Mois de l’Histoire des Noirs : entrevue avec Frantz Benjamin

Par Édouard Bernier-Thibault

En février, plusieurs pays à travers le monde, dont le Canada, célèbrent le Mois de l’Histoire des Noirs (MHN). Sous l’initiative d’organisations de la société civile et de certains représentants ou élus, de multiples États ont passé des lois faisant du mois de février le Mois de l’Histoire des Noirs depuis les années 1970 et 1980. Cependant, cet évènement était déjà organisé et fêté sous une forme ou une autre par et dans plusieurs communautés noires au Canada et aux États-Unis depuis les années trente. En 2007, une loi qui avait été votée par l’Assemblée nationale du Québec l’année précédente entre en vigueur, instituant officiellement le MHN dans la province.

Tel que mentionné par le site web, le Mois de l’Histoire des Noirs a comme principaux objectifs de « souligner la contribution historique des communautés noires à la société québécoise » ainsi que de mettre « en évidence les enjeux sociaux, économiques, culturels, éducatifs et institutionnels qui touchent les communautés noires ». Durant tout le mois, des visionnements de films, des cours de musique, des conférences et plusieurs autres types d’activités se dérouleront à ces fins. Vous pouvez consulter le site web de l’évènement où vous retrouverez entre autres la programmation des activités.

Une entrevue avec M. Frantz Benjamin

Depuis 2018, M. Frantz Benjamin est député de la circonscription Viau pour le Parti libéral du Québec. Dans son passé, il a occupé plusieurs autres fonctions dont conseiller municipal ainsi que consultant en relations interculturelles et en gestion de la diversité (de 2004 à 2009). Il sera présent le 17 février au cégep pour une table ronde sur le thème du Mois de l’Histoire des Noirs. Voici ce qui est ressorti de notre échange.

« La présence des Noirs au Québec, c’est une présence qui se compte en siècles, et pas en décennies ni en terme d’années. […] Les Noirs sont présents partout au Québec, dans toutes les régions du Québec. »

M. Benjamin a tout de suite souligné comment la présence de Noirs d’origines distinctes dans toutes les régions et les domaines de la vie québécoise doit nécessairement impliquer une meilleure connaissance de leurs réalités ainsi que de leur histoire. Selon lui, c’est quelque chose qui s’impose pour le vivre-ensemble afin de mieux se connaître et de s’enrichir culturellement les uns les autres. C’est aussi et autant pour permettre de s’attaquer à des enjeux économiques, politiques et autres touchant particulièrement les afro-descendants vivant au Québec.

« C’est un mois de festivités, donc où on peut découvrir les cultures des communautés noires […] mais c’est aussi un mois de débats, d’échanges, de partages, et c’est pour cette raison que oui, c’est le mois de l’histoire des Noirs, mais c’est un mois tout québécois selon moi. »

L’histoire enseignée dans nos sociétés est de plus en plus critiquée, notamment par rapport aux enjeux autour des potentiels biais dans l’enseignement et dans l’interprétation de l’histoire qu’on transmet dans les écoles. Voici ce que Frantz Benjamin m’a dit à ce sujet:

« Je crois fondamentalement que les livres d’histoire doivent dire la réalité, mais toutes les réalités, et moi je suis de ceux qui croient que oui, il faut travailler sur les enjeux d’inclusion des perspectives historiques des autres groupes, de tous les groupes dans les livres d’histoire. »

« Ça fait quelques années que je rencontre des groupes de jeunes Noirs pour leur dire que, vous savez quoi, l’histoire des Noirs n’a pas commencé avec l’esclavage. […] Ramener l’histoire des Noirs à la seule perspective de l’esclavage, c’est très réducteur. […] Il faut aussi apprendre aux jeunes Noirs, et à tout le monde, l’apport et la contribution des Noirs à la collectivité. »

M. Benjamin est allé plus en détail sur les enjeux et les problématiques que vivent et endurent encore les communautés noires comme le profilage racial, les crimes haineux, dont ils sont encore les plus grandes victimes au Canada, ainsi que la surreprésentation dans les lieux d’incarcération. Plus récemment, la pandémie a frappé de manière disproportionnée les Noirs du Québec et d’Amérique en général, comme l’a souligné mon interlocuteur, en infectant et tuant en un plus grand pourcentage dans les collectivités noires en comparaison au reste de la population. Cela a plusieurs causes, mais la pauvreté dans les quartiers majoritairement afro-descendants en est certainement une pour le député libéral.

« Ce sont autant d’enjeux qui méritent que nous ayons, que nous puissions avoir une conversation franche, mais une véritable conversation sur ces enjeux-là pour dire comme société, quels sont les leviers que nous mettons en place pour favoriser une véritable égalité, une véritable inclusion », mentionne Frantz Benjamin.

La chose est claire pour le député de Viau : en plus et au-delà de l’apprentissage et la sensibilisation que permet un évènement comme le MHN, celui-ci doit avoir comme but de contribuer et participer à la construction d’une société plus juste pour tous.

« Quand on veut enrayer les disparités, quand on veut enrayer les inégalités, il faut se doter de lois, de programmes, mais surtout des indicateurs et des mesures d’imputabilité », dit M. Benjamin.

Pour en apprendre plus au sujet du Mois de l’Histoire des Noirs, vous pouvez évidemment consulter le site web de l’événement. Vous êtes aussi les bienvenus à participer à la table ronde qui se déroulera ce jeudi 17 février à 12h00 au CVM, au local A4.82. Il sera question de diversité, de représentativité, de racisme systémique et de plusieurs autres sujets à débat autour du vivre-ensemble dans une société multiculturelle. M. Benjamin sera présent, accompagné de Dominique Ollivier, qui occupe entre autres la fonction de conseillère de Rosemont-La-Petite-Patrie pour Projet Montréal, ainsi que de Marie-Eve-Lyne Michel, candidate dans Laurier-Ste-Marie pour le Bloc québécois aux dernières élections fédérales.

%d blogueurs aiment cette page :