Un entretien avec Mélissa Mollen-Dupuis 

Photo : Mélissa Mollen-Dupuis, gracieuseté.

Lumière sur Mélissa Mollen-Dupuis, grande militante pour les droits autochtones et pour l’environnement ainsi qu’animatrice radio d’origine innue. Elle nous parle de son parcours, de sa vision, de son métier et d’enjeux visant l’éducation et la littérature autochtone.  

Femme engagée 

Mélissa Mollen-Depuis affirme qu’« en étant né Autochtone, tu deviens un peu militant de facto ». Du haut de ses 12 ans, elle est marquée par Ellen Gabriel, porte-parole mohawk de la Crise d’Oka en 1990, qui reprend un rôle de leadership traditionnel chez les femmes autochtones. À la suite de cet évènement qui lui a ouvert les yeux, Mme Mollen-Dupuis veut connaître davantage son histoire, surtout celle d’avant la colonisation.  

Au courant de sa carrière, elle est animatrice au Jardin des Premières Nations du Jardin botanique de Montréal ainsi que dans les musées. En 2012, elle s’est mise en action avec le mouvement contestataire autochtone « Idle no more » présent dans tout le Canada, où elle s’intéresse à adapter les enjeux à la réalité du Québec qui, contrairement au reste du pays, a des nations autochtones francophones. En 2017, elle reçoit également le prix Ambassadeur de la Conscience d’Amnistie internationale. Mme Mollen-Dupuis obtient une demande du consulat français pour le programme d’invitation de personnalité d’avenir où elle est candidate du Canada francophone. Elle est partie dernièrement à Paris et à Grenoble pour découvrir la culture communautaire française et les techniques urbaines et rurales en lien avec l’environnement. 

Une première émission autochtone francophone 

Depuis l’été dernier, Mélissa Mollen-Dupuis anime l’émission de radio Kuei! Kwe! à Radio-Canada. Déjà chroniqueuse depuis quelques années au même diffuseur public, on lui a proposé d’animer la première émission francophone autochtone. Elle décrit son mandat d’animatrice comme ceci : « ce que je veux faire, c’est une émission culturelle, mais à partir d’une perspective autochtone. La seule chose qui serait là, ça serait mon regard sur les choses, puis mon intérêt que j’ai sur l’enjeu. » En effet, Mme Mollen-Dupuis dit qu’elle aborde les sujets avec une perspective autochtone parce qu’elle vient de cette communauté et non parce que les sujets sont nécessairement reliés à des causes autochtones. Cela lui permet notamment de garder un pied dans les enjeux auxquels elle s’identifie, comme la défense des droits des premiers peuples ainsi que la cause environnementale. Mélissa Mollen-Dupuis est d’ailleurs responsable de la campagne Forêts de la Fondation David Suzuki.  

Améliorer l’éducation 

Selon Mélissa Mollen-Dupuis, le manque de connaissances des étudiants sur la culture autochtone est flagrant. Elle mentionne que le fait de ne pas connaitre le nom des 11 nations avec qui l’on partage le territoire du Québec est problématique. 

Au-delà de l’information à savoir sur ces communautés, la manière d’enseigner des premiers peuples pourrait aider à l’apprentissage de tous, et surtout à celui des élèves en difficulté, le système d’éducation n’étant pas bâti pour répondre à leurs besoins. « On devrait permettre aux communautés de ramener les structures qui étaient les leurs avant que la colonisation vienne les effacer », dit-elle. Certains endroits reprennent tranquillement leur système d’éducation traditionnel au sein duquel l’on intègre des activités sur le territoire. Par exemple, dans sa communauté, il y a des semaines dédiées à la chasse et à des promenades dans le bois avec sa famille. 

Dans notre société nord-américaine, on remarque une séparation des groupes d’âge. Des changements structurels dans l’enseignement qui s’inspireraient de traditions autochtones aideraient, selon Mme Mollen-Dupuis, au « renforcement du lien familial et communautaire ».  

Littérature québécoise ou autochtone? 

Le cours de littérature québécoise au collégial peut intégrer la lecture d’œuvres d’auteurs autochtones québécois dans son programme. Une situation qui suscite une question : doit-on classer l’ouvrage comme étant une œuvre dans la littérature québécoise ou autochtone? Mélissa Mollen-Dupuis répond que d’inclure une œuvre autochtone dans la littérature du Québec, c’est montrer qu’on ne l’exclut pas et qu’on ne la met pas « dans une réserve ». Les œuvres autochtones ne devraient donc pas être nécessairement mises dans une case parce qu’elles ont été créées par des personnes originaires des premiers peuples.  

Cependant, elle mentionne qu’il faut se départir des idées préconçues de la structure littéraire européenne qui ont, selon elle, peur du silence et des pauses qui souvent utilisés dans les œuvres d’auteurs originaires des Premières Nations, de la communauté des Métis ou des Inuits. Elle dit que « si on veut vraiment que ça soit intégré comme littérature québécoise, il faut voir une ouverture à la forme de littérature autochtone qui est mise de l’avant ».  

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