu à tous les questionnements par rapport à TikTok ? Malheureusement, non. Est-ce qu’on peut considérer la plateforme comme une nouvelle façon légitime et notable pour faire valoir la musique émergente ? Je pense bien que oui. Les temps sont toujours durs pour les artistes, encore plus depuis un an, ne snobons donc pas une plateforme qui en regorge, tout en n’oubliant pas, malgré tout, ses limites. Je vous encourage donc vivement à suivre Stacey Ryan, ne serait-ce que pour vous réveiller et tomber sur une de ses rayonnantes vidéos qui annoncent une bonne journée. En espérant pouvoir apprécier bientôt son travail en personne dans un club de jazz à Montréal ou ailleurs, sait-on jamais.

Pour suivre Stacey Ryan : https://linktr.ee/staceyryanmusic

Vous êtes musicien.nes, vous cherchez de la visibilité, que vous alliez au Cégep du Vieux Montréal ou non, contactez-moi et je me ferai un plaisir d’écouter votre travail. 

Soigner la technologie? : Le nouveau cahier d’enquêtes du collectif Stasis

Collaboration écrite avec Marianne Dépelteau

Stasis est un groupe d’enquête qui approche des phénomènes et des acteurs sociaux pour faire une mise en commun de la pensée. Des militants.e.s, des universitaires et d’autres citoyen.ne.s actifs.ves se sont rencontré.e.s lors de luttes politiques et aujourd’hui, le réseau s’étend à l’international. Le mélange de la réflexion et de l’imaginaire est à la base d’organisation d’évènements, de séminaires et de publications annuelles comme le cahier d’enquête Soigner la technologie? publié en 2021 par ce même collectif et du GRIP-UQÀM.

Le collectif Stasis est un groupe qui enquête sur des enjeux sociaux politiques en faisant appel à la sociologie, l’anthropologie et la philosophie. Les membres se sont rencontré.e.s lors de luttes politiques, comme celle de la grève étudiante de 2012. Époque où les questions sociales demandaient plus de réponses, ils ont voulu démystifier d’importants enjeux de la société afin d’éclairer la prise de position que la population doit faire. C’est d’ailleurs de là d’où vient le nom de « stasis », qui évoque la guerre civile dans la Grèce antique, soit le conflit qui vient fragmenter la Cité selon les travaux de Nicole Loraux et Giorgio Agamben. « La continuation de l’état présent des choses, même s’il est dans une apparence de paix et de stabilité, c’est déjà la destruction de plusieurs mondesm, particulièrement au vu des ravages écologiques », mentionne Annabelle Rivard Patoine, membre du collectif. Stasis est la pour « fragmenter le voile unitaire sur ce qui se passe à l’échelle mondiale », dit son collègue, Nicolas Gauthier. L’État étant divisé, la population doit prendre parti pour avancer.

Par le biais d’évènements, de séminaires et de publications annuelles comme Soigner la technologie?, le collectif cherche à informer ses auditeurs.trices et ses lecteurs.trices sur les différentes luttes qui se font entendre et ce qu’iels devraient savoir à propos d’elles. D’ailleurs, dans son premier cahier, Stasis enquêtait sur le rapport au territoire et à la question identitaire, comme le fait de se questionner sur le territoire du Québec, alors qu’il appartient de droit aux Premières Nations.

Résumé des textes

La nouvelle d’Ève C., Anoptikon, lance le bal en plongeant le lecteur dans l’univers technologique montréalais et expose nos connexions aux rouages de capitalisme technophile. Olivier Lanctôt, deuxième auteur de ce cahier, tente de dévoiler les « techniciens de l’ombre » qui manipulent un texte caché, aspect du code informatique. C’est ici que sont présentés les daemons, invisibles et temporels, qui traînent notre vie technologique au travers de laquelle ils nous observent. Dans une même ligne d’idées, Samuele Collu et Jean-Philippe Bombay défendent la thèse selon laquelle certaines technologies servent comme arme au capitalisme pour modeler nos psychés et nous rendre dépendant.e.s. Une autre question posée par ces auteurs; « lui a-t-on déjà dit oui avant de pouvoir lui dire non? » Lena Dormeau et Coline Fournot tentent déjà d’y répondre en prenant comme piste de réflexion le consentement et son ambiguïté. Un retour aux daemons se fait en éclairant la violation du consentement par eux et par les appareils répressifs et/ou addictifs.

Stasis présente aussi une enquête sur les matières plastiques jetées dans l’océan et sur le ressenti humain face à cette situation avec l’article « (Re)médiations sepctrales : enquête holographique sur fonds diffus de matière plastique » par Marie Lecuyer. On retrouve aussi une entrevue en anglais avec Sabu Kohso qui parle du désastre nucléaire de Fukushima au Japon et l’article « L’existence capsulaire » de Ségolène Guinard parlant de l’utopie provenant des années 60 d’habiter à l’extérieur de la Terre et où les termes cosmopolitique et cosmicologie prennent leur sens. Enfin le carnet se termine avec un texte de Nicolas Gauthier et Annabelle Rivard Patoine, « Technique et histoire : au coeur de l’écoumène » qui « tentent de dévisager avec lucidité et effroi l’emprise des technologies sur le temps et l’espace », comme le mentionne l’éditorial de l’ouvrage, et qui reprend le titre d’un séminaire mené par le collectif.

Choix littéraires

Dans le cahier, les auteurs.trices se sont permis d’exploiter quelques formes de textes, comme le récit et l’entrevue, mais la plupart restent basé.e.s sur des références académiques et se rapprochent du niveau d’articles universitaires. À dire vrai, plusieurs auteurs.trices sont retourné.e.s aux études, ce qui a teinté leur écriture. En effet, on remarque que certains textes sont écrits en anglais et que les citations en anglais dans les textes en français ne sont pas traduites. Sans oublier qu’un vocabulaire inclusif avec des termes comme « iels » et « celleux » sont présents dans l’ouvrage. Des prinicpes qu’on utilise beaucoup plus dans les pratiques du milieu féministe. Cependant, voulant s’éloigner des codes littéraires et scientifiques universitaires, le collectif a misé sur « un ton plus éditorial et créatif », souligne Mme Rivard-Patoine.

Liens avec la science

En vue d’obtenir un plan plus large et dans la volonté d’éviter les limites de la méthodologie scientifique, le collectif tente de faire le pont entre le monde académique et celui du militantisme. L’interdisciplinalité est aussi transparente dans les textes, qui se basent tamtôt sur la sociologie, tantôt sur la philosophie politique, le tout appuyé sur une littérature plus militante et profane que scientifique. Quelques publications universitaires ont servi à nourrir la pensée des auteurs.trices, mais le vrai chef du processus créatif est l’imagination.

Le cahier d’enquête Soigner la technologie? est disponible en version papier dans certaines librairies montréalaises, dont Zone Libre, Le Port de tête, La Bouquinerie du Plateau et L’Euguélionne, librairie féministe. Un format numérique est également accessible sur le site Le Pressier. Un troisième cahier est à prévoir, mais le collectif ne s’est pas prononcé davantage.

Découvertes musicales du mois d’avril 2021

La fin de session approche (peut-être êtes-vous déjà dedans). Dans tous les cas, j’écris encore sur de la nouvelle musique pour relaxer entre deux examens ou pour une session d’étude intensive. Tous deux sortis en mars 2021, les projets que je vous propose ont en commun le renouveau d’une identité artistique. J’ai donc eu l’opportunité de m’entretenir avec les principaux intéressés pour vous présenter Le grand héron d’Alexandre Duguay et Printemps de Filpo.

Le grand héron – Alexandre Duguay

Né dans une famille de musiciens, Alexandre Duguay commence son parcours musical en piano et en chant classique, puis touche au jazz au secondaire et poursuit son exploration en s’inspirant de plusieurs genres, allant même plus récemment jusqu’au rap et au beatmaking. C’est en cherchant une nouvelle façon de présenter ses projets qu’il décide d’effectuer un travail complètement solo. Avec l’apprentissage autodidacte de la guitare et une période de nouvelles découvertes musicales plus proches du folk, c’est en partie pour se mettre au défi et découvrir tout ce dont il est capable qu’il se lance dans la création de Le grand héron.

Alexandre Duguay (A.D.) : « Ce projet-là, je l’ai enregistré moi-même dans mon salon, j’ai fait la guitare, le piano, la bass… tout ce qu’on entend! J’ai même fait le mix! »

Le grand héron, c’est un EP touchant. Je dis touchant, car c’est le premier effet que j’ai ressenti après l’écoute. Avec ses airs doux à la voix et ses harmonies recherchées, tantôt rafraichissantes, tantôt conflictuelles, il émane de chaque pièce une énergie qui crie l’émotion. Le mélange d’instruments qu’on entend à un moment ou un autre dans le EP crée chaque fois un nouveau son, une nouvelle couleur musicale et ça rend le tout encore plus agréable. C’est envouté par la guitare sèche caractéristique de tous ses morceaux qu’Alexandre Duguay nous fait traverser des textes empreints de poésie.

A.D. : « C’est un désir de créer pis de le faire entièrement en français avec un langage plus poétique, un peu vaporeux, rêveur. J’aime que les textes donnent l’espace à l’interprétation. »

La suite pour Alexandre : il n’y a rien de coulé dans le béton. Cette nouvelle identité musicale lui plait et il dit souhaiter conserver une certaine uniformité stylistique, mais le désir de recherche de nouveaux sons demeure toujours en lui. On peut peut-être s’attendre à des collaborations ou à encore plus d’instruments joués par une seule et même personne! Dans tous les cas, comme Alexandre le dit si adroitement, c’est un projet qui porte bien son nom, « à l’image du grand héron : patient, solitaire », mais j’ajouterais : « et majestueux ».

Printemps – Filpo

Créé un peu avant la pandémie, Filpo est le nouveau groupe du guitariste, chanteur et auteur-compositeur Paolo Philpot, anciennement à la tête de Cherry Chérie. Avec Gabriel L’Heureux à la basse, Gabriel Lapointe à la batterie et Paul Aubry aux claviers, le quatuor se lance dans le rock indie le plus total avec l’album Printemps. Le groupe, alors sans nom, entre en studio au début de l’année 2020 pour enregistrer certaines pièces et se construire une nouvelle identité sonore, mais l’arrivée de la Covid-19 vient changer la donne. Les concerts étant en temps normal leur principale source de revenu en tant que musiciens indépendants, Paolo et ses camarades doivent tout d’un coup retrouver une certaine stabilité autrement. Malgré tout, pour le projet Filpo, la pandémie aura mis en marche certaines choses.

Paolo Philpot (P.P.) : « La pandémie nous a permis de réfléchir à comment on allait présenter ça au public pis de prendre la décision de lancer un nouveau projet. »

En mars 2021, le groupe nous offre donc un album de 10 plages traversant un vaste tableau de couleurs et d’environnements. C’est ce qui fait tout le plaisir lors de l’écoute : l’évolution, le changement. En plus de caractériser l’album pour ses créateurs, ces thèmes s’entendent dans sa construction et dans la musique même. Chaque pièce suit son propre chemin, assurant ainsi une constante nouveauté durant la découverte de l’album.

P.P. : « Les thématiques de l’album, c’est beaucoup le renouveau, le changement. Ça parle d’amour : de là le titre Printemps. »

À travers les solos de Paul Aubry et les riffs de Gabriel L’Heureux, les textes de Paolo, agrémentés par le jeu puissant de Gabriel Lapointe, passent comme une flèche et nous font vivre ou revivre ses désirs d’émancipation, de revendication et de recherche de soi dans lesquels on se retrouve tous. Un rock aux synthétiseurs très 1970 à l’inspiration punk et à forte tendance 1990 : la recette du bonheur.

P.P. : « Les textes et leur écriture sont très importants pour moi. Je m’inspire beaucoup de jeunes poètes québécois, de la littérature. Je voulais vraiment inscrire le projet dans la tradition québécoise de la chanson. C’est un peu le pont entre le côté anglo-saxon du rock et les textes plus québécois, avec une dimension collective et sociale. »

Avec l’été qui vient, difficile de dire ce qui sera possible côté concerts, mais l’idéal pour Filpo serait d’avoir l’occasion de performer en spectacle avec son nouvel album et le présenter au public en direct. Sinon, ce sera du nouveau travail de studio. « Difficile de relancer la création quand on n’a pas eu la chance de jouer notre musique », explique l’auteur-compositeur. Pour l’instant, je ne peux que vous recommander d’aller écouter Printemps en masse et d’encourager ces excellents musiciens, en attendant de pouvoir apprécier le tout en personne.

Retrouvez Filpo sur Instagram et Facebook.

Vous êtes musiciens, vous cherchez de la visibilité, que vous alliez au Cégep du Vieux Montréal ou non, contactez-moi et je me ferai un plaisir d’écouter votre travail.

Exposition virtuelle des finissantes en Design et présentation

Du 5 au 8 mai au Cégep du Vieux Montréal, les finissantes du programme Design et présentation vous invitent à leur exposition qui marquera la fin de leurs études collégiales.

L’événement devait être accessible au public qui aurait pu aller voir le résultat directement au cégep, mais il sera seulement ouvert aux personnes invitées par les étudiantes. Comme plusieurs expositions présentées dans diverses institutions culturelles, l’événement sera toutefois accessible virtuellement grâce à Matterport, une entreprise permettant de voir une exposition en 3D comme si on y était. L’équipe présente l’événement comme une exposition « immersive et apte à faire plonger les gens dans un univers aussi mémorable qu’étonnant ». Vous trouverez davantage de détails sur le compte Instagram de l’événement.

Découvertes musicales du mois de mars 2021

Toujours en recherche de nouveauté, je me suis tourné vers une musique aux couleurs du soul, du rap et de la pop pour le mois de mars. Sans le remarquer, deux thèmes semblent revenir dans mes trois découvertes : l’introspection et le ressentiment personnel. Projets que j’attendais, musiciens découverts récemment, voici trois artistes qui ont sorti de la nouvelle musique dans le dernier mois. Je vous présente donc Magi Merlin, Nomad et Meloire.

Magi Merlin – Drug Music

Excellente chanteuse à la voix particulièrement libre et malléable, Magi Merlin offre un EP qui, avec ses sons graves et lents, semblent pesants, lourds, comme si elle sortait un poids d’elle-même pour nous l’offrir en musique. Un univers sonore complet et complexe se crée autour des quatre plages du projet et nous entraîne dans cette écoute. À la croisée entre le néo-soul très présent et le RnB, j’entends également des couleurs du jazz et particulièrement du gospel dans ses harmonisations et dans ses choix d’instrumentation. Les pistes s’entremêlent et se superposent dans lesquelles sa voix est complémentée de chœurs et de fioritures chantées, le tout dans cette étagement musical dichotomique entre l’onirique et l’écrasant. Vraiment, un magnifique projet.  Réalisé par un artiste dont j’ai déjà parlé, Funkywhat, c’est avec la même adresse que ses beats se mélangent à merveille aux chansons et à la voix de Magi. Évidemment, Magi Merlin ne se résume pas à cet EP. C’est pourquoi, pour découvrir cette artiste, je vous recommande aussi tous ses singles sortis auparavant et son autre EP On My Way to the Listening Party qui sont tous aussi réussis. Personnellement, j’ai un faible pour sa chanson Sit with your friends. En somme, une artiste à garder à l’œil et si je ne vous ai pas convaincu, l’écoute de Drug Music le fera à ma place.

Nomad – Zéro

Musicien dont je suivais déjà le travail et album que j’attendais, vous l’avez peut-être entendu avec Kirouac et Kodakludo sur FEU de leur album AMOS, ou avec l’artiste et beatmaker Abadie, Nomad est un rappeur prometteur qui a sorti son premier projet solo le 26 mars 2021. Dans un message partagé sur sa page Instagram, il nous fait comprendre que ce n’est pas le EP qu’il voulait sortir, mais celui qu’il devait sortir, avec des pièces qui lui ressemblent plus et qui sont témoins de sa vie. C’est tout à son honneur puisqu’on le ressent très bien dans sa musique et particulièrement dans ses textes. Plusieurs peuvent certainement être rejoints par son écriture qui semble même évoluer durant le EP. Passant d’un message plus difficile, représentatif d’un moment précis au début du projet, et allant jusqu’à Bad Vibes, la dernière pièce, dans laquelle on écoute une certaine acceptation, comme une arrivée à une nouvelle étape. En musique, c’est une production minutieuse et un rap souvent chanté qui me fait penser aux couleurs franco-européennes. Toujours une belle évolution dans l’instrumentation et dans les beats, on écoute des environnements sonores différents et variés qui fonctionnent très bien avec le propos. Nomad réussit vraiment à nous faire voyager avec lui dans ses textes et sa musique. À écouter d’un trait pour bien en profiter.

Meloire – Les enfants seuls

Je voulais terminer par vous présenter rapidement Meloire, un jeune artiste dont nous avons eu la chance d’entendre le premier projet au printemps passé avec le single Mouth Closed. Le 12 mars 2021 sortait son troisième single Les enfants seuls et je trouvais important de le présenter, aussi simplement faut-il, car il mérite d’être surveillé. Jouant sur la frontière entre la musique électronique et le chant avec ce qui pourrait s’apparenter au rap, Meloire présente des pièces chantées par-dessus une instrumetation électronique complètement faite maison. Je mets l’emphase sur sa production, soignée et particulièrement bien mixée, puisque ça le fait réellement briller. Texte particulièrement frappant, Les enfants seuls présente la réalité d’un jeune artiste se cherchant à l’aube de l’âge adulte. Une réalité partagée par plusieurs jeunes, surtout en ce moment, tous confinés, tous seuls. En conclusion, de beaux textes, une construction de l’instrumentation recherchée et une utilisation personnelle de la voix. J’ai très hâte de voir son développement futur.

Vous êtes musiciens, vous cherchez de la visibilité, que vous alliez au Cégep du Vieux Montréal ou non, contactez-moi et je me ferai un plaisir d’écouter votre travail.

10e édition du PCCQ : Quel film remportera le prix?

C’est aujourd’hui qu’ont débuté les délibérations nationales du Prix collégial du cinéma québécois (PCCQ). Rassemblant des représentants de 54 collèges, ces délibérations virtuelles, pandémie oblige, couronneront un des cinq films en lice pour ce prix: Prix qui en est à sa dixième édition. Qui le remportera? Voici un tour d’horizon des films en lice.

Jusqu’au déclin (Patrice Laliberté)

Photos : Couronne Nord – Courtoisie

Premier film québécois distribué par Netflix, Jusqu’au déclin raconte l’histoire d’Antoine (Guillaume Laurin), un père de famille, qui participe à un camp survivaliste donné par Alain (Réal Bossé). Camp situé en pleine forêt qui a pour but de les entraîner en cas de catastrophe. Tout bascule toutefois lors d’un accident.

Nadia, Butterfly (Pascal Plante)

Photos : Maison 4:3 – Courtoisie

Deuxième long-métrage de Pascal Plante et sélectionné pour la sélection officielle 2020 du festival de Cannes, Nadia, Butterfly suit Nadia Beaudry (Katerine Savard), une nageuse de l’équipe canadienne qui va prendre sa retraite. Certains ne veulent pas mais elle est sûre de sa décision. Faits intéressants : l’actrice principale est elle-même une nageuse et le film se déroule aux Jeux Olympiques de Tokyo.

Les Rose (Félix Rose)

Photos : Office National du Film – Courtoisie

Documentaire distribué par l’Office national du film du Canada (ONF) qui montre un portrait de Paul Rose, figure marquante de la crise d’octobre. Fils de celui-ci, Félix Rose tente de comprendre ce qui a mené son père ainsi que son oncle (Jacques Rose) à participer à ce mouvement et ainsi, commettre l’enlèvement du ministre Pierre Laporte. Ce film est sorti en août 2020 alors que l’on allait souligner les 50 ans de la crise d’octobre.

Mafia Inc. (Daniel Grou/Podz)

Photos : Les Films Séville – Courtoisie

Film dont l’action se déroule en 1995, il met en vedette Vincent « Vince » Gamache (Marc-André Grondin) qui est proche du parrain de la mafia montréalaise (Frank Paternò joué par Sergio Castellitto). Celui-ci lui confie davantage de responsabilités contrairement à son fils Giaco (Donny Falsetti). Tout ça à travers une histoire douteuse de construction de pont reliant la Sicile et le sud de l’Italie. Éventuellement, un geste posé par Vincent dépassera les limites émises par le parrain.

Je m’appelle humain (Kim O’Bomsawin)

Photos : Maison 4:3 – Courtoisie

Documentaire qui relate l’histoire de la poétesse innue Joséphine Bacon. La réalisatrice suit Joséphine Bacon sur les lieux qui ont marqué sa vie. On va par exemple sur un lieu qui n’existe plus, qui est devenu une station-service qu’a fréquenté Joséphine Bacon lors de son arrivée à Montréal à la fin des années 1960. Le film se déplace également vers le Nushimit, une terre ancestrale située sur la Côte-Nord, près de Baie-Comeau.

Le film gagnant sera annoncé le samedi 27 mars, soit demain, à la fin des délibérations nationales.

Lumière sur les étudiants en danse contemporaine

Au Cégep du Vieux Montréal (CVM), on retrouve deux techniques formant les danseurs de demain : Danse – interprétation contemporaine, affiliée avec l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCM), et Danse – interprétation classique en partenariat avec l’École Supérieure de Ballet du Québec. Étudiante dans le programme en contemporain, je voulais mettre la lumière sur le quotidien que vivent mes camarades de première année, ainsi que sur la formation en général.

Fondée en 1981 par Linda Rabin et Candace Loubert, l’École de danse contemporaine de Montréal a pour objectif de former des interprètes en danse contemporaine. Située depuis 2017 dans l’édifice Wilder à côté de la Place des Arts, elle est associée avec le CVM afin de premettre aux étudiants d’avoir une formation collégiale complète sous forme de technique en trois ans. Les cours du tronc commun (philosophie, français et anglais) viennent s’ajouter aux cours spécifiques du programme en danse pour ceux qui prennent le cursus avec le cégep. En effet, certains danseurs ayant, par exemple, déjà complété un DEC ou d’autres études auparavant recevront leurs crédits pour les cours. Ce ne sont donc pas tous les étudiants de l’École de danse contemporaine qui sont inscrits au CVM.

Dans la peau d’un danseur de première année… en pandémie

Après un processus comportant deux auditions, la cohorte de première année se constitue normalement d’environ 25 étudiants du Québec, d’autres provinces du Canada, mais aussi de l’international. Cependant, par les temps qui courent, les danseurs provenant de l’extérieur du pays n’ont pas pu se joindre et d’autres étant entrés en septembre ont préféré quitter le programme à cause du climat pandémique. La cuvée 2020-2023 est donc maintenant constituée de 11 personnes.

Au programme, du lundi au vendredi, trois cours d’une heure trente minutes ayant une pause d’une demi-heure entre chaque classe, le matin, en présentiel à l’EDCM. Ils commencent à 8h et finissent à 13h30. On débute en barre pour danseurs contemporains ou en entraînement connexe, suivi d’une classe de technique contemporaine et d’un cours de recherche créative, de composition chorégraphique ou d’interprétation. L’après-midi, vers 15h, les cours principalement théoriques sont donnés en virtuel, soit les classes spécifiques au programme (danse et société, anatomie pour la danse, éléments de composition, etc.), soit les cours du tronc commun ou bien des cours universitaires pour ceux quicontinuenet d’autres études en même temps. C’est un énorme changement à l’horaire habituel sans COVID-19 qui permet de plus longs cours, et ce, toujours en présentiel…

En raison de la pandémie, les studios ont été aménagés pour permettre la distanciation physique : des carrés au sol délimitent un espace individuel pour danser et les masques sont obligatoires depuis la rentrée et sont fournis par l’école. C’est également une contrainte pour les chorégraphies faites notamment dans le cours d’interprétation, car les déplacements entre les carrés peuvent uniquement se faire sans mettre les mains au sol.

Capacités physiques et mentales

Albert Einstein disait : « Les danseurs sont les athlètes de Dieu. » En effet, la danse est bien un sport, même si quelques-uns n’en sont pas convaincus. La danse contemporaine, comme plusieurs autres styles, demande d’importants efforts physiques. Un mélange de force musculaire et de mobilité doit être bien maîtrisé. C’est un long processus qui doit se faire notamment avec des exercices de renforcement individuel à l’intérieur ou à l’extérieur des cours. Un réchauffement avant le premier cours est notamment primordial afin de préparer le corps. Une salle d’entraînement et un physiothérapeute ou un ostéopathe sont disponibles une journée durant la semaine. Un travailleur social est également à la disposition des élèves. À l’EDCM, on apprend aux danseurs à devenir autonomes sur ces aspects importants. Les élèves étudient notamment plusieurs techniques de préparation du corps comme la technique Pilates ou le Feldenkrais et sont initiés aux différentes techniques de danse contemporaine dont les professeurs s’inspirent pour monter leurs cours.

Aussi, l’École de danse contemporaine de Montréal permet de développer un sens artistique aux danseurs en devenir. Durant les trois années de formation, sans oublier le camp d’été de trois semaines au mois d’août, le danseur cherche à se connaître davantage en tant qu’artiste, mais aussi en tant que personne. Écoute attentive du corps, improvisation et création sont au programme. On retrouve aussi une médiathèque qui regroupe un grand répertoire de vidéos de danse qui sont disponibles pour les étudiants.

Performance

L’EDCM permet aux étudiants de collaborer avec des chorégraphes reconnus de la scène québécoise et internationale, notamment Marie Chouinard, Virginie Brunelle, Frédéric Gravel, Hélène Blackburn, etc. D’autant plus que certains d’entre eux sont diplômés de l’école. Avec un total de cinq grands spectacles, soit un en première année et deux en deuxième et troisième année, les étudiants sont initiés aux processus de création, et ce jusqu’à la production finale, même en ces temps difficiles, car les représentations sont maintenant virtuelles. D’ailleurs tous les étudiants se préparent pour le spectacle de fin de session, soit du 19 au 22 mai pour les danseurs de première et de deuxième année. Quant aux élèves de troisième année, leur spectacle aura lieu du 26 au 29 mai.

L’école donne également la chance à ses élèves de créer des pièces avec le projet Incubateuroù, à chaque session, l’étudiant peut monter un solo sur lui-même ou une chorégraphie sur ses camarades qui sera présenté à un public. Cette année, en raison de la pandémie, ces projets ont été réalisés en vidéo et ont été publiés sur YouTube.

Tous ont vraiment hâte de retrouver les salles de spectacles afin de redécouvrir un public en chair et en os. Bien que les présentations virtuelles leur permettent de présenter leur travail, on ressent le manque de chaleur humaine. Après la réouverture des cinémas en zone rouge, on attend impatient celle des salles et des théâtres.

Chick Corea : cinq albums à découvrir ou redécouvrir

Février 2021 fut un mois de deuil pour la grande communauté du jazz à l’international en predant trois musiciens qui ont marqué les esprits. Les décès du saxophoniste Howard Johnson, du batteur Milford Graves et finalement du pianiste Chick Corea furent tout aussi attristants que fulgurants dans le cas de Chick. C’est sur ce dernier que portera cet article de recommandations musicales, Sans aucun doute l’un des pianistes les plus influents de son époque, je vous propose de découvrir en musique ce jazzman légendaire.

Un peu d’histoire

Amateurs de jazz, soyez indulgents. Ce n’est pas un tâche aisée que de résumer la carrière d’un monument en quelques centaines de mots, mais je me lance!

Chick Corea naît le 12 juin 1941 à Chelsea, dans le Massachussetts. Très jeune, son père trompettiste lui apprend le piano classique, étant d’ailleurs sa formation de base comme presque tous les musiciens de jazz de l’époque. En parallèle du piano, il apprend aussi la batterie, qui demeure encore aujourd’hui l’un de ses talents cachés. Chick est accepté dans les prestigieuses écoles de la Columbia University puis Julliard, mais quitte rapidement; c’est en jazz qu’il veut faire carrière. Dans ses débuts, on le voit jouer avec Cab Calloway, Blue Mitchell, et plusieurs spécialistes de la musique latine, élément qui deviendra central dans son style. Déjà reconnu pour son jeu, son premier album paraît en 1968 avec pour titre Tones for Joan’s bones.

Après cela, tout s’enchaîne. Il performe avec le saxophoniste Stan Getz et le trompettiste Miles Davis, une collaboration qui deviendra tournante dans son parcours alors qu’il deviendra membre du fameux quintette, et il enchaîne les sorties d’albums. Novateur, Chick Corea arrive pile au bon moment pour participer aux débuts du jazz fusion en participant entre autres au mythique Bitche’s Brew et est considéré comme un des fondateurs du jazz rock. Dans cete montée en 1971 le groupe Return to Forever qui sera un ensemble phare du mouvement fusion en alliant jazz latin que Chick chérit toujours. Sans cesse en création, le Chick Corea Elektric Band sort son premier album éponyme en 1986 dans lequel Corea explore encore plus les couleurs du synthétiseur, de la basse et de la guitare électrique en continuité avec le son qu’il avait commencé à créer avec Return to Forever. S’ensuit l’album Chick Correa Akoustic Band en 1989 avec le même batteur et bassiste que dans l’Elektric Band. On le voit alors revenie tranquillement à un jazz lus traditionnel dans la formation de ses ensembles et le son de ses albums sans jamais vraiment oublier son style.

Il participe à des dizaines de projets musicaux en plus des siens, notons entre autres les collaborations avec le vibraphoniste Gary Burton, le pianiste Herbie Hancock et le chanteur Bobby Mcferrin. Le 9 février 2021, le pianiste s’éteint, attaqué d’un cancer violent détecté tardivement. Une belle carrière aux multiples couleurs, aux multiples collaborations et aux multiples récompenses (il recevra 23 Grammys au total), Chick Corea ne cessa jamais d’impressionner, d’innover et surtout de jouer.

Dans le but de vous faire connaître le musicien et de vous inciter à écouter un peu de jazz, j’ai sélectionné cinq albums de sa discographie qui m’ont particulièrement marqué. Certains très connus, d’autres moins, j’ai essayé de trouver de la musique éclectique et variée qui sauront, je l’espère, plaire au plus grand nombre. Voici donc le pianiste Chick Corea.

Now He Sings, Now He Sobs (1968)

Afin que vous puissiez écouter un musicien en évolution, j’ai décidé de construire ma liste en ordre chronologique. Ainsi, si l’envie vous prend, vous pourrez écouter Chick Corea à différents moments de sa carrière. Je choisis de commencer par son deuxième album : Now He Sings, Now He Sobs. Sans le cacher, il faut dire que pour un non-initié, cet album peut paraître quelque peu ardu par moments, mais il en vaut complètement la peine. En trio avec Roy Haynes à la batterie et Miroslav Vitouš à la contrebasse, Chick est encore dans une volonté de découvrir, de rechercher et de se prouver. Je recommande la réédition de 2002 en CD dans laquelle sont ajoutés plusieurs enregistrements supplémentaires. Dans ces compositions presque toutes originales, le pianiste enchaîne les solos ininterrompus et les longs échanges musicaux avec ses collègues en reprenant un rythme de batterie ou une ligne de contrebasse. Malgré un jazz très moderne aux couleurs et aux rythmes libres et déjantées, on retrouve du post-bop très présent autant que du latin dans Bossa et un peu dans Samba Mantra de même que de l’exploration sonore dans The Law of Falling And Catching Up qui s’apparente au free jazz. Un musicien jeune et imaginatif, particulièrement inspiré et inspirant.

Crystal Silence (1972)

Collaboration mémorable qui deviendra représentative de la carrière des deux artistes, cet album de duo fait collaborer Chick Corea avec le vibraphoniste Gary Burton sur huit pièces dont cinq compositions originales. Un choix de pièces au tempo plutôt lent permet aux deux musiciens de développer des idées musicales sans se presser. Burton se mêle parfaitement au style latin de Corea pour allier swing et inspirations sud-américaines ou espagnoles. Toujours dans la découverte, les solos s’entremêlent, se juxtaposent et s’échangent du vocabulaire dans cet environnement souvent calme et facile d’écoute.  Le duo se retrouvera pour offrir de nouveaux albums et concerts. Un jazz relaxant et magnifique, une collaboration à écouter lors d’une soirée froide ou pour le plaisir de s’immerger dans leur univers musical.

Light As A Feather (1973)

Deuxième album de la formation Return to Forever créée par Chick un an plus tôt, l’album ne se fit pas attendre et reçut une réception aussi encourageante que la première. Sans doute la porte d’entrée pour plusieurs au jazz fusion et à la musique de Chick Corea, l’album et le groupe sont devenus mythiques. J’aurais pu parler du premier album du groupe (que je recommande évidemment), mais ce second, même s’il parait seulement un an plus tard, me semble encore plus accompli, comme la suite logique au premier. La formation de Chick Corea au piano électrique, Flora Plurim au chant, Airto Moreira aux percussions latines et à la batterie, Stanley Clarke à la basse et Joe Farell à la flute traversière et aux saxophones reprend le son sud-américain mêlé au fusion débuté dans le premier album et l’emmène vers des couleurs encore plus rock, annonçant la suite des travaux du pianiste. Des thèmes dansants aux harmonisations plus poussées par l’incorporation de la chanteuse qui se fait beaucoup plus présente transforme l’album en une véritable fête. De cet œuvre sortent des classiques comme Spain, You’re Everything ou Light as a Feather. Encore une fois je vous recommande la version 2 CD de 1998 dans laquelle vous aurez les enregistrements alternatifs ainsi que de nouvelles pièces que vous reconnaitrez peut-être de Crystal Silence.

The Chick Corea Elektric Band (1986)

Nouvelle formation, nouveau son, ce groupe nous projette dans une musique complètement différente: le jazz-rock. Il est formé de Scott Henderson et Carlos Rios à la guitare électrique, Chick Corea sur différents claviers ainsi que sur son Keytar caractéristique, John Patitucci à la basse électrique et Dave Weckl à la batterie. Les deux derniers étant aussi les membres d’un prochain trio, le Chick Corea Akoustic Band. Avec des ambiances à la croisée entre le pop-funk des années 1980 et le rock progressif, leur jazz-rock est reconnaissable entre autres par le jeu de Weckl, une batterie puissante et omniprésente sur toutes les pistes en plus d’une basse solide et créative. Dans son genre, cet album a tout pour lui. Il représente à merveille le jazz rock et aucune pièce ne mérite d’être ignorée, mais il me faut parler de Got a Match? Probablement la pièce la plus connue et appréciée de l’album et même du groupe, elle est plus proche de la tradition ce qui offrait sans doute du repos aux oreilles des puristes. Elle reste néanmoins une pièce dansante, au solo déjanté du Keytar et une performance incroyable de Patitucci. Si l’album et la pièce en question vous plait, je vous recommande vivement le concert enregistré au Festival International de Jazz de Bern la même année (1986) pour encore plus de plaisir avec des versions de 15 minutes et plus!

Further Exploration (2012)

Je termine avec un album plus récent qui m’a vraiment fait découvrir un nouveau Chick Corea. Enregistré devant un public au Blue Note en 2010, l’album se veut un hommage musical à un grand, si ce n’est le plus grand, pianiste de l’histoire: Bill Evans. Qui de mieux pour accompagner Chick que les deux membres des trios originaux d’Evans: Eddy Gomez à la contrebasse et Paul Mortian à la batterie. En plus de revisiter le répertoire, chaque musicien contribue avec du matériel personnel. On entend entre autres une autre composition originale de Chick Corea intitulée Bill Evans ainsi qu’une pièce d’Evans encore jamais jouée devant public: Son No.1. Le génie de Chick derrière l’album est de réussir à rendre hommage sans simplement imiter le pianiste. Il crée collaborativement à la manière du génie d’Evans tout en conservant son originalité. donnant une toute autre touche aux pièces. Si vous conaissez la musique d’Evans, vous serez en terrain connu en entendant les échanges et entremêlements des improvisateurs, sinon, vous en serez tout autant émerveillés. Un véritable tour de force et un magnifique honneur rendu à Bill Evans.

C’était donc cinq albums du regretté pianiste Chick Corea. En espérant vous avoir fait découvrir un pianiste ou même un style si le jazz n’était pas votre tasse de thé. Je vous souhaite évidemment d’avoir apprécié. Si c’est le cas, jetez un coup d’œil à ses albums Trilogy ou encore à sa collaboration avec Bobby Mcferrin, ça vaut toujours la peine. Dans tous les cas, il est certain que cet old cat ne sera pas oublié et sa musique, jouée encore longtemps. 

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