« Ce livre ne s’adresse qu’à 0,00005% de la population »: la dernière de Bertrand Laverdure

Un livre qui a le potentiel de plaire à tous, c’est ce qu’on peut appeler une perle rare. De la réflexion sur le monde littéraire à la culture populaire, quelques séries de poèmes mènent jeunes comme aînés à la réflexion.

Une déclaration d’amour et d’amitié

Le livre est divisé en cinq sections, dont les quatre dernières s’adressent à quatre destinataires mentionnés dans l’ouvrage. En plus du titre, on peut avoir l’impression de ne pas être invité à lire la suite, pourtant, les poèmes sont parsemés de références tantôt amusantes, tantôt qui portent à réflexion.

La première partie, écrite en 2015 lors d’un séjour à Paris, traite de l’aspect commercial des livres. « Je parle de la rapidité avec laquelle on gobe les produits culturels, explique l’auteur, on a transformé tout le vocabulaire qu’on réservait à la littérature pour le marketing […] on dit ‘‘on consomme des livres’’, ‘‘on consomme la culture’’, on parle des chiffres de vente des livres. »

« On a oublié de réfléchir, de les appréhender de façon complexe, de lire en détail, de façon fine », déplore-t-il.

La deuxième section regroupe des poèmes écrits durant la pandémie sur Twitter accompagnés du mot-clic #covidpoèmes. Celui-ci a encouragé la participation de nombreux utilisateurs pendant plus de deux semaines avec pour but de leur donner la possibilité d’exprimer ce qu’ils vivaient.

La troisième rend hommage à l’amour entre colocataires. Inspiré par la relation avec sa « coloc », Gabrielle Boulianne-Tremblay, Bertrand Laverdure explore ce rapport en zone grise qui n’est, selon lui, « pas de l’amitié, pas de la camaraderie, mais qui est une sorte de bienveillance, une sorte d’amour platonique ».

La quatrième section présente une autre grande amitié, cette fois-ci avec l’artiste Gauthier Keyaerts qui a pris la photo de couverture. Les poèmes sont tirés de cartes postales échangées entre eux, Keyaerts habitant à Bruxelles. Ce n’est pas la première fois que le concept de poésie sur cartes postales apparaît dans les œuvres de Laverdure, qui a fait quelque chose de similaire avec son ami Charles Sagalane l’année dernière.

La cinquième section consiste en une suite de poèmes retenue comme demi-finaliste au Prix de poésie Radio-Canada 2020. Retenu pour la troisième fois, l’auteur est flatté : « de savoir que des lecteurs sous anonymat aiment ce que je fais, sachant que je change de style à chaque fois, qu’ils me choisissent parmi 800 ou 1 000 suites de poèmes, ça me fait un petit velours. »

Dans cette dernière partie, Bertrand Laverdure s’adresse aux femmes en situation d’itinérance à Montréal. Il se demande à quoi ressemblent leurs vies, et fréquentant souvent la station de métro McGill, s’inspire des personnes dans cette situation qu’il croise souvent à cet endroit.

Des références « pop »

L’auteur n’hésite pas à faire référence à la culture populaire et aux jeunes artistes qu’il admire. En effet, Billie Eilish et Timothée Chalamet ont fait couler l’encre dans la poésie québécoise.

L’image en couverture, prise dans une berge en Grande-Bretagne, est la figuration du milieu littéraire illustrée par le poète dans la première section : « c’est un petit milieu très fragile, écologique, où l’équilibre est instable. Moindrement qu’il y a de la pollution – commerciale, publicitaire ou économique – ça tombe. Moindrement qu’on pille dessus, qu’on est agressif, ça se décompose. Ça tient à des fils. »

Le livre est disponible en ligne, ainsi que dans plusieurs librairies. Faites vite, le livre est déjà parti en réimpression!

Prière pour une mitaine perdue : le documentaire poétique

Par Milli Noël

Montréal l’hiver, l’amour perdu, les déneigeuses, une conversation intime, le parc Lafontaine, le deuil.

Prière pour une mitaine perdue suit quelques personnes qui cherchent à retrouver leurs objets perdus dans les transports en commun. Nous assistons, cachés derrière la vitre du comptoir à la station Berri-UQAM, à des airs concernés, nerveux, échauffés. Les personnages fouillent désespérément dans des tas de clefs rouillées et de tuques abandonnées. Bientôt, nous quittons le métro pour aller chez ces personnages et connaître leur vie. Pendant 79 minutes, en noir et blanc, une question leur est posée :

« Qu’est-ce que vous avez perdu que vous voudriez ravoir ? »

Le documentaire a fait une deuxième sortie en salle l’hiver dernier, ayant été différé de sa programmation originale en 2020 en raison des mesures sanitaires. Prière pour une mitaine perdue est le sixième film du réalisateur Jean-François Lesage. Dans chacun de ses documentaires, il trouve ses personnages au moment du tournage, souvent dans des lieux publics. Après des études en droit et quelques années comme journaliste, il tombe en amour avec le cinéma chinois, déménage à Pékin et devient documentariste. Lesage fait preuve d’une curiosité allocentrée pour ses sujets et il croit à « l’idée que toute personne pourrait faire l’objet d’un documentaire ». « Je crois que la parole de chacun de nous peut être intéressante si on l’écoute : c’est une question de regard. »1 Le film gagne plusieurs prix dont celui du meilleur long métrage canadien au festival Hot Docs de Toronto, qui est reconnu comme le plus grand festival de documentaires en Amérique du Nord.

Rapidement, le film laisse tomber sa mitaine perdue et entre dans un univers psychologique: le deuil de ceux qu’on ne connait pas. Bien que le documentaire peint un portrait sociologique, voire philosophique, des peines et des amours de Montréalais.e.s, il est porté d’une incontestable poésie. L’objet perdu n’est donc pas le thème central du film, à la déception de certain.e.s, mais au réjouissement d’autres, puisque la suite en vaut la peine. Le sentiment de perte nous prend et on espère avec ces êtres qui nous sont devenu.e.s familier.ère.s un printemps plus doux. Doucement, les sujets ne se livrent plus à la caméra, mais entre eux; nous devenons observateur.trice.s de leurs conversations.

Marianne Polska excelle à la direction photo, le contrôle de la lumière est impeccable et aucun cadrage ne distrait des sujets. Grâce aux mouvements de la caméra et aux différents effets de mise au point, il nous est possible de voir celles et ceux qui ne parlent pas, mais qui écoutent, qui attendent de parler. Ces effets ne sont pas parfaits, certes, mais ils ajoutent à cette sensation de vraisemblance que le film apporte. Les séquences sont toutes assez longues pour nous donner le temps d’absorber toutes les subtilités de leurs conversations. Nous vivons leurs malaises, leurs amours, leur tristesse, leur solitude et leur empathie.

Des plans plus calmes s’emmêlent entre ces témoignages forts en émotions. Accompagnée d’une douce musique jazz, sous nos yeux se dévoile une nuit d’hiver montréalaise. Un rythme mélancolique est créé, le montage nous permet de faire introspection, à se demander si nous aussi nous avons perdu quelque chose qu’on aimerait retrouver. Durant une de ces scènes sans paroles, L’écharpe interprétée par Félix Leclerc joue. La neige et les patineurs du Parc Lafontaine valsent et on pleure un peu. C’est ici que Jean-François Lesage montre sa grande humanité, il nous laisse le temps de tomber en amour avec la parole d’un.e étranger.ère. Ces séquences sont très touchantes, voire thérapeutiques.

Note : ★★★★½

Le film n’est plus en salle mais il est possible de le regarder en ligne sur plusieurs plateformes de visionnement telles que celle des Cinémas Beaubien, du Par et du Musée ainsi que celle du Cinéma Moderne.

Cliquez ici pour visionner la bande annonce du film.

Danser ne suffit-il pas?

Le masculin est utilisé pour alléger le texte

L’étudiant au DEC en danse contemporaine ou en danse classique du Cégep du Vieux Montréal (CVM) doit faire ses trois cours obligatoires d’éducation physique, bien que son entrainement dépasse les 25 heures par semaine. Les étudiants ne comprennent pas pourquoi on leur en demande autant et la complexité du dossier rend le sujet délicat pour les institutions scolaires.

Un refus du ministère

En janvier 2011, le département d’éducation physique du CVM demande au Cégep de créer un comité d’étude pour évaluer l’importance des cours d’éducation physique dans les programmes de danse. Dans le procès-verbal de la réunion du 7 avril 2011 de la Commission des études, qui est l’instance du collège qui donne avis au conseil d’administration concernant les programmes d’études et l’évaluation des apprentissages, on rend le verdict de l’analyse des programmes. Selon le comité de travail déployé à cet effet et le MELS (l’ancien ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport), « l’analyse de contenu des programmes a révélé que les éléments d’activité physique déjà inclus dans les grilles actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs de la formation générale ».

La direction des études du CVM a donc intégré dans les deux programmes de danse les cours d’éducation physique dès l’automne 2012. Jusqu’à ce jour, les étudiants en danse étaient exemptés de ces trois cours, et ce, depuis le début de l’affiliation avec l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCM) et l’École Supérieure de Ballet du Québec (ESBQ) dans les années 1990. La directrice artistique et des études de l’EDCM, Lucie Boissinot, dit que « lorsque le programme a été mis en marche en 1999 avec le Cégep du Vieux Montréal, il avait été convenu qu’étant donné le très grand déploiement d’énergie et l’activité physique inhérente à la pratique de la danse, les étudiants fréquentant l’École de danse contemporaine n’auraient pas besoin de suivre les cours d’éducation physique ».

Un dossier fort complexe

« Le dossier d’éducation physique à l’École de danse contemporaine de Montréal est un dossier fort complexe pour lequel j’ai déployé une énergie considérable », dit Lucie Boissinot. Lors de la commission d’études de 2011, elle a travaillé à démontrer les compétences acquises par les étudiants au sein de son école. Ceux-ci suivent, bien entendu, des cours de technique en danse contemporaine, mais aussi d’entrainement connexe et des cours d’anatomie. Elle a également voulu démontrer que les étudiants s’exercent en plus de leurs 2400 heures de formation.

En effet, quand on regarde les compétences ministérielles du programme de l’EDCM, on distingue des ressemblances avec celles des cours d’éducation physique au niveau collégial. Les critères de l’école de danse parlent de « maintenir une condition physique conforme aux exigences de la profession » et de « maintenir une hygiène de vie adaptée aux exigences de la profession ». L’analyse de la danse, la maîtrise d’exercices, la coopération de groupe et la gestion des blessures sont aussi dans les compétences ministérielles du programme en danse contemporaine. Les critères du ministère de l’Enseignement Supérieur, quant à eux, parlent d’« analyser sa pratique de l’activité physique au regard des habitudes de vie favorisant la santé, d’améliorer son efficacité dans la pratique de l’activité physique et de démontrer sa capacité à se charger de sa pratique de l’activité physique dans une perspective de santé ».

Lucie Boissinot considère que ses étudiants touchent à toutes les compétences des cours d’éducation physique. Elle trouve frustrant que ses élèves doivent ajouter cette charge de travail qu’elle considère déjà couverte par le programme.

Des conflits d’horaire

Pour compléter leur DEC, la plupart des étudiants en danse doivent faire leurs cours obligatoires au CVM. Certains en sont dispensés, car ils les ont déjà faits lorsqu’ils étudiaient dans un autre programme d’étude. Pour ceux qui les complètent, ces cours n’entrent pas toujours à leur horaire. Ils doivent donc être repris avec la formation continue en soirée ou en formule à distance durant l’été. Quatre cours obligatoires n’entrent pas dans la grille de cours, dont les trois d’éducation physique.

Par exemple, à la session d’automne passée, des étudiants de deuxième année en danse contemporaine devaient se déplacer chaque jeudi soir au Cégep pour assister à leur cours de yoga, alors qu’ils venaient de danser un bon nombre d’heures. Alec Charbonneau faisait partie de ce groupe d’étudiants : « On arrive chez nous et il faut directement aller se coucher pour se réveiller le lendemain à six heures pour être à l’école de danse à huit heures ». Il croit que le premier ensemble d’éducation physique, celui dédié au volet plus théorique des saines habitudes de vie, aurait suffi. Il assure que c’est le seul des trois qui l’a aidé à enrichir son programme. Alec pense qu’il faut revérifier les compétences que l’école de danse lui permet d’acquérir.

L’éducation physique est pour tous

Luc Phan, coordonnateur du département d’éducation physique du CVM depuis août dernier, ne connaît pas le cursus des programmes de danse, mais il considère que les cours d’éducation physique peuvent être un atout aux danseurs pour bonifier leurs apprentissages. « Le citoyen moyen, peu importe qu’il soit danseur, qu’il soit athlète professionnel, qu’il soit, je ne sais trop quoi, doit quand même avoir des notions de santé et de prise en charge, puis c’est ça qu’on essaie d’aller allumer ».

En tant que professeur, M. Phan est ouvert à la communication avec les étudiants en danse pour les aider à développer d’autres habiletés. Il ajoute que ceux-ci sont souvent appréciés par les professeurs d’éducation physique, parce qu’ils ont en commun un intérêt pour l’activité physique.

Solutions

Chantale Fortin, directrice adjointe aux études au CVM, était déjà à son poste lors de la gestion du dossier en 2011. Elle mentionne qu’en introduisant les cours d’éducation physique dans les programmes de danse, le cégep a essayé de trouver des pistes de solutions. Cependant, il a été difficile de trouver des accommodements entre les écoles de danse et le cégep. L’horaire des danseurs contemporains et danseurs classiques est souvent différent et le nombre d’étudiants dans ces programmes varie d’année en année. Il est donc plus ardu pour le cégep d’offrir des cours qui seraient dédiés aux étudiants en danse.

Un cours intensif d’éducation physique avait toutefois été mis en place par le CVM à la demande des programmes de danse. Les classes se penchaient sur l’entretien physique, l’activité aquatique et la gestion du stress, des sujets pertinents pour les danseurs. Les étudiants pouvaient donc compléter l’un des trois cours pendant trois semaines avant le retour de la session d’hiver. La priorité des inscriptions était donnée aux danseurs, puis aux autres élèves si le cours ne comptait pas assez d’étudiants. Cette formation intensive a toutefois été mise en arrêt en raison de l’absence de candidatures de professeurs pour donner le cours ainsi que la situation pandémique. Luc Phan ne refuse cependant pas la possibilité de réinstaurer l’intensif si la situation le permet.

Malgré tout, en apprenant l’existence de cet ancien cours intensif, l’étudiant Alec Charbonneau ne se verrait pas quitter ses vacances qu’il juge nécessaires pour sa santé physique, pour compléter intensivement un cours d’éducation physique.

Le dilemme entre l’art et le sport

Lucie Boissinot mentionne que le grand public ne sait pas nécessairement ce qui se passe derrière les quatre murs de son école. « Le danseur est comme un sportif d’élite, mais qui travaille aussi d’autres dimensions de son être », dit-elle.

Les programmes de danse contemporaine et de danse classique du CVM ne forment pas des danseurs compétitifs, mais bien des danseurs de prestations scéniques. Par conséquent, les interprètes en danse qui ne font pas de compétitions ne sont pas catégorisés comme des sportifs d’un point de vue sociétal. Les danseurs compétitifs ont, quant à eux, une récente fédération qui cherche à les promouvoir en tant qu’athlètes.

Même si l’équivalence des cours d’éducation physique est une question de comparaison entre les compétences ministérielles des écoles de danse et celles de ces cours, la vision populaire du monde de la danse reste un biais que peuvent avoir les instances gouvernementales envers les programmes de formation de cette discipline.

Rouvrir le dossier ?

Lucie Boissinot reste toujours intéressée par le dossier concernant les cours d’éducation physique, une bataille qu’elle a laissé tomber par « fin de non-retour ». La reconnaissance de l’entrainement physique de ses élèves est un aspect auquel elle accorde une grande importance.

Luc Phan, quant à lui, est ouvert à une reconsidération du dossier d’éducation physique chez les danseurs. La demande est au-delà de ses fonctions et lui seul ne peut garantir l’opinion de ses collègues à ce sujet.

Il faudrait donc que des représentants de l’École de danse contemporaine de Montréal et de l’École Supérieure de Ballet du Québec redemandent une évaluation de leur programme par le ministère de l’Enseignement Supérieur et que le Cégep du Vieux Montréal soutienne la cause dans la mesure du possible.

Émile et Sam : talents dévoilés

Le 19 février dernier avait lieu la finale locale de Cégeps en spectacle au Vieux. Émile Bourgault et Sam Tanguay sont sortis les grands gagnants de la soirée qui se déroulait en webdiffusion. Les deux élèves du collège se sont distingués avec une composition musicale.

Une amitié révélatrice

Émile et Sam ont tous les deux 18 ans. Lui est étudiant en Sciences humaines profil Questions internationales, et elle est étudiante en Art lettres et communication Option Médias. Ils ne se sont rencontrés qu’il y a quelques mois, mais leur amitié s’est développée facilement. « C’est une révélation, Sam, dans ma vie », dit Émile enjoué. Étant entouré principalement de musiciens masculins lors de ses projets solos, Émile est content d’amener un côté féminin à ses chansons, autant artistiquement qu’humainement, selon lui.

À quelques semaines de la finale locale du CVM de Cégeps en spectacle, l’accompagnatrice d’Émile s’est désistée. Émile a découvert les talents musicaux de Sam et lui a proposé de participer au numéro avec lui. En découle un duo qui les a bien surpris.

Comme on a pu le voir dans la performance de Cégeps en spectacle, Émile chante ses compositions en s’accompagnant à la guitare. Musicien autodidacte, il aime aussi pianoter, tout comme Sam, qui elle apprécie aussi le ukulélé. Les deux ne sont pas des chanteurs d’expérience, mais ils réussissent certainement à toucher le cœur des spectateurs avec des paroles sincères et poétiques. L’amertume, jouée lors de la finale locale, est d’ailleurs un texte qu’Émile a écrit pour être chanté en duo ; une nouvelle façon d’approcher la composition, lui qui est habitué d’être en solo.

Projets artistiques

Émile compose depuis quelque temps. D’ailleurs, il a sorti deux micros albums, soit Bleu pâle en 2020 et Nous aurons toujours le ciel en 2021. Le groupe avec qui il collabore est composé de musiciens qu’il avait rencontrés lors d’une finale régionale montréalaise de Secondaires en spectacle il y a quelques années.

Émile et Sam désirent collaborer à l’avenir. Émile mentionne notamment qu’il a beaucoup de compositions destinées à être chantées avec sa nouvelle amie et accompagnatrice. Pour le moment, il sera possible de les revoir chanter à la finale régionale montréalaise de Cégeps en spectacle qui se déroule le 19 mars prochain au Cégep de Saint-Laurent. On leur souhaite la meilleure des chances.

Promouvoir l’art visuel étudiant

Jusqu’au 11 février, il est possible d’aller jeter un coup d’œil à l’exposition Coups de crayon à la littérature québécoise Ténèbre de Paul Kawczak présentée à l’Agora près de l’entrée principale du Cégep du Vieux Montréal. C’est une finissante de Graphisme, Anaïs Boyer, qui est à l’honneur avec ses illustrations et ses arrangements typographiques du livre de Kawczak.

Depuis 2003, le Centre d’animation en français (CANIF) du CVM permet à l’un-e des finissant-es du département de graphisme d’illustrer des œuvres d’autrices et d’auteurs québécois. Cette année, la pièce choisie est la lauréate de l’édition 2021 du Prix littéraire des collégiens, Ténèbre, de Paul Kawczak. Selon le descriptif de l’exposition, ce livre porte sur l’histoire de la conquête du Congo par la Belgique à la fin du 19e siècle : le voyage d’un géomètre belge sous les ordres de son roi, accompagné par des travailleurs bantous et d’un maître tatoueur chinois. C’est « un roman d’aventures traversé d’érotisme, un opéra de désir et de douleur tout empreint de réalisme magique ».

Anaïs Boyer a donc eu la tâche de mettre en images certains passages du livre. Elle a fait une dizaine de dessins simples et imaginatifs teintés de réalisme et de rêves. Un côté métaphorique pour certains tableaux et plus concret pour d’autres. Les couleurs sont vives et le message écrit sur les images est bien représenté. C’est une exposition qui peut se voir lors d’une pause ou qui peut être analysée plus longuement pour celles et ceux qui ont lu le roman.

Le Prix littéraire des collégiens est de retour en 2022. La sélection comporte cinq livres d’autrices et d’auteurs québécois : Tout est ori de Paul Serge Forest, Mille secrets mille dangers d’Alain Farah, Mukbang de Fanie Demeule, Valide de Chris Bergeron et Là où je me terre de Caroline Dawson. La prochaine cohorte de finissant-es en Graphisme aura peut-être la chance de revoir l’un-e des finissant-es illustrer le lauréat de la prochaine édition du prix. C’est le CANIF qui en décidera, lui qui a notamment une collection d’œuvres d’artistes du collège et qui promeut une part de l’art visuel étudiant au CVM.

Les prochains pas de Bertrand Laverdure

La santé de la poésie au XXIe siècle peut bien être remise en question, le poète montréalais Bertrand Laverdure ne laisse pas la pandémie freiner ses projets. Avec Charles Sagalane, il a ouvert son esprit créatif au public en 2021 grâce à un projet unique remédiant à la distanciation. En plus de cela, l’année tout récemment entamée semble tout aussi prometteuse pour les amoureux de poésie.  

Bertrand Laverdure, courtoisie

L’art ne doit pas cesser en pandémie  

Le dévoilement du Projet soft oulipien a eu lieu en toute intimité le 22 septembre 2021 à la librairie Le Port de tête, située sur l’avenue du Mont-Royal. Le public a pu découvrir la création, discuter avec les artistes et même en emporter un morceau avec eux. 

Le projet consiste en un abécédaire de poèmes sur cartes postales tirées d’une correspondance entre Laverdure et son ami Charles Sagalane, poète originaire du Lac-St-Jean et auteur du Journal d’un bibliothécaire de survie. Le premier poème, constitué de plusieurs mots commençant par la lettre « a », fut envoyé par Laverdure, auquel répondit Sagalane par un poème constitué de mots débutant par la lettre « b », et ainsi de suite. 

Photo : Marianne Dépelteau / L’Exilé

Sagalane explique que cet « abécédaire poétique » a su combler le vide généré par l’impossibilité d’assister aux soirées de lancement et autres évènements du genre. Ces derniers constituaient des moments d’échanges importants pour ces acteurs du monde littéraire québécois. Voulant aller au-delà des visio-conférences, les écrivains se sont engagés dans cette correspondance devenue pour eux « une expérience poétique à distance ». 

« Ça a beaucoup comblé notre vide pandémique […] il y avait une espèce de présence humaine, il y avait une relation maintenue comme ça pendant la pandémie »

Charles Sagalane
Charles Sagalane, photo par Sophie Gagnon-Bergeron

Laverdure fut l’instigateur de l’échange thématique qui s’étala sur une période de six mois avec Sagalane, alors situé à Saint-Gédéon au Saguenay-Lac-St-Jean. Chaque semaine, les lettres se succédaient en ordre alphabétique, les deux écrivains étalant leur adresse à travers vingt-six poèmes écrits à l’endos de photos et de cartes postales, porteuses de souvenirs. 

Les artistes ont alors eu le temps de s’amuser avec le jeu poétique. « On s’est mis à jouer sur les mots, sur comment on allait utiliser la contrainte. C’est une contrainte de la littérature oulipienne, voire de littérature potentielle qui est un groupe littéraire français », raconte Laverdure. 

La correspondance fut suivie par une volonté de partager ces écrits. Christian Bélanger, calligraphe et professeur en graphisme au Cégep Marie-Victorin, a été contacté par Laverdure afin de tracer les vingt-six lettres en caractères gothiques, ainsi que quatre symboles contemporains – @, #, $ et & – sur une sélection de trente pochettes de vinyles de musique pop. 

Des autocollants décrivant le projet se retrouvent à l’endos des pochettes de vinyles ayant été réalisés par Rico Michel, un photographe et concepteur graphique montréalais. Il a été chargé de réaliser un livret contenant les images des cartes et des photos utilisées, accompagnées des textes écrits par Sagalane et Laverdure pour ensuite les glisser dans les pochettes de vinyles.  

« C’est un projet qui joint l’amour des vinyles, de l’histoire des vinyles, de la musique, de l’art postal et en même temps, de l’amour de l’échange entre écrivains ».

Bertrand Laverdure 
Photo : Marianne Dépelteau / L’Exilé

Il reste quelques exemplaires du projet soft oulipien en vente à la librairie Le Port de tête ainsi qu’en ligne. 

Les prochains pas 

Bertrand Laverdure est le prototype d’un écrivain interdisciplinaire. Il est poète, romancier, librettiste, critique, ex-Poète de la Cité et ex-chroniqueur à CIBL et MAtv. On peut s’attendre à presque n’importe quoi de sa part. 

L’artiste sort d’ailleurs un livre de poésie aux éditions Hamac à la fin du mois de février 2022. Intitulé Ce livre ne s’adresse qu’à 0,00005% de la population, l’ouvrage de Laverdure s’adresse donc à ce minime pourcentage de la population qui s’intéresse à la poésie actuelle. Il annonce étudier, dans la centaine de pages qui composent son livre, « l’impossibilité de la communication vraie » et le « fractionnement de l’auditoire ».  

L’œuvre sera disponible en librairie à partir du 1er mars 2022. 

Article co-écrit par Marianne Dépelteau et Adel Khelafi.

Le théâtre documentaire : entre création et conversations citoyennes

Orianne Démontagne

Qu’est-ce que le théâtre documentaire? Comment le processus de création se déroule-t-il? Voici des questions auxquelles la dramaturge Annabel Soutar et les comédien⸱ne⸱s et auteur⸱trice⸱s Christine Beaulieu, Maude Laurendeau et François Grisé ont répondu lors de la conversation publique Le théâtre documentaire: du terrain à la scène. Organisée par la compagnie de théâtre montréalaise Porte-Parole, cette discussion avait pour but de présenter la pluralité des façons de faire du théâtre documentaire, mais également de répondre aux questions du public sur le sujet.

Les débuts du théâtre documentaire au Québec

C’est grâce à Twilight : Los Angeles 1992, une pièce écrite et jouée par Anna Deavere Smith, qu’Annabel Soutar a découvert le théâtre documentaire lorsqu’elle étudiait aux États-Unis. Dans cette pièce de théâtre, la dramaturge américaine explore le thème de la brutalité policière en se basant sur des entrevues qu’elle a menées auprès de centaines de personnes. Une fois rassemblés, les témoignages constituent le fondement du texte de sa pièce et, une fois sur scène, elle interprète elle-même tous les personnages.

Cette forme d’art est apparue à Annabel Soutar comme une solution à la polarisation qu’elle observait au sein de son université. Cela permettait d’engager un dialogue et d’exposer des points de vue parfois complètement opposés.

En revenant au Québec, elle a observé que le théâtre documentaire n’était pas encore répandu. Elle y a vu une formidable opportunité d’importer cette forme d’art. C’est ainsi que la compagnie Porte-Parole fut créée. Son objectif : faire un théâtre démocratique qui a une pertinence sociale.

Débuter la recherche

Lors de la conversation publique, on a pu constater la variété des motivations qui ont amené l’auteur et les autrices à amorcer leur recherche. Pour sa pièce Seeds, Annabel Soutar raconte qu’elle a commencé à rassembler des informations lorsque la Cour Suprême a accepté l’appel de l’agriculteur Percy Schmeiser contre Monsanto : « la première chose que je dois faire c’est de comprendre pourquoi ils sont en conflit et d’aller voir les deux bords ».

Christine Beaulieu, autrice de la pièce J’aime hydro, affirme que son point de départ est le conflit entre deux groupes en désaccord sur le projet de complexe hydroélectrique de la Romaine. Après avoir identifié le conflit, elle a commencé sa recherche en se posant la question « c’est quoi l’électricité? » Elle ajoute : « J’aime revenir à la base pour comprendre les choses. Je ne pense pas que tu peux arriver dans quelque chose au trois-quarts. Tant qu’à me plonger là-dedans, j’ai voulu revenir aux débuts [de l’électricité], son invention, etc. »

Pour Maude Laurendeau, c’est le diagnostic d’autisme de sa fille qui constitue le point de départ de sa pièce Rose et la machine. Elle s’est mise à documenter le suivi médical de son enfant. Ainsi, elle a récolté beaucoup de « matière précieuse » pour commencer l’écriture de son spectacle.

Difficile de rester objectif

Les autrices et auteurs présents affirment qu’une fois lancés dans le processus de recherche et d’écriture, il devient très difficile de rester neutre. Dans le cas de Maude Laurendeau, le sujet de sa pièce touche directement un aspect de sa vie personnelle : « Ce que je mets en scène ce n’est pas très objectif. C’est vraiment ma vision des choses, ça passe à travers mon vécu, mon expérience. C’est vraiment à la limite de la biographie et du théâtre documentaire. C’est quelque chose de plus personnel qu’une enquête documentaire. »

Pour sa part, Annabel Soutar insiste sur l’importance de ne rien cacher au public : « on sait que personne ne peut être complètement neutre […] et je crois qu’on a plus confiance en des auteurs quand ils sont transparents avec leur position, mais qu’ils font un effort pour écouter l’autre point de vue. »

Des sujets infinis

Les sujets dont il est question dans les pièces de théâtre documentaire sont très vastes et évoluent constamment de par leur nature. De nouveaux éléments peuvent continuellement être ajoutés au spectacle. Il est difficile, quand on est passionné par son sujet, de vouloir mettre un terme à ses recherches et de passer à autre chose.

Pour Annabel Soutar, le plaisir du documentaire réside dans le fait qu’il est toujours possible de poursuivre un projet et y ajouter de nouveaux éléments. C’est ce que Christine Beaulieu a fait lorsqu’elle a complètement modifié le cinquième chapitre de J’aime hydro pour y inclure un entretient avec Sophie Brochu (la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec).

Avoir un impact

Lors du processus d’écriture, il est souvent difficile d’anticiper l’effet de la pièce sur le public. Pour Christine Beaulieu, l’important est de parler d’un sujet qui la touche et qui touche son équipe de travail. Si c’est le cas, elle sait qu’il est probable que les spectateurs se reconnaissent et qu’ils se sentent interpellés.

François Grisé, auteur de Tout inclus, affirme qu’il n’avait pas envisagé une réaction aussi importante : « Je ne pouvais pas prévoir cet impact-là, mais je ne savais pas non plus que de voir ça dans les yeux des gens ça allait transformer les chapitres cinq à huit qui sont la suite de mon immersion [dans une résidence pour personnes âgées] dans la façon même de raconter mon histoire. »

Il n’est pas rare que les pièces de théâtre documentaire aient un effet important sur le public. Plusieurs spectateurs et spectatrices conservent un souvenir marquant du désir de faire avancer une cause après être allé⸱e⸱s voir une des productions de Porte-Parole. Annabel Soutar rappelle que « la mission principale [de Porte-Parole] c’est la conversation parce que si on garde la conversation vivante entre les citoyens, […] ça peut donner de l’espoir aux gens pour résoudre des problèmes qui sont très complexes. »

Domaine Forget : Oasis pour la danse

Au bord du fleuve Saint-Laurent, entre nature et art, plaisir et connaissances, création et profondeur. Quand on est ou que l’on veut devenir interprète en danse contemporaine, on se doit de passer un séjour au Domaine Forget de Charlevoix. Je souhaitais y aller, découvrir d’autres danseurs et danseuses qui chérissent, comme moi, le rêve de faire partie du monde professionnel de cet art. Pourquoi ne pas vous plonger dans mon expérience…

Le Domaine Forget de Charlevoix est d’abord reconnu pour son académie estivale de musique. Cependant le stage de danse est lui aussi une oasis pour interprètes du mouvement. Anne Plamondon, chorégraphe et danseuse, y travaille comme commissaire à la danse depuis une dizaine d’années, auparavant avec la compagnie de danse montréalaise Rubberband Dance et, depuis 2018, en solo. Le but était de foncer et développer un programme estival intensif et professionnel pour la relève en danse. Normalement offertes chaque été pour danseurs et danseuses du Canada et d’ailleurs, les activités en présentiel au Domaine Forget avaient été suspendues pour la saison estivale 202. À vrai dire, le stage de dans 2021 était le premier des différents programmes intensifs à avoir lieu totalement en présence. Le nombre d’interprètes était moindre, ce qui a laissé place un processus d’auditions sélectionnant une vingtaine au lieu d’une quarantaine de participant.es canadien.nes seulement et bien de la persévérance, nous, danseurs et danseuses de la relève, avons pu vivre pleinement notre expérience.

Ce qu’on y a fait

Du 28 juin au 10 juillet 2021, nous avons eu la chance de travailler avec des artistes issus du milieu professionnel de la danse du Québec et d’ailleurs. Margie Gillis, sommité de la danse moderne, nous a ouvert les yeux avec des conseils inspirants lors de ses ateliers artistiques. Anne Plamondon, chorégraphe et interprète contemporaine, nous a offert des classes techniques et de création, ainsi qu’une chance de présenter une chorégraphie précise et touchante digne de son talent. Des classes de technique au sol et une séance d’exploration de la faune dans la forêt, sur la plage et dans le fleuve avec Paco Ziel, danseur et chorégraphe, nous ont permis de se connecter à la terre, à la nature, à ce qui nous fait vibrer. Carol Prieur, danseuse travaillant avec la Compagnie Marie Chouinard depuis 26 ans nous a fait découvrir à travers des explorations de mouvements corporels et des bruits vocaux, de nouvelles façons de s’approprier notre danse. Enfin, des classes de krump avec nul autre que 7starr nous ont donné la chance, pour certain.e.s, de sortir de notre zone de confort, en exécutant une vraie battle. Un horaire bien chargé du matin au soir. Des découvertes artistiques et techniques, des essais, des moments de laisser-aller, des connexions avec nos corps, nos âmes et avec les esprits des autres qui nous permis d’explorer nos sensations et nos capacités.

Le Domaine Forget, c’est aussi trois bons repas par jour avec une vue sur le fleuve, une chambre donnant sur le soleil levant, des feux de camps, une visite à Baie-St-Paul, des concerts gratuits, des échanges avec les stagiaires en musique, des visionnements de documentaires, une nuit sur la plage… Des moments inoubliables.

Ce qu’on nous partage

Mon séjour au Domaine était également synonyme de partages, avec notamment des cercles de discussions organisées avec les professeur.es et les mentor.es. C’étaient des moments d’écoute, des questionnements nécessaires. « La dans me fait sentir que je suis en vie. », disait Anne Plamondon en s’adressant à nous. En effet, nous venions de différents milieux, avion vécu diverses expériences, mais étions présent.es pour la danse, pour enrichir et partager ce qu’elle peut nous faire ressentir. De là sont venues des questions identitaires, à savoir si la danse fait partie de l’identité d’un danseur ou plutôt si elle sert à sa formation. Une parole de Carol Prieur est gravée dans ma mémoire : « Le mouvement est une façon de comment je comprends la vie. » En vérité, le danseur, la danseuse a la capacité de voir son corps autrement, de comprendre la vie autrement. Nous échangions sur ce qu’était notre vision du corps en mouvement de ce qu’il nous apporte, de ce qu’il peut semer.

Ces discussions abordaient des thèmes sur nos sensations, nos accomplissements, mais nous montraient aussi ce à quoi l’on doit s’attendre du milieu professionnel. L’importance des contrats des interprètes, la création d’opportunités en se faisant connaitre, l’ouverture aux autres arts ou à d’autres activités, la place de la diversité, etc. Parfois, il est difficile pour un.e interprète ou un.e chorégraphe de trouver sa place dans le milieu. C’est une source d’inquiétude pour plusieurs, moi la première, mais les propos de Margie Gillis m’ont profondément marquée si simples étaient-ils : « S’il y a quelque chose dans le monde que vous voulez et qui n’est pas là, créez-le. » Une note d’espoir de d’une grande danseuse et chorégraphe que je ne pourrai jamais mettre de côté.

Quelques témoignages anonymes de participants

Le stage m’a également permis de revoir ou de faire la rencontre de magnifiques artistes. Nous avons partagé des moments magiques et des connexions profondes qui m’ont fait réaliser que nous faisions partie de la danse d’aujourd’hui et de demain.

Je voulais vous laisser sur leurs mots.

(Ces témoignages proviennent directement de mon journal dans lequel certain.e.s de mes camarades du séjour ont pris le temps d’y écrire leurs ressentis et leurs expériences. C’est pour cette raison que certains passages sont en anglais.)

« J’ai appris à être vulnérable pour mieux apprendre. C’est une évolution constante » 

« Ouf, quelle expérience magnifique! Si riche en émotions, en apprentissages et en rencontres. De nouveaux mouvements et de nouveaux visages. »

« I am discovering the importance of connecting with myself and nature. My stay here has allowed me to recognize that. The un-seen energy around us holds so much power. »

« It is a fully immersive experience. You build such a close venit community with everyone and learn to trust a group of strangers within a few days. I have felt so alive during my time here, so connected to nature and to dance. »

« J’ai souvent besoin de temps pour avoir du recul sur ce qu’un stage m’a apporté, mais au premier abord, je peux tout de même constater quelques changements : mon rapport à l’autre, ma gestuelle étant désormais plus dense et mes capacités d’adaptations. Tous ces changements rendus possibles grâce à un environnement sain, des artistes impressionnants, un site magnifique et des personnes bienveillantes. »

« Daily dreaming in Domaine Forget. Flowers, hills, sea, wood, light, guitars, balloons, bodies, voices, inside, outside, silence, listening, trust, safe, songs, krump, yes, yes, yes, aaah! Chihiro vibes, acceptance, content, miracles, instrument, humidity, eye seeleing, English, French, Spanol! Ser, rage, sand, just pure pleasure, pure learning, pure truth and trust now. »

Brunnemer, une preuve de l’excellence musicale qui émerge au Québec

À la fin du mois de septembre 2021, j’apprenais avec joie que j’allais enfin avoir une excuse pour parler d’un groupe sur lequel j’avais trippé en 2020 : Brunnemer sortait un second album. J’étais comblé. Vous l’aurez compris, voici une présentation du groupe Brunnemer, de sa leader et fondatrice ainsi que de leurs deux albums pas piqués des vers.

Brunnemer, c’est un sextuor à l’intersection du jazz, du funk, du soul, du rock et j’en passe. Un mélange difficile à décrire, mais sans l’ombre d’un doute excellent ! A-t-on vraiment besoin de mettre une étiquette de style ?

C’est Sarah Michel-Brunnemer à la tête qui lance ce projet pendant un retour aux études en musique en assumant enfin le désir de faire de la musique sa vie. Elle commence en duo avec son guitariste à faire des petits concerts un peu partout et plus elle écrit et partage sa musique, plus le groupe grandit, jusqu’à se composition actuelle. Entourée d’excellents musiciens, elle met l’accent sur le travail de groupe.

« […] avec les nouveaux contacts que je me suis fait à l’école, là j’ai une équipe de rêve avec du monde qui font des bacs et des maîtrises en musique à l’université. Tsé du monde de calibre vraiment élevé ! »

Sarah Michel Brunnemer

Ce superbe potluck nous est donc proposé pour la première fois dans l’album Jazz is the new triste en mai 2020, en début de pandémie. Se plonger pour la première fois dans le son de Brunnemer, c’est découvrir un environnement que j’ose qualifier de rare.  Plus accessible pour les non-initiés, qu’un album de jazz contemporain, mais tellement complet et complexe, les répétitions d’écoutes et d’analyses nous font découvrir des détails rythmiques et des progressions musicales qui ajoutent au travail recherché qu’est ce premier album.

C’est avec encore plus d’audace et de styles différents que le groupe sort *PAON​*​HYÈNE* le 24 septembre 2021. Une nouvelle fois, c’est un tour de force. Un album perfectionniste tout en étant encore plus éclectique que le premier, c’est une nouvelle fois les rythmes changeants et les incroyables riffs de basse qui nous entraîne qu’on le veuille ou non dans leur funk dansant. Leur travail est tout simplement riche et authentique, ce qu’on retrouve aussi en concert.

Le  groupe lançait enfin ses deux albums à Montréal le 29 septembre 2021 au Quai des brumes et j’ai eu la chance d’y assister. En spectacle, Sarah et son groupe ne déçoivent pas, je dirais même qu’iels excèdent les attentes de beaucoup. Dans nos écouteurs, on aime, on danse, on groove avec la musique, mais devant le groupe accompli, on la vit avec eux. Le groupe a tout l’air d’une belle bande de joyeux lurons à se tortiller aux rythmes déchaînés tous en chœur. Tout le monde participe activement à la musique et transmet cette même énergie au public. Sarah est aussi magistrale à voir; c’est un véritable monument sur scène. Elle gesticule entièrement sa musique par tous les moyens qu’elle possède ce qui la rend plus dansante encore. Ses mouvements explosifs et surprenants viennent s’allier à un regard public intense et soutenu lorsqu’elle déclame ses paroles. En tant que leader, Sarah donne une grande place au groupe durant les pièces dans lesquelles s’enchaînent les solos de guitares, de clavier, de saxophones et de flûte. C’est ce magnifique alliage particulièrement bien équilibré qui fait de Brunnemer en live un groupe à voir!

Une vraie fête d’un bout à l’autre, Brunnemer mérite entièrement les éloges que je lui fais et si ça ne vous a pas convaincu, restez alerte pour leurs prochaines représentations et allez écouter toute leur discographie. Le groupe est présent sur Instagram et Facebook.

Vous êtes musiciens, vous cherchez de la visibilité, que vous alliez au Cégep du Vieux Montréal ou non, contactez-moi et je me ferai un plaisir d’écouter votre travail.

« La parfaite victime » : un électrochoc

Meggie Cloutier-Hamel & Olivier Demers

Résultat d’un travail de plus de trois ans, réalisé par les journalistes Monic Néron et Émilie Perreault, le documentaire La parfaite victime raconte le parcours de victimes d’agressions sexuelles dans le système judiciaire québécois dans la foulée du mouvement #MoiAussi, des affaires Rozon et Salvail et des dénonciations sur les réseaux sociaux. À ce propos, pourquoi des victimes se tournent vers les réseaux sociaux et non vers notre système de justice? C’est une des questions auxquelles les deux journalistes ont voulu répondre à travers ce documentaire.

Une bombe médiatique

Le 19 octobre 2017, Néron, Perreault de même qu’Améli Pineda, dévoilent ensemble les témoignages d’une dizaine de femmes affirmant avoir été victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles de la part de Gilbert Rozon, fondateur du Groupe Juste pour rire, groupe organisateur du festival d’humour du même nom. À ce moment-là, Monic Néron est chroniqueuse aux affaires judiciaires et Émilie Perreault, chroniqueuse culturelle, toutes deux au 98,5 FM. À l’époque, elles œuvraient avec Paul Arcand dans Puisqu’il faut se lever, l’émission matinale la plus écoutée dans le marché de la grande région montréalaise. Améli Pineda est, quant à elle, journaliste au Devoir. Pour leur reportage choc, les trois journalistes remportent en 2018, le prix Judith-Jasmin dans la catégorie Enquête. Néron et Perreault ont également eu une mention d’honneur lors de la remise du prix Michener de journalisme.

C’est cette enquête qui a donné envie aux deux réalisatrices de produire un documentaire à propos du parcours que doivent entreprendre les victimes pour obtenir justice dans le système actuel. La parfaite victime fait lumière sur des aspects méconnus notamment le déroulement des contre-interrogatoires, le doute raisonnable ou bien du facteur neurobiologique, un grand oublié des procédures judiciaires.

« On sait plus comment ça fonctionne faire un vaccin qu’un système judiciaire »

Denise Robert, productrice de « La parfaite victime »

Témoignages

Lors de la production de ce documentaire de 89 minutes, les réalisatrices ont reçu de nombreux témoignages. Quatre histoires de présumées victimes* nous permettent de plonger dans le système judiciaire du Québec. De nombreux spécialistes (avocat.e.s, juristes, ex-juges, criminalistes, procureur.e.s, psychiatres, etc.) apportent également leur expertise et donnent leur opinion sur des différentes situations, ce qui permet d’éclairer le processus complexe menant au tribunal.

Faire bouger les choses

En entrevue, la productrice du documentaire, Denise Robert, fait part de son amour pour ce genre du septième art : « Ce que j’adore dans les documentaires, ce sont des sujets qui poussent à changer les choses, qui poussent notre société à avoir un vrai débat de société. Tous les documentaires que j’ai faits étaient [sur] ces sujets-là. » En effet, elle a produit les films de l’animateur Paul Arcand, comme Les voleurs d’enfance (2005), Québec sur ordonnance (2007) et Dérapages (2012), des œuvres chocs, mais nécessaires au changement. Elle s’attend à ce que La parfaite victime ait un impact semblable à ses productions précédentes. De plus, ayant reçu de nombreux témoignages de présumées victimes provenant de la communauté étudiante, Monic Néron mentionne que « c’est un fléau » ce qui se passe dans les cégeps et universités. Elle a affirmé, durant la conférence de presse suivant le premier visionnement, que la jeune génération est « celle qui a cette capacité, justement, de s’indigner et de faire changer les choses. » Émilie Perreault souligne pour sa part que même si cette génération est d’autant plus présente sur les réseaux sociaux « il n’y a rien comme se plonger complètement dans cette expérience-là [être au cinéma]. » Elle se dit optimiste : « J’ai l’impression qu’ils vont se déplacer, on l’a vu avec La déesse des mouches à feu, il y a beaucoup de jeunes qui sont allés au cinéma. » Le film était attendu par le milieu judiciaire (celui-ci a par ailleurs réagi au film) et les trois femmes espèrent que le film aidera à faire bouger les choses.

Un duo complémentaire

Provenant de mondes journalistiques différents, les deux femmes forment un duo qui se complète. En entrevue, Perreault souligne que leurs points de vue provenant de milieux variés aident à clarifier les propos pour le public. Elle mentionne qu’elle était là pour représenter le public, car sa collègue, Monic Néron, provenant du milieu judiciaire utilisait parfois des termes que peu pouvaient comprendre. Elle servait donc de vulgarisatrice. Ayant étudié à l’INIS (l’Institut national de l’image et du son), Émilie Perreault a également apporté ses connaissances sur le documentaire. C’est d’ailleurs elle qui a approché sa collègue et amie pour faire ce projet qu’est le film.

Notre avis

C’est un documentaire qui est à voir, assurément. Nous sommes sortis de la salle à la fin du visionnement de presse en se disant : « Cela va avoir un impact. C’est certain. » Nous n’étions pas boulversés, mais on parie que le film aura sûrement un effet d’électrochoc. Pendant 1h30, les intervenant.e.s défilent, les témoignages aussi. Pendant tout ce temps, on ne s’ennuie pas. Chaque passage du documentaire a sa pertinence. Lors de certains, nous sommes en colère intérieurement, on doit vous l’avouer, surtout lorsques les présumées victimes témoignent des évènements traumatisants qu’elles ont vécus et du long processus judiciaire qu’elles doivent subir. On en apprend notamment sur les contre-interrogatoires et les tactiques des criminalistes, des stratégies qui prônent la justice, mais qui, dans un tel contexte, semblent elles-mêmes bien loin d’être justes.

Nous savons qu’il y a une multitude de films à votre disposition, mais comme nous a dit Émilie Perreault en entrevue : « Si tu n’es jamais allé voir un film documentaire : pourquoi tu n’essayerais pas ? » Oui, pourquoi ?

« La parfaite victime », au cinéma partout à travers le Québec.
Note : 4 sur 5

*NDLR : L’agresseur d’une victime a toutefois été reconnu coupable

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