Le théâtre documentaire : entre création et conversations citoyennes

Orianne Démontagne

Qu’est-ce que le théâtre documentaire? Comment le processus de création se déroule-t-il? Voici des questions auxquelles la dramaturge Annabel Soutar et les comédien⸱ne⸱s et auteur⸱trice⸱s Christine Beaulieu, Maude Laurendeau et François Grisé ont répondu lors de la conversation publique Le théâtre documentaire: du terrain à la scène. Organisée par la compagnie de théâtre montréalaise Porte-Parole, cette discussion avait pour but de présenter la pluralité des façons de faire du théâtre documentaire, mais également de répondre aux questions du public sur le sujet.

Les débuts du théâtre documentaire au Québec

C’est grâce à Twilight : Los Angeles 1992, une pièce écrite et jouée par Anna Deavere Smith, qu’Annabel Soutar a découvert le théâtre documentaire lorsqu’elle étudiait aux États-Unis. Dans cette pièce de théâtre, la dramaturge américaine explore le thème de la brutalité policière en se basant sur des entrevues qu’elle a menées auprès de centaines de personnes. Une fois rassemblés, les témoignages constituent le fondement du texte de sa pièce et, une fois sur scène, elle interprète elle-même tous les personnages.

Cette forme d’art est apparue à Annabel Soutar comme une solution à la polarisation qu’elle observait au sein de son université. Cela permettait d’engager un dialogue et d’exposer des points de vue parfois complètement opposés.

En revenant au Québec, elle a observé que le théâtre documentaire n’était pas encore répandu. Elle y a vu une formidable opportunité d’importer cette forme d’art. C’est ainsi que la compagnie Porte-Parole fut créée. Son objectif : faire un théâtre démocratique qui a une pertinence sociale.

Débuter la recherche

Lors de la conversation publique, on a pu constater la variété des motivations qui ont amené l’auteur et les autrices à amorcer leur recherche. Pour sa pièce Seeds, Annabel Soutar raconte qu’elle a commencé à rassembler des informations lorsque la Cour Suprême a accepté l’appel de l’agriculteur Percy Schmeiser contre Monsanto : « la première chose que je dois faire c’est de comprendre pourquoi ils sont en conflit et d’aller voir les deux bords ».

Christine Beaulieu, autrice de la pièce J’aime hydro, affirme que son point de départ est le conflit entre deux groupes en désaccord sur le projet de complexe hydroélectrique de la Romaine. Après avoir identifié le conflit, elle a commencé sa recherche en se posant la question « c’est quoi l’électricité? » Elle ajoute : « J’aime revenir à la base pour comprendre les choses. Je ne pense pas que tu peux arriver dans quelque chose au trois-quarts. Tant qu’à me plonger là-dedans, j’ai voulu revenir aux débuts [de l’électricité], son invention, etc. »

Pour Maude Laurendeau, c’est le diagnostic d’autisme de sa fille qui constitue le point de départ de sa pièce Rose et la machine. Elle s’est mise à documenter le suivi médical de son enfant. Ainsi, elle a récolté beaucoup de « matière précieuse » pour commencer l’écriture de son spectacle.

Difficile de rester objectif

Les autrices et auteurs présents affirment qu’une fois lancés dans le processus de recherche et d’écriture, il devient très difficile de rester neutre. Dans le cas de Maude Laurendeau, le sujet de sa pièce touche directement un aspect de sa vie personnelle : « Ce que je mets en scène ce n’est pas très objectif. C’est vraiment ma vision des choses, ça passe à travers mon vécu, mon expérience. C’est vraiment à la limite de la biographie et du théâtre documentaire. C’est quelque chose de plus personnel qu’une enquête documentaire. »

Pour sa part, Annabel Soutar insiste sur l’importance de ne rien cacher au public : « on sait que personne ne peut être complètement neutre […] et je crois qu’on a plus confiance en des auteurs quand ils sont transparents avec leur position, mais qu’ils font un effort pour écouter l’autre point de vue. »

Des sujets infinis

Les sujets dont il est question dans les pièces de théâtre documentaire sont très vastes et évoluent constamment de par leur nature. De nouveaux éléments peuvent continuellement être ajoutés au spectacle. Il est difficile, quand on est passionné par son sujet, de vouloir mettre un terme à ses recherches et de passer à autre chose.

Pour Annabel Soutar, le plaisir du documentaire réside dans le fait qu’il est toujours possible de poursuivre un projet et y ajouter de nouveaux éléments. C’est ce que Christine Beaulieu a fait lorsqu’elle a complètement modifié le cinquième chapitre de J’aime hydro pour y inclure un entretient avec Sophie Brochu (la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec).

Avoir un impact

Lors du processus d’écriture, il est souvent difficile d’anticiper l’effet de la pièce sur le public. Pour Christine Beaulieu, l’important est de parler d’un sujet qui la touche et qui touche son équipe de travail. Si c’est le cas, elle sait qu’il est probable que les spectateurs se reconnaissent et qu’ils se sentent interpellés.

François Grisé, auteur de Tout inclus, affirme qu’il n’avait pas envisagé une réaction aussi importante : « Je ne pouvais pas prévoir cet impact-là, mais je ne savais pas non plus que de voir ça dans les yeux des gens ça allait transformer les chapitres cinq à huit qui sont la suite de mon immersion [dans une résidence pour personnes âgées] dans la façon même de raconter mon histoire. »

Il n’est pas rare que les pièces de théâtre documentaire aient un effet important sur le public. Plusieurs spectateurs et spectatrices conservent un souvenir marquant du désir de faire avancer une cause après être allé⸱e⸱s voir une des productions de Porte-Parole. Annabel Soutar rappelle que « la mission principale [de Porte-Parole] c’est la conversation parce que si on garde la conversation vivante entre les citoyens, […] ça peut donner de l’espoir aux gens pour résoudre des problèmes qui sont très complexes. »

L’Exilé fête son premier anniversaire

Chers lecteurs, chères lectrices, 

Voilà maintenant un an que le journalisme étudiant au Vieux Montréal a connu sa renaissance sous la bannière de L’Exilé. S’étant donné le mandat de rapprocher la communauté étudiante durant le confinement imposé par la pandémie, la rédaction a su naviguer sur les eaux troubles de l’éducation en ligne pour proposer des textes de qualité à tous les mois. Le journal compte maintenant un nombre considérable d’articles de tous types, et continue de réitérer sa vocation de représenter et d’illustrer la vision des étudiants et étudiantes. Maintenant que nous sommes de retour sur le campus, la capacité de réalisation de nos projets et activités ne fera qu’augmenter davantage. C’est avec honneur, humilité et confiance que nous désirons poursuivre sur cette voie ambitieuse et espérons que vous vous joindrez à nous sur celle-ci. 

Au plaisir d’accompagner vos lectures pour de nombreuses années à venir, 

L’équipe de L’Exilé 

Désobéissance civile pour le climat et la biodiversité : l’exemple de Fairy Creek

Note: Les opinions exprimées n’engagent que l’auteur-e du texte et ne réflètent pas la vision du journal étudiant « L’Exilé ».

Édouard Bernier-Thibault

La désobéissance civile commence par la réaction face à un ordre des choses, soit légal, politique, économique, etc. qui est intolérable et c’est sur cette base-là que va se construire un refus général d’obtempérer, de continuer le cours des choses. 

Dans le cadre d’une crise climatique qui est de plus en plus pressante, qui se manifeste partout sur le globe et qui nécessite d’un changement de paradigme radical dans la manière de penser, d’occuper et d’utiliser le territoire, des décisions importantes doivent se prendre. Si les pouvoirs politiques ne sont pas prêts à les prendre, c’est un impératif que la population elle-même doit manifester son mécontentement avec l’ordre des choses, qu’elle s’insurge pour sa propre survie, pour notre propre futur. 

Les évènements du blocage de Fairy Creek en Colombie-Britannique depuis un an sont un parfait exemple de la nécessité, de la force, de l’importance de la résistance ainsi que de la désobéissance civile dans une lutte contre les changements climatiques. Ceci est un court texte qui ne vise pas à décrire ou parler de la problématique générale de l’industrie forestière, mais plutôt un éloge du pouvoir rassembleur de l’idée de la justice qui permet de contester l’ordre ou le désordre des choses. 

Face aux activités de la compagnie forestière Teal-Jones, qui planifiait et qui avait la permission de faire de la coupe dans une des dernières grandes forêts ancestrales de la Colombie-Britannique dans la vallée de Fairy Creek, des manifestants ont décidé que ce n’était pas acceptable. Ils ont décidé qu’ils allaient exprimer leurs désaccords envers les pratiques de Teal-Jones. Rapidement, à partir de août 2020, s’est organisé un véritable réseau de résistance pour empêcher les activités de se poursuivre. Inévitablement, l’affaire est allée en cours. Teal-Jones demande une injonction, c’est-à-dire un ordre impératif formulé par un juge, pour déloger le blocage afin de regagner l’accès aux arbres ancestraux qui étaient désignés à être coupés. Le 1er avril 2021, ceux-ci obtiennent une injonction de 6 mois, la GRC est donc maintenant permit de déloger les manifestants de force, pour que Teal Jones puisse reprendre son activité.

Que faire face aux jugements, face à une décision émise par un tribunal de justice? Confrontés à leur propre illégalité et tout ce que ça implique, les manifestants doivent se poser une question difficile, mais ils doivent se la poser honnêtement; est-ce que tout cela est juste? Est-ce que mes actions sont telles que je voudrais que tout le monde agisse dans un tel contexte?

Tout manifestant est d’abord et avant tout quelqu’un qui juge. Manifester est simplement la réaction nécessaire face au jugement d’injustice. Ce jugement, il doit être capable de le faire sur soi-même, puisqu’il ne peut se baser sur rien d’autre que son sens éthique intérieur et sa propre réflexion pour se juger impartialement. Les forces politiques de la société combattent toujours la désobéissance civile, il n’y a là pas de discernement qui est fait puisque l’idée de désobéissance en soi met directement en danger le pouvoir. On ne peut pas se baser sur la loi, puisque c’est précisément la loi qui est en question, seuls nous-mêmes pouvons juger si nos actions ont une légitimité et ainsi savoir qu’est-ce qui est réellement juste: obéir ou désobéir. Quand je sais la justice de mes actions, je sais que je dois résister, que je dois continuer à manifester, puisque l’injustice contre laquelle je protestais n’a pas changé du fait que ma protestation est devenue illégale, bien au contraire. 

Pendant près d’un an, les manifestations ainsi que les blocages ont continué dans un effort surhumain d’organisation, de coordination et de mobilisation. Face aux tactiques parfois violentes et illégales de la GRC, incluant de multiples atteintes à la liberté de presse, les manifestants ont soutenu leurs positions ainsi que leurs idées face à toutes les forces employées pour les faire perdre et les dissuader. Totalisant plus de 1000 arrestations à sa fin, cela aura été le plus grand mouvement de désobéissance civile de toute l’histoire du canada (en termes de nombre d’arrestations). À la fin officielle de l’avis d’injonction, constatant la fâcheuse persévérance des manifestants malgré tous les efforts employés pour les déloger, Teal-Jones ont dû demander une extension sur leurs avis d’injonction, mais cette fois, la cour a refusé, ainsi l’injonction officielle a expiré le 28 septembre 2021. 

Qui sait ce qui adviendra, ce qui suivra. Ce que je sais, c’est qu’à travers leurs forces, leurs organisations et leur sens de la justice qui a persévéré dans l’illégalité pour défendre ce qui doit être défendu, les manifestants de Fairy Creek ont montré la puissance et l’importance de la désobéissance civile pour combattre l’injustice. Ce sont les héros d’une lutte mondiale qui doit se faire, et qui est déjà en train de commencer.

Je souhaite que les évènements de Fairy Creek montrent à tous les pouvoirs d’ici ou d’ailleurs que le peuple est prêt à se battre pour la terre ainsi que la justice climatique, et que le peuple voit que sa résistance est nécessaire à la transition écologique qui déterminera notre avenir.

Appel à la réflexion

Note: Les opinions exprimées n’engagent que l’auteur-e du texte et ne réflètent pas la vision du journal étudiant « L’Exilé ».

Édouard Bernier-Thibault

Réfléchir, c’est affirmer soi-même consciemment son besoin de recherche; recherche du bonheur, recherche de compréhension du monde, recherche de justice, etc., et d’essayer de le mener le plus librement possible. C’est de ne pas nier, ni d’essayer d’enlever le plus vite possible le poids qui est posé sur nos épaules, celui qu’on pose sur nos propres épaules en tant qu’humain. C’est d’accepter cette nécessité que nous nous posons de recherche de sens dans l’existence, sous tous ses aspects, et en l’acceptant, d’essayer de trouver son bonheur dans la réflexion consciente, dans la recherche pour soi et pour l’humanité en entier de réponse ainsi que de solution. Cette recherche, il faut la mener autant pour soi, pour vivre une vie dans la lumière, mais aussi et autant pour tous les autres, tous les enjeux, tous les tracas que nous avons autant pour nous que pour toute l’humanité. “Que dois-je faire? et “Que devons-nous faire?” (“nous” en tant qu’humanité) sont les questions ultimes et inséparables auxquelles toutes les autres se rapportent.

C’est aussi d’accepter la part absurde de cette condition qui est la nôtre. Nous nous posons un poids énorme sur les épaules, pourquoi se compliquer la vie avec ses questions, pourquoi s’imposer cette angoisse, pourquoi cherche-t-on désespérément comment être, comment agir? Si on va vraiment au fond de notre recherche de compréhension on ne trouve aucun vrai sens final. L’étymologie du mot «Philosophie» le dit assez bien; “Philos” (aimer ou avoir de l’affection) “Sophia” (sagesse), ceux qui mènent la recherche ultime de compréhension n’ont comme sens final… que l’amour de la connaissance, comprendre pour le bonheur de comprendre! Loin d’être les rigoristes et les ascétiques qu’on les présume parfois, les philosophes sont des êtres qui sont profondément animés par la passion, le « désir épistémique », qui est assumé et qui est pris le plus au sérieux que possible. Poussée à sa logique extrême, la recherche de compréhension n’a pas de sens, elle est tout simplement la tentative de satisfaction d’un désir, d’une passion.

C’est la passion la plus noble, la plus belle et la plus profonde de l’existence et même si on ignore trop souvent son appel ou qu’on laisse d’autres y répondre à notre place, elle est toujours là, toujours là pour nous rappeler que nous sommes faits avec cette pulsion magnifique de volonté, du désir insatiable et inépuisable de la connaissance ainsi que de la compréhension. Tant qu’on ne lui fait pas face, on ne pourra jamais être pleinement satisfait, pleinement heureux. En effet, nous sommes des experts pour éviter de faire face à nos questions importantes.

C’est parce qu’on a accepté ou inventé toutes sortes de réponses, toutes sortes d’excuses pour taire notre voix intérieure qui crie à l’incompréhension que nous ne ressentons plus se tourment, cette nécessité de questionner parfois épeurante, voir angoissante quand on ne sait comment procéder dans celle-ci. Rechercher la compréhension et de ne pas l’obtenir tout de suite est profondément souffrant, on accepte bien vite de mettre fin à cette souffrance pour « comprendre » sans réfléchir soi-même. Ainsi, on est prêt à accepter les réponses simplistes, les idéologies, les dogmes, les normes, les codes, les lois qu’on nous véhicule ou qu’on nous impose.

La réflexion rationnelle et rigoureuse s’apprend, et malheureusement, trop peu l’apprennent ou l’appliquent. Cette absence de réflexion rigoureuse, combinée avec notre recherche de compréhension et d’explication innée est la racine de beaucoup des maux de l’humanité; la création de superstition, de dogme, de mysticisme n’est rien d’autre que la meilleure manière que les humains ont trouvé pour cesser leurs angoisses de compréhension et\ou de chercher à manipuler les autres en reconnaissant et utilisant ce trait humain pour justifier des actions, du pouvoir, de la domination, etc. La première étape de la recherche de compréhension est de se réapproprier ce processus, de le mener soi-même par notre propre capacité universelle à la rationalité avec le moins d’influence, d’intérêt ou de volonté autre que celle de soi ainsi que de l’objectivité. Ainsi l’angoisse d’autrefois face à la quasi-infinité de questions non répondues devient un optimisme et un sentiment de puissance infinie, puisqu’on se dote des outils pour percer les mystères de l’univers, du monde, de la société, de nos relations et de nous-mêmes. Se défendre intellectuellement, c’est d’affirmer un plein contrôle sur ses propres actions et positions, ne reléguant à rien ni personne la tâche de réfléchir ainsi que de connaître. 

L’enfant possède le germe de toute philosophie, il est rempli de questions et sa curiosité n’a pas de borne, mais il est incapable d’arriver à ses propres conclusions, ou du moins à réfléchir rigoureusement. Le philosophe n’est rien d’autre que celui qui ravive la merveilleuse curiosité qui nous animait tous naturellement quand nous sommes venus au monde, en lui apportant les outils et les méthodes de la pensée rationnelle.

Bref, c’est dans le fait de réfléchir que nous affirmons véritablement notre humanité, notre recherche de compréhension, à la fois dans sa dimension concrète et appliquée, pour le bien, pour le juste, pour le mieux, que dans sa dimension absurde, que nous devons accepter, de laquelle nous devons être capable de rire, et que nous devons vivre pleinement; pleinement dans l’amour de la sagesse, de la compréhension et du fait même, de la réflexion. Celle-ci n’est pas facile, elle demande de la rigueur, de la méthode, du temps, de l’humilité face à ses présupposés et ses croyances infondées, mais elle est ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue, elle est le bonheur le plus pur en action, elle est la satisfaction de notre plus grand désir, de notre plus grande passion; comprendre pour savoir et pouvoir agir ainsi que comprendre pour le bonheur, l’amour de comprendre en soi. 

Vie donc dans cette passion, dans ce désir! Goinfre toi de philosophie, de littérature, de nourriture pour l’esprit, puisque ce n’est pas une tâche de réfléchir, c’est une délivrance de toute incompréhension, de toute angoisse, de toute idéologie et tout dogme extérieur. C’est une affirmation de soi comme être pensant, comme être humain …

Que demander de plus, ou exiger de moins pour le bonheur?

« La parfaite victime » : un électrochoc

Meggie Cloutier-Hamel & Olivier Demers

Résultat d’un travail de plus de trois ans, réalisé par les journalistes Monic Néron et Émilie Perreault, le documentaire La parfaite victime raconte le parcours de victimes d’agressions sexuelles dans le système judiciaire québécois dans la foulée du mouvement #MoiAussi, des affaires Rozon et Salvail et des dénonciations sur les réseaux sociaux. À ce propos, pourquoi des victimes se tournent vers les réseaux sociaux et non vers notre système de justice? C’est une des questions auxquelles les deux journalistes ont voulu répondre à travers ce documentaire.

Une bombe médiatique

Le 19 octobre 2017, Néron, Perreault de même qu’Améli Pineda, dévoilent ensemble les témoignages d’une dizaine de femmes affirmant avoir été victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles de la part de Gilbert Rozon, fondateur du Groupe Juste pour rire, groupe organisateur du festival d’humour du même nom. À ce moment-là, Monic Néron est chroniqueuse aux affaires judiciaires et Émilie Perreault, chroniqueuse culturelle, toutes deux au 98,5 FM. À l’époque, elles œuvraient avec Paul Arcand dans Puisqu’il faut se lever, l’émission matinale la plus écoutée dans le marché de la grande région montréalaise. Améli Pineda est, quant à elle, journaliste au Devoir. Pour leur reportage choc, les trois journalistes remportent en 2018, le prix Judith-Jasmin dans la catégorie Enquête. Néron et Perreault ont également eu une mention d’honneur lors de la remise du prix Michener de journalisme.

C’est cette enquête qui a donné envie aux deux réalisatrices de produire un documentaire à propos du parcours que doivent entreprendre les victimes pour obtenir justice dans le système actuel. La parfaite victime fait lumière sur des aspects méconnus notamment le déroulement des contre-interrogatoires, le doute raisonnable ou bien du facteur neurobiologique, un grand oublié des procédures judiciaires.

« On sait plus comment ça fonctionne faire un vaccin qu’un système judiciaire »

Denise Robert, productrice de « La parfaite victime »

Témoignages

Lors de la production de ce documentaire de 89 minutes, les réalisatrices ont reçu de nombreux témoignages. Quatre histoires de présumées victimes* nous permettent de plonger dans le système judiciaire du Québec. De nombreux spécialistes (avocat.e.s, juristes, ex-juges, criminalistes, procureur.e.s, psychiatres, etc.) apportent également leur expertise et donnent leur opinion sur des différentes situations, ce qui permet d’éclairer le processus complexe menant au tribunal.

Faire bouger les choses

En entrevue, la productrice du documentaire, Denise Robert, fait part de son amour pour ce genre du septième art : « Ce que j’adore dans les documentaires, ce sont des sujets qui poussent à changer les choses, qui poussent notre société à avoir un vrai débat de société. Tous les documentaires que j’ai faits étaient [sur] ces sujets-là. » En effet, elle a produit les films de l’animateur Paul Arcand, comme Les voleurs d’enfance (2005), Québec sur ordonnance (2007) et Dérapages (2012), des œuvres chocs, mais nécessaires au changement. Elle s’attend à ce que La parfaite victime ait un impact semblable à ses productions précédentes. De plus, ayant reçu de nombreux témoignages de présumées victimes provenant de la communauté étudiante, Monic Néron mentionne que « c’est un fléau » ce qui se passe dans les cégeps et universités. Elle a affirmé, durant la conférence de presse suivant le premier visionnement, que la jeune génération est « celle qui a cette capacité, justement, de s’indigner et de faire changer les choses. » Émilie Perreault souligne pour sa part que même si cette génération est d’autant plus présente sur les réseaux sociaux « il n’y a rien comme se plonger complètement dans cette expérience-là [être au cinéma]. » Elle se dit optimiste : « J’ai l’impression qu’ils vont se déplacer, on l’a vu avec La déesse des mouches à feu, il y a beaucoup de jeunes qui sont allés au cinéma. » Le film était attendu par le milieu judiciaire (celui-ci a par ailleurs réagi au film) et les trois femmes espèrent que le film aidera à faire bouger les choses.

Un duo complémentaire

Provenant de mondes journalistiques différents, les deux femmes forment un duo qui se complète. En entrevue, Perreault souligne que leurs points de vue provenant de milieux variés aident à clarifier les propos pour le public. Elle mentionne qu’elle était là pour représenter le public, car sa collègue, Monic Néron, provenant du milieu judiciaire utilisait parfois des termes que peu pouvaient comprendre. Elle servait donc de vulgarisatrice. Ayant étudié à l’INIS (l’Institut national de l’image et du son), Émilie Perreault a également apporté ses connaissances sur le documentaire. C’est d’ailleurs elle qui a approché sa collègue et amie pour faire ce projet qu’est le film.

Notre avis

C’est un documentaire qui est à voir, assurément. Nous sommes sortis de la salle à la fin du visionnement de presse en se disant : « Cela va avoir un impact. C’est certain. » Nous n’étions pas boulversés, mais on parie que le film aura sûrement un effet d’électrochoc. Pendant 1h30, les intervenant.e.s défilent, les témoignages aussi. Pendant tout ce temps, on ne s’ennuie pas. Chaque passage du documentaire a sa pertinence. Lors de certains, nous sommes en colère intérieurement, on doit vous l’avouer, surtout lorsques les présumées victimes témoignent des évènements traumatisants qu’elles ont vécus et du long processus judiciaire qu’elles doivent subir. On en apprend notamment sur les contre-interrogatoires et les tactiques des criminalistes, des stratégies qui prônent la justice, mais qui, dans un tel contexte, semblent elles-mêmes bien loin d’être justes.

Nous savons qu’il y a une multitude de films à votre disposition, mais comme nous a dit Émilie Perreault en entrevue : « Si tu n’es jamais allé voir un film documentaire : pourquoi tu n’essayerais pas ? » Oui, pourquoi ?

« La parfaite victime », au cinéma partout à travers le Québec.
Note : 4 sur 5

*NDLR : L’agresseur d’une victime a toutefois été reconnu coupable

Mot de la rédaction : Enfin l’été!

Olivier Demers et Meggie Cloutier-Hamel

Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous souhaitons profiter de l’arrivée du beau temps pour vous remercier de votre soutien et de votre fidélité depuis le lancement du journal. Durant une année où solitude était synonyme du quotidien des étudiants à travers le monde, votre ouverture d’esprit et vos nombreux messages nous ont permis de renouer avec une collégialité que certains n’ont encore jamais connue. À quoi sert un journal s’il n’est pas lu ?  Dans les sessions à venir, avec l’annonce d’un retour fort attendu sur les lieux du Cégep, nous chercherons à nous rapprocher de vous, notre lectorat, pour vous divertir et vous garder informés. Nos têtes débordent d’idées pour l’automne prochain, dont un balado en partenariat avec la radio étudiante, et il nous fera plaisir de recevoir vos suggestions pour que notre organe puisse produire un contenu médiatique à l’image de ceux qu’il dessert.

Entre notre toute première réunion en septembre 2020 et aujourd’hui, beaucoup d’événements se sont produits. Nous avons publié nos tout premiers articles le 6 novembre et nous avons récemment remporté le prix du Devoir de la presse étudiante dans la catégorie des médias collégiaux coopératifs. S’étant formé en pandémie, l’équipe du journal a su rester motivée afin de publier son contenu mensuel et de vous informer sur différents sujets. L’un de nos journalistes a d’ailleurs eu la chance de participer à deux conférences de presse de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann et a également obtenu une entrevue avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante. L’Exilé a aussi organisé et animé une table ronde virtuelle sur l’importance des médias étudiants dans le cadre de la semaine de La presse et des médias organisée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec en mai dernier.

L’Exilé ne prend pas de vacances ! Notre équipe vous a préparé des articles pertinents qui seront publiés graduellement au fil de la saison estivale. Que ce soit sur le bord d’une plage ou dans le parc La Fontaine : vous aurez de quoi vous divertir !

Au plaisir d’enfin se voir en présentiel et bon été !  

 L’équipe de L’Exilé

« Speak québécois »

Invité : Gaetan Tellier

Le poème qui suit est un travail qui s’appuie sur les œuvres de Marco Micone « Speak What », et de Michèle Lalonde « Speak White ».

Il est si beau de vous entendre parler
De votre Torrent, (1)
Vous qui vous êtes rebellés
Avec votre joual (2)
Face à l’Erreur Boréale (3)

Nous sommes venus des 5 continents
Mais ne sommes pas sourds à votre étranglement
Face à votre combat linguistique
Speak québécois
Et pardonnez-nous de causer des problèmes ethniques
Nous, vos cousins, qui ramenons les valeurs de Madiba, (4)
Les paroles d’El Sol de Mexico, (5)
Et les souvenirs d’un Mausaulée à Agra (6)

Speak québécois
Contez-nous vos légendes autochtones
Montrez-nous votre Ookpik (7)
Parlez-nous de vos couleurs d’automnes
De la vue au sommet des pics
Du printemps érable (8)
De votre tire hivernale (9)
Nous venons d’un peu partout
Mais nous avons le goût
Que vous nous chantiez Gens du pays (10)
Nous sommes sensibles aux esprits cadenassés
Et aux esprits en quête d’identité

Speak québécois

Pour scander « Je me souviens » (11)
Dans votre combat non sans vain
Vous souvenez-vous d’être durs d’oreille
« And of the voice des contremaîtres
You sound like them more and more » (12)

Speak québécois tabarnak
Qu’on vous entende
De Montréal jusqu’aux innombrables lacs
Pour choisir vos immigrants,
Pour ordonner
Votre langue sans essayer
De comprendre le plus important
De comprendre que ces personnes
Qui ne sont pas francophones
Donnent leur voix
Pour vous aider à ouvrir la voie

Crisse Speak québécois
Pour imposer tes domaines
Sans prendre la peine
De prendre des mesures exceptionnelles
Pour ces âmes humaines
En cette période de crise mortelle (13)
Qui secourent les progéniteurs de la relève
Bien peu considérées, je leur allume un cierge
Pour leur montrer qu’elles ne sont pas un « peuple-concierge » (14)

Speak québécois
Parle-nous de toé
Oubliez la liste (15)
Oubliez l’immigration élitiste (16)
Parlez-nous de notre avenir ensemble
Afin que vos détracteurs tremblent

Ayez le confort de partager vos combats
Imposez-nous votre idiome
Que notre corps becomes the home
Implantez-nous une graine du Québec
Pour qu’elle devienne un arbre,
Une forêt le nouveau poumon du Québec

Speak québécois
Tell us about votre recherche de reconnaissance
Nous savons que ce mot n’est pas que votre sens
Considérez-nous comme un réceptacle
Et non comme un obstacle.

Notes de l’auteur

(1) Le torrent d’Anne Hébert, autrice qui a écrit sur des sujets qui n’étaient pas jugés « pour les femmes » à son époque.
(2) Un sociolecte du français québécois qui fait débat
(3) Documentaire de Richard Desjardins, artiste engagé
(4) Surnom de Nelson Mandela, politicien d’Afrique du Sud
(5) Surnom de Luis Miguel, Chanteur mexicain et icône d’Amérique latine
(6) Cf au Taj Mahal, une des 7 merveilles du monde moderne
(7) Jouet artisanal inuit en forme de hibou
(8) Cf aux grèves et manifestations étudiantes de 2012 
(9) Allusion à la tire d’érable
(10) Chanson considérée par beaucoup de Québécois comme l’hymne du Québec
(11) Devise du Québec
(12) Tiré de Speak What de Marco Micone 
(13) Cf à la période de covid où il y a eu un ralentissement des services de l’immigration au Canada et au Québec, sans que des mesures exceptionnelles soient prises pour les protéger de l’impact d’un tel ralentissement. Exemple : aucun allégement pour les étudiants étrangers qui attendent leur permis d’études ; un an pour que le Canada (et pas le Québec) monte un programme pour faciliter l’immigration des préposés aux bénéficiaires immigrants.
(14) Cf aux propos de Michèle Lalonde, et au fait que 1 tiers des préposés aux bénéficiaires et à l’entretien sont issus de l’immigration.

(15) Cf à la liste des professions admissibles au Programme de l’expérience québécoise, créée par la CAQ qui détermine les domaines dans lesquels tu dois étudier et/ou travailler pour avoir accès à la voie rapide (2ans) pour la demande de résidence permanente. Beaucoup d’étudiants étrangers ont été touchés par cette création, ainsi que beaucoup de travailleurs.
(16) Cf à l’ambition du gouvernement de Legault à avoir une immigration intellectuelle ou riche : « À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne moins de 56000 dollars, j’empire mon problème » au conseil du patronat du Québec.

Pour une accélération de la transition verte en agriculture: Plus de demi-mesures!

Note: Les opinions exprimées n’engagent que l’auteur-e du texte et ne réflètent pas la vision du journal étudiant « L’Exilé ».

À l’automne dernier, le gouvernement du Québec a fait un pas dans la bonne direction en dévoilant le Plan d’agriculture durable 2020-2030 (PAD) visant à « accélerer l’adoption de pratiques agroenvironnementales responsables et performantes afin de répondre aux préoccupations des acteurs du milieu agricole et des citoyens* ».

Les industries de l’alimentation et de l’agriculture représentent des milliers d’emplois, d’énormes sommes d’argent et un système de gestion extrêmement complexe. Ces secteurs sont reliés à une multitude d’enjeux environnementaux en plus de tenir un rôle décisif dans la transition vers une société plus verte.

Après notre analyse du PAD, nos recherches et échanges sur l’agriculture durable, nous venons à la conclusion que ce plan doit présenter des cibles plus ambitieuses afin d’accélérer la transition verte. Même si celui-ci repose sur de bonnes bases, il ne semble pas tenir compte de l’urgence climatique à laquelle l’humanité doit faire face. Nous ne pouvons plus nous contenter de demi-mesures!

Le Plan d’Agriculture Durable 2020-2030

Ce plan prévoit un investissement de 125 millions sur les 5 premières années, visant à accélérer l’adoption de pratiques agroenvironnementales durables touchant cinq points principaux: réduire l’usage de pesticides et leurs risques pour la santé et l’environnement, améliorer la santé et la conservation des sols, améliorer la gestion de matières fertilisantes, optimiser la gestion de l’eau et améliorer la biodiversité.

Les enjeux auxquels celui-ci s’attaque sont pertinents: l’usage excessif des pesticides et des produits chimiques est un problème pour la protection de notre santé et de nos écosystèmes. Toutefois, en se penchant sur les objectifs concrets qui sont établis, on est rapidemement déçu. Par exemple, le PAD vise à réduire de 500 000 kg la vente de pesticides. Cela équivaudrait à une baisse de seulement 15% de leur utilisation, et ce, sur une durée de 10 ans! Les experts n’ont pas manqué de souligner le manque d’ambition de ses cibles et de son envergure, considérant la période et le budget qui sont prévus. Nous pouvons et nous devons exiger plus pour vraiment faire changer les choses.

L’atteinte des objectifs du plan fonctionne sur un système de reconnaissance pour inciter les agriculteurs à faire évoluer leurs pratiques. Un tel système fonctionnera par « la rétribution des pratiques agroenvironnementales basée sur l’atteinte de résultats et le partage des risques** ». Le gouvernement alloue la plus grande part du budget (70 millions) à cet effet. Cette partie du plan est fondamentale: on doit soutenir concrètement nos agriculteurs et agricultrices pour une transition verte.

Il est vrai que les agriculteurs ne devraient pas avoir à supporter seuls les coûts que peut impliquer une transition durable. Toutefois, nous croyons que cela ne sera pas suffisant pour changer la pratique des grands pollueurs en agriculture puisqu’ils pourront continuer sans pénalité leurs pratiques axées sur l’utilisation intensive des pesticides, la monoculture et la production massive. En continuant de soutenir ceux qui font des progrès, plusieurs proposent aussi de mettre en place une taxe de 10 à 15% sur la vente des pesticides***. Un plan d’agriculture durable complet doit inclure de telles mesures.

Bref, ce Plan d’agriculture durable 2020-2030 démontre que le gouvernement est prêt à faire un pas vers la transition verte. Cependant, nous exigeons des cibles plus élevées. Nous sommes capables de faire beaucoup mieux! Avec un système de reconnaissance fort et des punitions pour les grands pollueurs agricoles, nous pourrions accélérer le changement. Les efforts que nous appliquons doivent être à la hauteur du défi climatique mondial de notre époque. Aux grands problèmes, les grandes solutions!

Sincèrement,
Le Comité COP 26 du Cégep du Vieux Montréal, Alyssa Vézina, Édouard Bernier-Thibault, Frédérique Bordeleau, Orianne Démontagne, Stella Dalbec Chabot et Xavier Courcy-Rioux.

*, ** Gouvernement du Québec, « Agir, pour une agriculture durable – plan 2020-2030, »  Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2020

*** Commission de l’Agriculture, des Pêcheries, de l’Énergie et des Ressources Naturelles; « Examiner les impacts des pesticides sur la santé publique et l’environnement, ainsi que les pratiques de remplacement innovantes disponibles et à venir dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, et ce en reconnaissance de la compétitivité du secteur agroalimentaire québécois », Assemblée Nationale du Québec, Février 2020 

Lancement d’un projet d’énergie éolienne innu

Invité : Mathieu Bernard Tardif

Le 4 février dernier, le premier ministre du Québec François Legault a annoncé en conférence de presse le lancement officiel du projet éolien Apuiat en collaboration avec la nation innue et la compagnie Boralex. L’ensemble de sa réalisation, qui comprend une cinquantaine d’éoliennes, offrira 200 mégawatts d’électricité distribuée en partie aux Innus et prendra place sur le Nitassinan de Uashat mak Mani-utenam. L’initiative représente un investissement de 600 millions de dollars sur un contrat de 30 ans. « Il s’agit du plus long contrat d’achat d’électricité de l’histoire de la province du Québec », nous explique le président de la compagnie Boralex Patrick Decostre.

Effectivement, le projet s’annonce historique pour le Québec puisqu’il découle d’une initiative innue. Apuiat a vu le jour en février 2015, au Sommet de la Nation Innue, où ses neuf communautés ont conçu le projet à des fins économiques. Par ailleurs, il faut mentionner que les Innus sont actionnaires de 50% du projet. Ils sont donc détenteurs d’un pouvoir décisionnel égal à celui de Boralex sur l’ensemble de sa réalisation. « Pour la première fois de l’histoire, nous sommes les promoteurs d’un grand projet de développement économique national », a mentionné Martin Dufour, le chef de la Première nation des Innus Essipit, fier de cette avancée autochtone sans précédent pour la province.

Apuiat a toutefois attendu longtemps avant d’avoir reçu le feu vert du gouvernement québécois. Malgré son approbation par les Libéraux sous Couillard à ses débuts, le projet s’est retrouvé gelé par François Legault sous prétexte que le Québec n’avait aucun besoin immédiat en matière énergétique. Ce n’est qu’à la suite de fortes pressions tant autochtones qu’allochtones que le gouvernement caquiste a signé l’entente.

Monsieur Legault dit avoir récemment signé un contrat avec l’État du Massachusetts pour exporter l’électricité que produira Apuiat. Il a aussi stipulé que le gouverneur Andrew Cuomo serait prêt à négocier un contrat pour desservir l’État de New York, donnant ainsi au projet un potentiel économique considérable autant pour le Québec que pour la nation innue et justifiant la signature de l’entente.

Le départ tardif du projet pourrait toutefois susciter un questionnement sur l’état des relations entre la nation innue et les autres partis impliqués. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonathan Julien, a fait l’éloge du travail commun accompli avec les chefs innus Mike Mckenzie et Martin Dufour, soutenant l’idée que tous ont entretenu un dialogue ouvert et constructif. Cependant, il y a encore anguille sous roche.

En effet, le projet dans son ensemble créera 300 emplois pour la construction et le maintien des éoliennes. Mckenzie dit espérer que ces derniers échoient aux membres des communautés innues. Le président de Boralex ne souhaite toutefois pas divulguer le nombre d’emplois qui seront offerts aux Innus, et ce, malgré les pressions de Québec Solidaire et des Premières Nations.

Conséquemment, la décision ne relève pas des Innus, mais bien de son partenaire, Boralex. La compagnie prétend souhaiter offrir un maximum d’emplois aux membres des communautés locales, sans pourtant vouloir révéler ses réelles intentions. Bien entendu, lesdits postes requièrent des certifications et des formations préalables pour assurer le bon fonctionnement des éoliennes, ce qui rend difficile la recherche d’employés innus qualifiés. Il suffira d’attendre le dévoilement des objectifs d’embauche avant de pouvoir revisiter la question.

Il reste qu’en soi, le projet marque un remarquable pas vers l’avant pour l’autonomie de la nation innue. L’entente signée en février dernier offrira des redevances de 500 000$ par année à la communauté de Uashat mak Mani-utenam pour l’utilisation de son territoire. Les Innus jouiront aussi de la moitié de toutes les retombées économiques que produira le projet, et la somme sera répartie entre les neuf communautés. « C’est un projet synonyme d’autonomie et de possibilités pour nous », a dit, optimiste, le chef Mike Mckenzie en point de presse. Ces montants pourront être réinjectés dans les infrastructures locales par les conseils de bande innus et permettront à ceux-ci de profiter d’une autodétermination plus prononcée au sein de leur territoire, comme l’ont fait les Cris après la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ).

Effectivement, un projet énergétique de cette envergure nous rappelle celui qui s’est négocié en 1975. Les Cris de la Baie-James avaient revendiqué leurs droits ancestraux devant le gouvernement de Robert Bourassa et son projet hydro-électrique. Les négociations s’étaient étendues sur plusieurs années, résultant en une somme de plusieurs millions de dollars offerte aux Cris, un monopole sur la faune et la flore d’une partie du territoire touché par le projet hydro-électrique de même qu’une reconnaissance des activités de subsistance traditionnelles. Ces derniers ont également pu profiter d’une autonomie sur les décisions politiques au sein de leurs communautés — une première à l’époque.

D’ailleurs, depuis la CBJNQ, les Cris ont vu leur espérance de vie et leur revenu annuel augmenter. Ils ont aussi vu leur nombre de logements surpeuplés et leur taux de chômage diminuer. Ce sont des avancées sociales qui découlent en grande partie des négociations entretenues lors de la convention. Maintenant, est-ce que ces mêmes avancées se réaliseront pour autant chez les Innus avec le projet Apuiat? Difficile à dire, mais on peut à tout le moins espérer que les Innus verront leurs conditions de vie s’améliorer de façon similaire.

À noter aussi que le premier ministre Legault souhaite négocier l’enjeu des droits ancestraux comme l’ont fait les gouvernements précédents avec les Cris. Ces derniers ont dû renoncer à leurs droits ancestraux sur la terre compromise par les sites de construction des barrages en échange de redevances du gouvernement. Il est donc possible de supposer que le gouvernement actuel mobilisera ses ressources pour exiger des Innus qu’ils renoncent, eux aussi, aux droits que leur confère le statut de Premier Peuple sur le territoire qu’occupera Apuiat. Cependant, cet enjeu relève aussi d’une compétence fédérale. La nation innue devra donc aussi négocier la question avec Ottawa, un processus pouvant prendre quelques mois, voire quelques années. Toutefois, ces négociations ne retarderont pas pour autant le développement du projet. 

Amour

Invité : Yvan Perrier

En l’absence de son opposé

Dans la fable du « Lion amoureux », Jean de La Fontaine écrit : 

« Amour, amour, quand tu nous tiens, 
On peut bien dire : « Adieu prudence ! » 

Qui a vécu et ressenti un jour quelque chose qui ressemble à l’Amour sait à quoi au juste le fabuliste fait allusion. Mais, comment peut-on définir ce mot qui vient à bout de nos résistances ou qui nous fait perdre nos moyens face à l’Autre? 

Cela m’a amené un jour à me montrer attentif à ce que pouvait bien être l’Amour (avec un grand « A »). Quel peut bien être son contenu précis, exprimé en mots, en peu de mots? 

Je l’identifie à un sentiment envahissant qui nous propulse dans les voies du don de l’abandon vers l’autre pour qui nous ressentons une attraction passionnelle irrésistible. 

Nous sommes faits de chair et de sang. Nous sommes également des êtres de sens, de sensations et de sentiments. Nous sommes nécessairement plus ou moins branchés sur notre sensualisme. Nous sommes également des êtres de besoins et de désirs à assouvir. Nous avons un cœur qui peut se mettre à battre la chamade. Mieux vaut que ce soit dans l’amour, au lieu de son opposé que je ne nommerai pas ici. 

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